Saturday, October 3, 2020

Kristina's letter to Antoine Godeau, Bishop of Grasse, dated October 18/28 (New Style), 1651

Sources:

Lettres de la Reyne de Suede et de quelques autres personnes, published by Pierre Colomiès, 1680



The letter:

MONSIEUR, Vostre mérite m'estoit déja connû, & sur quelques-uns de vos ouvrages j'avois déja jugé de la capacité de vostre esprit aux belles choses. Je ne doute point que celles que vous m'envoyez, & dont je vous rens graces, ne me confirment dans le jugement que j'ay déja fait de vous; & la lettre que vous m'avez écrite est si bien fait[e], qu'on ne peut raisonnablement attendre des choses médiocres d'une personne qui pense si bien, & qui s'exprime si juste & si agréablement. Ce n'est pas que la loüange que vous me donnez, m'en ait fait aimer les beautez; au contraire si j'avois pû y trouver quelque chose à redire, ç'auroit esté sans doute ce que vous y dites d'avantageux pour moy. Mais les honnestes gens de France sont si accoûtumez à loüer, que je n'ay point esté surprise que vous m'ayez loüée, & je n'ôse pas me plaindre d'une coûtume si generale; je vous avouë mesme que j'ay sujet d'en estre satisfaite. Il y a du plaisir de se voir loüée par des personnes qui meritent de l'estre; & comme parmy ceux qui font profession des belles lettres, vous tenez un des premiers rangs, je n'ay pû voir sans en estre touchée, l'estime que vous faites de moy. Les vœux que vous faites pour ma conversion à la créance que vous enseignez, n'ont pas fait les mesmes impressions dans mon ame. Je ne puis consentir que vous desiriez & que vous esperiez une chose qui ne peut arriver. La principale application de mon esprit a toûjours esté dans la recherche de la verité, & je ne pourrois changer sans m'éloigner du but que je me suis toûjours proposée. Il y a long-temps que je suis persuadée que les choses que je crois, sont celles que l'on doit croire. Ce seroit plûtost à moy à souhaiter que parmy tant de belles lumieres dont vostre ame est éclairée, vous eussiez encore celles que j'ay sur cette matiere. Je ne laisse pas aprés tout d'estre satisfaite du zéle que vous témoignez pour moy, & la diférence qui est entre nous ne peut m'empescher d'estimer vostre amitié, aussi bien que les autres choses qui me viennent de la part des vostres; leur aprobation est sans doute la plus solide recompense que je puisse recevoir de l'amour que j'ay pour les belles choses, & les Muses ne sauroyent reconnoistre plus avantageusement la passion que j'ay pour elles qu'en m'aquérant leur sufrage & le vostre. Je tascheray de m'en rendre digne par le soin que j'auray d'entretenir dans mon ame ce bel amour, afin de conserver un bien que je dois plûtost à ma bonne fortune qu'à mon mérite. Ces belles exilées & leurs Amans trouveront toûjours un apuy auprés de moy, & je feray toûjours gloire de partager avec eux les avantages de ma naissance, & les faveurs de la fortune.
CHRISTINE.
A Stockholm le 28 Octobre 1651.

With modernised spelling:

Monsieur,
Votre mérite m'était déjà connu, et, sur quelques-uns de vos ouvrages, j'avais déjà jugé de la capacité de votre esprit aux belles choses. Je ne doute point que celles que vous m'envoyez, et dont je vous rends graces, ne me confirment dans le jugement que j'ai déjà fait de vous; et la lettre que vous m'avez écrite est si bien faite qu'on ne peut raisonnablement attendre des choses médiocres d'une personne qui pense si bien et qui s'exprime si juste et si agréablement. Ce n'est pas que la louange que vous me donnez m'en ait fait aimer les beautés; au contraire, si j'avais pu y trouver quelque chose à redire, c'aurait été sans doute ce que vous y dites d'avantageux pour moi. Mais les honnêtes gens de France sont si accoutumés à louer que je n'ai point été surprise que vous m'ayez louée, et je n'ose pas me plaindre d'une coutume si générale; je vous avoue même que j'ai sujet d'en être satisfaite. Il y a du plaisir de se voir louée par des personnes qui méritent de l'être; et, comme parmi ceux qui font profession des belles lettres, vous tenez un des premiers rangs, je n'ai pu voir, sans en être touchée, l'estime que vous faites de moi.

