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Thursday, February 2, 2023

Antoine Arnauld's letter to Ernst, Landgrave of Hesse-Rheinfels-Rotenburg, dated August 4/14 (New Style), 1686

Source:

Lettres de Monsieur Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne, volume 4, page 401, published by Joseph Nicolai, 1727


Kristina's letter is here:


The letter:

MONSEIGNEUR,
J'aurois bien des choses à vous dire de la lettre de la Reine de Suede. Ce n'est pas que je trouve étrange qu'elle n'ait pas approuvé, non plus que V. A. S. la conduite du Roi dans la conversion des Huguenots. J'avoue que c'est une matiere sur laquelle les Catholiques mêmes peuvent être partagés, sur tout, parce que les faits que les uns suposent, peuvent être fort differens de ceux qui sont suposés par les autres. Je ne m'étonne trop aussi qu'elle en ait parlé si durement. Elle a supposé que sa lettre ne seroit pas vue, & qu'ainsi elle pouvoit écrire ce qu'elle pensoit avec toute sorte de liberté. Que s'il est vrai, ce qu'on m'a dit, qu'elle est fort mal avec la France, parce que voiant la statue Equestre du Roi faite par le Chevalier Bernin, & admirant la beauté de l'ouvrage, il lui étoit échapé de dire, qu'il eût été à desirer que ce fut la tête du Roi de Pologne, & que depuis ce tems là l'Ambassadeur de France a ordre de ne la point voir: si cela, dis-je, est vrai, il est à craindre que l'on ne pense que cette petite brouillerie pourra avoir contribué à lui faire juger si desavantageusement de la conduite du Roi. S'il n'y avoit néanmoins que cela, je ne m'y arrêteroient pas, & ne croirois pas que ce fut une raison suffisante d'attribuer à la passion, plutôt qu'à la raison, ce qu'elle dit dans cette lettre. Mais ce qui feroit aprehender qu'il n'y ait eu en effet du ressentiment, est la maniere dont elle parle des 4. articles de l'Assemblée du Clergé de France. Car on ne comprend pas comment cette Reine, d'ailleurs si habile, auroit pu prendre de sang froid cette exposition de la doctrine de l'Eglise Gallicane accompagnée de beaucoup de respect envers le S. Siege, pour «un attentat visible contre l'Eglise Romaine», pour «une scandaleuse liberté qui ne pouvoit être poussée plus près de la rebellion», pour «un triomphe apparent de l'héresie», & pour «des dogmes & des sentimens conformes à ceux des Calvinistes sur ce point fondamental de notre Religion.» Il auroit fallu au moins retrancher tout cela de sa lettre, si cette grande Princesse vouloit que l'on crût qu'elle l'avoit écrite de sang rassis, & que la passion n'y avoit aucune part. Je crois que pour cet endroit, V. A. en jugera comme moi, & qu'elle a bien fait néanmoins de ne lui en rien dire.

Mais si V. A. avoit quelque occasion de lui écrire, elle m'obligeroit de lui demander si M. Grotius faisoit profession de la Religion des Calvinistes, lorsqu'il lui fut rendre compte de son Ambassade peu de tems avant que de mourir. Je suis assuré du contraire: mais c'est qu'il y a un Docteur qui soutient dans un livre qu'il a écrit contre moi, que M. Grotius a vécû & est mort dans la Religion des Calvinistes. Et je serai bien aise d'avoir de quoi le convaincre, si j'écris jamais contre lui, par le temoignage de cette Reine. Le dernier livre de Grotius qui n'a parû qu'après sa mort, contient une infinité de preuves qu'il étoit bien éloigné de la Religion des Calvinistes, puisqu'il n'y a presque pas de point controversé sur lequel il ne se déclare pour les Catholiques. Et il y a dans ce même ouvrage un endroit qui ne doit guere plaire aux prétendus Reformés. Car il y soutint dès ce tems-là, c'est-à-dire, il y a environ 40. ans, que l'Edit de Nantes & autres semblables ne sont point des traités d'Alliance, mais des Ordonnances faites par les Rois pour l'utilité publique, & sujets à revocation, lorsque le bien public demande qu'on les revoque. Edicta quæ in Gallia facta sunt, pro iis qui reformatos se dicunt, nec rescissa, nec imminuta, sed quàm diligentissimè servata velit Grotius, ejusque rei & multos & magnos hæbet testes. Sed norint tamen illi qui reformatorum sibi imponunt vocabulum, non esse illa fœdera, sed Regum Edicta, ob publicam facta utilitatem, & revocabilia, si aliud Regibus publica utilitas suaserit.

Je suis bien aise que l'Electeur Palatin ait fait desavouer par les Protestans mêmes, ce ridicule conte du spectre. J'ai toujours crû que ce ne pouvoit être qu'un pur mensonge. C'est une honte aux prétendus Réformés d'avoir parmi eux des gens capables d'inventer de si noires médisances. Plût à Dieu qu'il n'y en eût point parmi nous! J'ai vû des écrits faits en Hollande par ces fugitifs qui font si fort les zèlés pour leur Religion, remplis de calomnies contre le Roi, si abominables & si éloignées de toute vrai-semblance, qu'ils font bien voir par là que c'est l'esprit du démon qui les agite.

With modernised spelling:

Monseigneur,
J'aurais bien des choses à vous dire de la lettre de la reine de Suède. Ce n'est pas que je trouve étrange qu'elle n'ait pas approuvé, non plus que Votre Altesse Sérène la conduite du Roi dans la conversion des Huguenots. J'avoue que c'est une matiere sur laquelle les catholiques-mêmes peuvent être partagés, sur tout, parce que les faits que les uns supposent peuvent être fort différents de ceux qui sont suposés par les autres. Je ne m'étonne trop aussi qu'elle en ait parlé si durement. Elle a supposé que sa lettre ne serait pas vue, et qu'ainsi elle pouvait écrire ce qu'elle pensait avec toute sorte de liberté. Que s'il est vrai, ce qu'on m'a dit, qu'elle est fort mal avec la France, parce que voyant la statue équestre du roi faite par le chevalier Bernin, et admirant la beauté de l'ouvrage, il lui était échapé de dire qu'il eût été à desirer que ce fut la tête du roi de Pologne, et que depuis ce temps là l'ambassadeur de France a ordre de ne la point voir. Si cela, dis-je, est vrai, il est à craindre que l'on ne pense que cette petite brouillerie pourra avoir contribué à lui faire juger si desavantageusement de la conduite du roi. S'il n'y avait néanmoins que cela, je ne m'y arrêteraient pas et ne croirais pas que ce fut une raison suffisante d'attribuer à la passion plutôt qu'à la raison, ce qu'elle dit dans cette lettre.

Mais ce qui ferait appréhender qu'il n'y ait eu en effet du ressentiment, est la manière dont elle parle des 4 articles de l'Assemblée du clergé de France. Car on ne comprend pas comment cette reine, d'ailleurs si habile, aurait pu prendre de sang froid cette exposition de la doctrine de l'Église gallicane accompagnée de beaucoup de respect envers le Sainte Siège, pour «un attentat visible contre l'Église romaine», pour «une scandaleuse liberté qui ne pouvait être poussée plus près de la rebellion», pour «un triomphe apparent de l'héresie», et pour «des dogmes et des sentiments conformes à ceux des calvinistes sur ce point fondamental de notre religion.»

Il aurait fallu au moins retrancher tout cela de sa lettre, si cette grande princesse voulait que l'on crût qu'elle l'avait écrite de sang rassis, et que la passion n'y avait aucune part. Je crois que pour cet endroit Votre Altesse en jugera comme moi et qu'elle a bien fait néanmoins de ne lui en rien dire.

Mais si Votre Altesse avait quelque occasion de lui écrire, elle m'obligerait de lui demander si M. Grotius faisait profession de la religion des calvinistes lorsqu'il lui fut rendre compte de son ambassade peu de temps avant que de mourir. Je suis assuré du contraire; mais c'est qu'il y a un docteur qui soutient dans un livre qu'il a écrit contre moi que M. Grotius a vécu et est mort dans la religion des calvinistes. Et je serai bien aise d'avoir de quoi le convaincre, si j'écris jamais contre lui, par le témoignage de cette reine. Le dernier livre de Grotius, qui n'a paru qu'après sa mort, contient une infinité de preuves qu'il était bien éloigné de la religion des calvinistes, puisqu'il n'y a presque pas de point controversé sur lequel il ne se déclare pour les catholiques. Et il y a dans ce même ouvrage un endroit qui ne doit guère plaire aux prétendus reformés. Car il y soutint dès ce temps-là, c'est-à-dire, il y a environ 40 ans, que l'édit de Nantes et autres semblables ne sont point des traités d'alliance, mais des ordonnances faites par les rois pour l'utilité publique, et sujets à révocation, lorsque le bien public demande qu'on les révoque.