Les vœux que vous faites pour ma conversion à la créance que vous enseignez n'ont pas fait les mêmes impressions dans mon âme. Je ne puis consentir que vous désiriez et que vous espériez une chose qui ne peut arriver. La principale application de mon esprit a toujours été dans la recherche de la vérité, et je ne pourrais changer sans m'éloigner du but que je me suis toujours proposée. Il y a longtemps que je suis persuadée que les choses que je crois sont celles que l'on doit croire. Ce serait plutôt à moi à souhaiter que, parmi tant de belles lumières dont votre âme est éclairée, vous eussiez encore celles que j'ai sur cette matière. Je ne laisse pas après tout d'être satisfaite du zèle que vous témoignez pour moi, et la différence qui est entre nous ne peut m'empêcher d'estimer votre amitié, aussi bien que les autres choses qui me viennent de la part des vôtres. Leur approbation est sans doute la plus solide récompense que je puisse recevoir de l'amour que j'ai pour les belles choses, et les Muses ne sauraient reconnaître plus avantageusement la passion que j'ai pour elles qu'en m'acquérant leur suffrage et le vôtre.

Je tâcherai de m'en rendre digne par le soin que j'aurai d'entretenir dans mon âme ce bel amour, afin de conserver un bien que je dois plutôt à ma bonne fortune qu'à mon mérite. Ces belles exilées et leurs amants trouveront toujours un appui auprès de moi, et je ferai toujours gloire de partager avec eux les avantages de ma naissance et les faveurs de la fortune.
Christine.
A Stockholm, le 28 octobre 1651.

Arckenholtz's transcript of the letter:

Monsieur, Vôtre mérite m'étoit déja connu & sur quelques uns de vos ouvrages j'avois déja jugé de la capacité de Votre esprit aux belles choses. Je ne doute point que celles que vous m'envoïez, & dont je vous rens graces, ne me confirment dans le jugement que j'ai déja fait de vous; & la lettre que vous m'avez écrite est si bien faite, qu'on ne peut raisonablement attendre des choses médiocres d'une personne qui pense si bien, & qui s'exprime si juste & si agréablement. Ce n'est pas que la louange que vous m'y donnez, m'en ait fait aimer les beautés; au contraire, si j'avois pû y trouver quelque chose à redire, c'auroit été sans doute ce que vous y dites d'avantageux pour moi. Mais les honnêtes gens de France sont si accoûtumés à louer, que je n'ai point été surprise que vous m'avez louée, & je n'ose pas me plaindre d'une coûtume si générale; je vous avoue même que j'ai sujèt d'en être satisfaite. Jl y a du plaisir de se voir louée par des personnes qui méritent de l'être; & comme parmi ceux qui font profession des belles lettres, vous tenez un des prémiers rangs, je n'ai pû voir sans en être touchée, l'estime que vous faites de moi. Les vœux, que vous faites pour ma conversion à la créance que vous enseignée, n'ont pas fait les mêmes impressions dans mon ame. Je ne puis consentir, que vous desiriez & que vous espériez une chose qui ne peut arriver. La principale application de mon esprit a toûjours été dans la recherche de la vérité, & je ne pourrois changer sans m'éloigner du but que je me suis toûjours proposé. Il y a long-tems que je suis persuadée que les choses que je crois, sont celles que l'on doit croire. Ce seroit plûtôt à moi à souhaiter que parmi tant de belles lumiéres dont votre ame est éclairée, vous eussiez encore celles que j'ai sur cette matière. Je ne laisse pas après tout d'être satisfaite du Zèle que vous témoignez pour moi, & la différence, qui est entre nous, ne peut m'empêcher d'estimer votre amitié aussi bien que les autres choses qui me viennent de la part des vôtres; leur approbation est sans doute la plus solide récompense que je puisse recevoir de l'amour que j'ai pour les belles choses, & les Muses ne sauroient reconnoître plus avantageusement la passion que j'ai pour elles, qu'en m'acquérant leur suffrage & le vôtre. Je tâcherai de m'en rendre digne par le soin que j'aurai d'entretenir, dans mon ame, ce bel amour, afin de conserver un bien que je dois plûtôt à ma bonne fortune qu'à mon mérite. Ces belles exilées & leurs amans trouveront toûjours un appui auprès de moi, & je ferai toûjours gloire de partager avec eux les avantages de ma naissance & les faveurs de la fortune...
Christine.