Edicta quæ in Gallia facta sunt, pro iis qui Reformatos se dicunt, nec rescissa, nec imminuta, sed quam diligentissime servata velit Grotius, ejusque rei et multos et magnos hæbet testes. Sed norint tamen illi qui Reformatorum sibi imponunt vocabulum, non esse illa fœdera, sed regum edicta, ob publicam facta utilitatem, et revocabilia, si aliud regibus publica utilitas suaserit.

Je suis bien aise que l'électeur palatin ait fait désavouer par les Protestants-mêmes ce ridicule conte du spectre. J'ai toujours cru que ce ne pouvait être qu'un pur mensonge. C'est une honte aux prétendus réformés d'avoir parmi eux des gens capables d'inventer de si noires médisances. Plût à Dieu qu'il n'y en eût point parmi nous! J'ai vu des écrits faits en Hollande par ces fugitifs qui font si fort les zélés pour leur religion, remplis de calomnies contre le Roi, si abominables et si éloignées de toute vrai-semblance qu'ils font bien voir par-là que c'est l'esprit du démon qui les agite.

Swedish translation (my own):

Min herre,
Jag har mycket att berätta om brevet från Sveriges drottning. Det är inte så att jag finner det konstigt att hon, inte heller Ers Durchlautiga Höghet, inte godkände konungens uppträdande vid hugenotternas omvändelse. Jag erkänner att detta är en fråga där katoliker själva kan vara delade i allt, eftersom de fakta som vissa antar kan vara mycket annorlunda än de som antas av andra. Jag är inte heller så förvånad över att hon talade så hårt om det. Hon antog att hennes brev inte skulle synas, och så kunde hon skriva vad hon tyckte med all slags frihet. Att om det är sant att hon står på mycket dåliga fot med Frankrike, som jag har fått veta, eftersom att se ridstatyn av konungen gjord av kavaljer Bernini och beundra verkets skönhet, så undgick det henne att säga att det skulle ha varit önskvärt att den varit polske konungens huvud, och att den franske ambassadören sedan dess haft order om att inte se den. Om detta, säger jag, är sant, är det att befara, att detta lilla missförstånd kan tänkas ha bidragit till att få honom att döma så ofördelaktigt om konungens uppträdande. Om det var allt, skulle jag dock inte uppehålla mig vid det, och jag skulle inte tro att det var en tillräcklig anledning att tillskriva passion snarare än att resonera vad hon säger i detta brev.

Men det som skulle få en att fatta att det verkligen fanns förbittring är det sätt på vilket hon talar om de fyra artiklarna i Frankrikes prästerskapsförsamling. Ty vi förstår inte hur denna drottning, dessutom så slug, kallblodigt kunde ha tagit denna utläggning av den franska Kyrkans lära åtföljd av en stor respekt gentemot den Heliga Stolen, för »ett synligt angrepp mot den romerska Kyrkan«, för »en skandalös frihet som inte kunde drivas närmare upproret«, för »en uppenbar triumf av kätteriet« och för »dogmer och känslor som överensstämmer med kalvinisternas på denna grundläggande punkt i vår religion.«

Det skulle åtminstone ha varit nödvändigt att klippa bort allt detta ur hennes brev om denna stora prinsessa ville att folk skulle tro att hon hade skrivit det med gammalt blod och att passionen inte hade någon del i det. Jag tror att Ers Höghet för denna plats kommer att döma som jag och att hon ändå gjorde klokt i att inte berätta något om det för honom.

Men om Ers Höghet hade något tillfälle att skriva till henne, så skulle Ni förplikta mig att fråga henne, om herr Grotius bekände sig till kalvinisternas religion när hon kort före hans död fick en redogörelse för hans ambassad. Jag är säker på motsatsen; men det finns en läkare som hävdar i en bok han skrev mot mig att herr Grotius levde och dog i kalvinisternas religion. Och jag skall vara glad över att ha något att övertyga honom om, om jag någonsin skriver emot honom, genom denna drottnings vittnesbörd. Grotius sista bok, som inte kom ut förrän efter hans död, innehåller en oändlighet av bevis för att han var långt ifrån kalvinisternas religion, eftersom det knappast finns en tvist där han inte står för katoliker. Och det finns i samma verk en plats som knappast borde behaga de så kallade reformisterna. Ty han vidhöll där från den tiden, det vill säga för omkring 40 år sedan, att Nantes-ediktet och andra liknande icke äro förbundsfördrag, utan av konungar gjorda förordningar för allmännyttan och föremål för återkallelse, då  allmännyttan kräver att de återkallas.

De påbud som i Frankrike utfärdades för dem som säga sig vara reformister varken upphävdes eller förminskades, utan bevarades så noggrant som Grotius önskade, och till detta har han många och stora vittnen. Men de som påtvingar sig själva namnet reformister vet att dessa förbund inte är fördrag, utan konungars påbud, gjorda för allmännytta, och de är återkallbara om allmännyttan uppmanar konungarna att göra något annat.

Jag är mycket glad att pfalzkurfursten har fått protestanterna själva att förneka denna löjliga berättelse om spöket. Jag har alltid trott att det bara kan vara en ren lögn. Det är en skam för de såkallade reformisterna att bland sig ha människor som är kapabla att uppfinna sådana svarta förtal. Gud give att det inte fanns några bland oss! Jag har sett skrifter skrivna i Holland av dessa flyktingar som gör människor så nitiska för sin religion, fyllda med förtal mot konungen som är så avskyvärda och så avlägsna från all sannolikhet att de gör det klart att det är demonens ande som agiterar dem.

English translation (my own):

My lord,
I have many things to tell you about the letter from the Queen of Sweden.  It is not that I find it strange that she, nor Your Serene Highness, did not approve of the King's conduct in the conversion of the Huguenots. I admit that this is a matter on which Catholics themselves can be divided on everything, because the facts which some suppose may be very different from those which are supposed by others. I am also not too surprised that she spoke of it so harshly. She assumed that her letter would not be seen, and so she could write what she thought with all kinds of freedom. That if it is true that she is on very bad terms with France, as I have been told, because seeing the equestrian statue of the king made by the Chevalier Bernini, and admiring the beauty of the work, it escaped her to say that it would have been desirable for it to have been the head of the King of Poland, and that since that time the French ambassador has had orders not to see it. If this, I say, is true, it is to be feared that this little misunderstanding may be thought to have contributed to make him judge so unfavourably of the King's conduct. If that were all, however, I would not dwell on it, and I would not believe that it was a sufficient reason to attribute to passion rather than to reason what she says in this letter.

But what would make one apprehend that there was indeed resentment is the way in which she speaks of the 4 articles of the Assembly of the Clergy of France. Because we do not understand how this Queen, moreover so clever, could have taken in cold blood this exposition of the doctrine of the French Church accompanied by a great deal of respect towards the Holy See, for "a visible attack against the Roman Church", for "a scandalous liberty which could not be pushed nearer rebellion", for "an apparent triumph of heresy", and for "dogmas and sentiments conforming to those of the Calvinists on this fundamental point of our religion."

It would have been necessary at least to cut all that out of her letter if this great princess wanted people to believe that she had written it with stale blood and that passion had no part in it. I believe that for this place Your Highness will judge as I do and that she nevertheless did well not to tell him anything about it.

But if Your Highness had any occasion to write to her, you would oblige me to ask her if Mr. Grotius professed the religion of the Calvinists when she was given an account of his embassy shortly before his death. I am sure of the contrary; but there is a doctor who maintains in a book he wrote against me that Mr. Grotius lived and died in the religion of the Calvinists. And I shall be glad to have something to convince him, if I ever write against him, by the testimony of this Queen. Grotius' last book, which did not appear until after his death, contains an infinity of evidence that he was far removed from the religion of the Calvinists, since there is hardly a point in dispute on which he does not stand for Catholics. And there is in this same work a place which should hardly please the so-called Reformists. For he maintained there from that time, that is to say, about 40 years ago, that the Edict of Nantes and other similar ones are not treaties of alliance, but of ordinances made by kings for the public utility, and subject to revocation, when the public good demands that they be revoked.

The edicts which were made in France for those who say they were Reformists were neither rescinded, nor diminished, but preserved as carefully as Grotius wished, and to this fact he has many and great witnesses. But those who impose the name of Reformists on themselves know that those covenants are not treaties, but edicts of kings, made for the public benefit, and they are revocable if the public benefit urges the kings to do otherwise.