Swedish translation (my own):

Monsieur,
Era förtjänster var redan kända för mig och på några av Era verk hade jag redan bedömt Ert sinnes förmåga till vackra saker. Jag tvivlar inte på att de Ni sänder mig och som jag tackar Er för bekräftar mig i den dom som jag redan har gjort över Er; och brevet Ni skrev till mig är så välgjort att man rimligen inte kan förvänta sig mediokra saker av en person som tänker så bra och som uttrycker sig så rättvist och så behagligt. Det är inte så att det beröm Ni ger mig där fick mig att älska dess skönhet; tvärtom, om jag hade kunnat finna något att säga i den, så hade det utan tvivel varit vad Ni säger i den, som varit fördelaktigt för mig. Men Frankrikes ärliga folk är ju så vana vid att lovorda att jag inte blev förvånad över att Ni lovordade mig, och jag vågar inte klaga på en sådan allmän sed; jag erkänner till och med för Er att jag har anledning att vara nöjd med det. Det finns nöje i att se sig själv hyllad av människor som förtjänar att bli hyllade; och som bland dem, som göra ett yrke av les belles lettres, Ni har ju en av de första rangerna, kunde jag inte se utan att bli berörd den aktning Ni har för mig.

De löften Ni avger för min omvändelse till den tro Ni lärde ut har inte gjort samma intryck på min själ. Jag kan inte samtycka till att Ni önskar och hoppas på något som inte kan hända. Den huvudsakliga tillämpningen av mitt sinne har alltid varit i sökandet efter sanning, och jag kunde inte ändra mig utan att glida bort från det mål jag alltid har satt upp för mig själv. Jag har länge trott att de saker jag tror är saker som bör tros. Det skulle snarare vara för mig att önska att Ni bland så många vackra ljus som din själ är upplyst med, fortfarande hade de som jag har om detta ämne. Jag kan trots allt inte nöja mig med det nit Ni visar för mig, och skillnaden mellan oss kan inte hindra mig från att akta Er vänskap lika väl som det andra som kommer till mig från Ert; deras godkännande är utan tvekan den mest solida belöning som jag kan få för den kärlek jag har till vackra ting, och muserna kunde inte mer fördelaktigt känna igen den passion som jag har för dem än genom att skaffa mig deras suffragium och Ert.

Jag kommer att försöka göra mig värdig det genom den omsorg som jag kommer att behöva för att i min själ upprätthålla denna vackra kärlek, för att bevara en godhet som jag är skyldig min lycka snarare än min förtjänst. Dessa vackra landsflyktiga kvinnor och deras älskare skall alltid finna stöd hos mig, och jag skall alltid vara stolt över att dela med dem av min bördas och lyckas fördelar...
Kristina.

English translation (my own):

Monsieur,
Your merit was already known to me and on some of your works I had already judged the capacity of your mind for beautiful things. I have no doubt that those you send me and for which I thank you confirm me in the judgment I have already made of you; and the letter you wrote me is so well-made that one cannot reasonably expect mediocre things from a person who thinks so well and who expresses himself so justly and so pleasantly. It is not that the praise you give me there made me love its beauty; on the contrary, if I had been able to find something to say in it, it would doubtless have been what you say in it that was advantageous for me. But the honest people of France are so accustomed to praising that I was not surprised that you praised me, and I dare not complain of such a general custom; I even confess to you that I have reason to be satisfied with it. There is pleasure in seeing oneself praised by people who deserve to be praised; and, as among those who make a profession of les belles lettres you hold one of the first ranks, I could not see without being touched the esteem you have for me.

The vows you make for my conversion to the belief you taught have not made the same impressions on my soul. I cannot consent that you desire and hope for something that cannot happen. The main application of my mind has always been in the search for truth, and I could not change without drifting away from the goal I have always set for myself. I have long believed that the things I believe are things that should be believed. It would rather be for me to wish that among so many beautiful lights with which your soul is enlightened, you still had those that I have on this subject. I cannot, after all, be satisfied with the zeal you show for me, and the difference between us cannot prevent me from esteeming your friendship as well as the other things that come to me from yours; their approval is undoubtedly the most solid reward that I can receive for the love that I have for beautiful things, and the Muses could not recognise more advantageously the passion that I have for them than by acquiring me their suffrage and yours.

I will try to make myself worthy of it by the care that I will have to maintain in my soul this beautiful love, in order to preserve a good that I owe rather to my good fortune than to my merit. These beautiful exiled women and their lovers will always find support with me, and I will always be proud to share with them the advantages of my birth and the favours of fortune...
Kristina.