I am very glad that the Elector Palatine has caused the Protestants themselves to disavow this ridiculous tale of the spectre. I have always believed that it could only be a pure lie. It is a disgrace to the so-called Reformists to have among them people capable of inventing such black slanders. Would to God there were none among us! I have seen writings written in Holland by these fugitives who make people so zealous for their religion, filled with calumnies against the King which are so abominable and so remote from all likelihood that they make it clear that it is the spirit of the demon which agitates them.


Above: Kristina.


Above: Hugo Grotius.


Above: Ernst, Landgrave of Hesse-Rheinfels-Rotenburg.

Wednesday, August 7, 2019

Kristina's letter to the Chevalier de Terlon, dated January 23/February 2 (New Style), 1686

Sources:

Bibliothèque interuniversitaire (Montpellier); Manuscrits de la reine Christine; Lettere della regina ai suoi ministri; Lettere al signore Terlon; Lettres au chevalier de Terlon; Lettre manquante 1  Christine de Suède au chevalier de Terlon, [s. l.], 2 février 1686


Nordin 185; Uppsala University Library (Uppsala universitetsbibliotek) via the Alvin portal


Palmskiöld 42; Uppsala University Library (Uppsala universitetsbibliotek) via the Alvin portal


Riksarkivet, pages 19 to 22 in K 206; Egenhändiga historiska anteckningar samt avskrifter av brev; Drottning Ulrika Eleonora d. y.; Svenska drottningars arkivaliesamlingar i riksarkivet; Kungliga arkiv


Correspondance (Christine de Suède); Correspondance (Pierre Chanut); Correspondance de Bouillon; Memoire contenant en abregé les moyens de procurer la reunion des protestants, pages 16 to 20; original at the Jagiellonian Library (Biblioteka Jagiellońska/Jagiellońska Biblioteka Cyfrowa)



Nouvelles de la République des Lettres, volume 8, page 529, published by Pierre Bayle, April 1686


Responce de Sa Majesté Serenissime la Reine Christine de Suède à la lettre de Monsieur le Chevalier de Terlon, anonymous printing, 1686


Mémoires concernant Christine, reine de Suède, volume 2, pages 230 to 232, compiled and edited by Johan Arckenholtz, 1751


Mémoires concernant Christine, reine de Suède, volume 4, page 121, compiled and edited by Johan Arckenholtz, 1760; original at the University of Michigan


Christina of Sweden, pages 306 to 307, by Ida Ashworth Taylor, 1909; original at the University of Toronto


Christina: Brev från sex decennier, pages 88 to 90, edited and translated by Sven Stolpe, 1960

Christine de Suède: Un roi exceptionnel, page 298, by Bernard Quilliet, 1982

"Une des belles lettres de Christine est sans doute celle au Chevalier de Terlon, au sujèt des persécutions de France en ce tems-là, contre ceux de la Religion protestante. ...

Ce ne fut pas Christine seule qui desapprouva ces cruautés-là. Il y eut des millions de Protestans, & même de Catholiques-Romains qui en firent autant. Mr. Bayle rapporte, que plusieurs disoient alors, que qui étoit dans le cœur du Pape Innocent XI. y verroit la condamnation de la Crusade Dragonne & qu'ils se confirmeroient dans ce sentiment par une lettre qui couroit sous le nom de la Reine Christine. Un autre Auteur [Misson] de ce tems-là qui étoit alors à Rome, remarque, que cette Reine aïant demandé à un François des nouvelles de ces Dragonades & aïant écouté sa réponse avec assez d'attention, elle lui avoit reparti. 'Je sais bien tout cela, & bien davantage encore, car des témoins oculaires & des Jesuites mêmes m'ont raconté là-dessus des choses infâmes. On a mêlé la raillerie & l'insulte à la déloyauté & à l'inhumanité.' Il est facile de comprendre par-là, que le sujèt dont Christine raisonne dans sa lettre, lui étoit bien connu, & qu'elle en a jugé avec connoissance de cause."

"One of Kristina's belles lettres is undoubtedly that to the Chevalier de Terlon on the subject of the persecutions in France at that time against those of the Protestant religion. ...