Swedish translation of the original (my own):

Monsieur,
Era förtjänster var redan kända för mig, och från några av Era verk hade jag redan bedömt Ert sinnes förmåga till vackra saker. Jag tvivlar inte på att de Ni sänder mig, och som jag tackar Er för, bekräftar mig i den dom jag redan har gjort över Er; och det brev Ni skrev till mig är så välgjort att man rimligen inte kan förvänta sig mediokra saker av en person som tänker så bra och som uttrycker sig så rättvist och så angenämt. Det är inte så att det beröm Ni ger mig har fått mig att älska dess skönhet; tvärtom, om jag hade kunnat finna något att säga i den, så hade det utan tvivel varit vad Ni säger i den, som hade gynnat mig. Men Frankrikes ärliga folk är ju så vana vid att lovorda, att jag inte blev förvånad över att Ni lovordade mig, och jag vågar inte klaga på en sådan allmän sed; jag erkänner till och med för Er att jag har anledning att vara nöjd med det. Det finns nöje i att se sig själv hyllad av människor som förtjänar att bli hyllade; och eftersom, bland dem som göra ett yrke av les belles lettres, Ni innehar en av de första rangerna, jag kunde inte se utan att bli berörd av den den aktning Ni har för mig.

De löften Ni avger för min omvändelse till den tro Ni lär ut har inte gjort samma intryck på min själ. Jag kan inte tillåta Er att önska och hoppas på något som inte kan hända. Den huvudsakliga tillämpningen av mitt sinne har alltid varit i sökandet efter sanning, och jag kunde inte ändra mig utan att flytta bort från det mål jag alltid har satt upp för mig själv. Jag har länge trott att de saker jag tror är saker som bör tros. Det skulle snarare vara upp till mig att önska att Ni, bland så många vackra ljus, med vilka Er själ är upplyst, fortfarande hade de som jag har om detta ämne. Jag är trots allt ändå nöjd med den iver Ni visar för mig, och skillnaden mellan oss kan inte hindra mig från att akta din vänskap, liksom det andra som kommer till mig från Ert. Deras godkännande är utan tvekan den mest solida belöning jag kan få för den kärlek jag har till vackra ting, och muserna kunde inte mer fördelaktigt känna igen den passion jag har för dem än genom att skaffa mig deras suffragium och Ert.

Jag skall försöka göra mig värdig det genom den omsorg som jag kommer att behöva för att i min själ upprätthålla denna vackra kärlek, för att bevara en godhet som jag är skyldig min lycka snarare än min förtjänst. Dessa vackra landsflyktiga kvinnor och deras älskare skall alltid finna stöd hos mig, och jag skall alltid vara stolt över att dela med dem av fördelarna hos min födelse och lyckan.
Kristina.
Stockholm, den 28 oktober 1651.

English translation of the original (my own):

Monsieur,
Your merit was already known to me, and from some of your works I had already judged the capacity of your mind for beautiful things. I have no doubt that those you send me, and for which I thank you, confirm me in the judgment I have already made of you; and the letter you wrote to me is so well done that one cannot reasonably expect mediocre things from a person who thinks so well and who expresses himself so justly and so agreeably. It is not that the praise you give me has made me love its beauties; on the contrary, if I had been able to find something to say in it, it would doubtless have been what you say in it that would have benefited me. But the honest people of France are so accustomed to praising that I was not surprised that you praised me, and I dare not complain of such a general custom; I even confess to you that I have reason to be satisfied with it. There is pleasure in seeing oneself praised by people who deserve to be praised; and, as among those who make a profession of les belles lettres, you hold one of the first ranks, I could not see, without being touched by it, the esteem you have for me.

The vows you make for my conversion to the belief you teach have not made the same impressions on my soul. I cannot allow you to desire and hope for something that cannot happen. The main application of my mind has always been in the search for truth, and I could not change without moving away from the goal I have always set for myself. I have long believed that the things I believe are things that should be believed. It would rather be up to me to wish that, among so many beautiful lights with which your soul is enlightened, you still had those which I have on this subject. After all, I am still satisfied with the zeal you show for me, and the difference between us cannot prevent me from esteeming your friendship, as well as the other things that come to me from yours. Their approval is without doubt the most solid reward I can receive for the love I have for beautiful things, and the Muses could not more advantageously recognise the passion I have for them than by acquiring for me their suffrage and yours.

I will try to make myself worthy of it by the care that I will have to maintain in my soul this beautiful love, in order to preserve a good that I owe rather to my good fortune than to my merit. These beautiful exiled women and their lovers will always find support with me, and I will always be proud to share with them the advantages of my birth and the favours of fortune.
Kristina.
Stockholm, October 28, 1651.


Above: Kristina.


Above: Antoine Godeau, Bishop of Grasse.

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