It was not Kristina alone who disapproved of these cruelties. There were millions of Protestants, and even Roman Catholics, who did the same. Monsieur Bayle reports, which many then said, that who was in the heart of Pope Innocent XI would see it as the condemnation of the Dragoon Crusade and that they would be confirmed in this sentiment by a letter which circulated under Queen Kristina's name.

Another author [Misson] of that time, who was then in Rome, remarks that this Queen, having asked a Frenchman for news of these dragonades and having listened to his response with enough attention, she had returned to him: 'I know all this well, and much more, because eyewitnesses and even the Jesuits have told me infamous things about it. One has mixed raillery and insult with disloyalty and inhumanity.'

It is easy to understand from this that the subject on which Kristina reasons in her letter was well known to her, and that she judged it with knowledge of the cause." - Arckenholtz (volume 2)

"Drottning Christina stod under sin romerska tid oftast i stark opposition mot Frankrike, vars religions- och kyrkopolitik hon hjärtligt avskydde. När Ludvig XIV satte igång de s. k. dragonaderna (en form av hugenottförföljelse), reagerade hon med ursinne. I ett brev som detta kan man avläsa hennes toleranta syn på religiöst oliktänkande. Hon hade som mycket ung drottning i Sverige gjort sitt yttersta för att bekämpa religionshatet. Ännu som etablerad katolik höll hon fast vid denna sin toleranta syn utan att därför ett ögonblick vackla i sin tro, att Kristi sanna kyrka var den romerska."

"During her Roman period, Queen Kristina often stood in strong opposition to France, whose religious and Church policies she heartily detested. When Louis XIV launched the so-called dragonnades (a form of Huguenot persecution), she reacted with fury. In a letter like this one can read her tolerant view of religious dissent. As a very young queen in Sweden, she had done her utmost to combat religious hatred. Even as an established Catholic, she held fast to this tolerant view without wavering for a moment in her belief that the true Church of Christ was the Roman one." - Stolpe

CONTENT WARNING: MENTION OF RAPE AND KILLING.

This is Kristina's reply to Hugues de Terlon (1620-1690), a French diplomat and ambassador to Sweden.

The 100th post on this blog!

The letter:

Puis que vous desirez de sçavoir mes sentimens sur la prétenduë extirpation de l'Hérésie en France, je suis ravie de vous le dire sur un si grand sujet. Comme je fai profession de ne craindre & de ne flatter personne, je vous avoüeray franchement que je ne suis pas fort persuadée du succés de ce grand dessein, & que je ne sçaurois m'en réjouir, comme d'une chose fort avantageuse à nôtre sainte Religion. Au contraire je prevois bien des préjudices, qu'un procédé si nouveau fera naître par tout. De bonne foi, étes-vous bien persuade de la sincérité de ces nouveaux Convertis? je souhaite qu'ils obéissent sincérement à Dieu, & à leur Roy; mais je crains leur opiniâtreté, & je ne voudrois pas avoir sur mon compte tous les Sacriléges, que commettront ces Catholiques forcez par des Missionaires, qui traitent trop Cavaliérement nos saints Mystéres. Les gens de guerre sont d'étranges Apôtres; je le crois plus propres à tuer, violer & voler, qu'a persuader. Aussi des Relations, desquelles on ne peut douter, nous apprennent qu'ils acquittent de leur Mission fort à leur mode. J'ay pitie des gens, qu'on abandonne a leur discretion: je plains tant de Familles ruinées, tant d'honnêtes gens réduits a l'aumône, & je ne puis regarder ce qui passe aujourd'huy en France, sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d'être nez dans l'erreur, mais il me semble, qu'ils en sont plus dignes de pitié, que de haine; & comme je ne voudrois pas pour l'Empire du monde avoir part à leur erreur, je ne voudrois pas außi être cause de leurs malheurs. Je considére aujourd'huy la France comme une malade, à qui on coupe bras & jambes pour la guérir d'un mal, qu'un peu de patience & de douceur auroient entiérement guéri. Mais je crains fort que se mal ne s'aigrisse, & qu'il ne se rende enfin incurable, que ce feu caché sous les cendres ne se rallume un jour plus fort que jamais, & que l'hérésie masquée ne devienne plus dangereuse. Rien n'est plus loüable que le dessein de convertir les Hérétiques, & les infidéles. Mais la maniére dont on s'y prend est fort nouvelle, & puis que nôtre Seigneur ne s'est pas servi de cette méthode pour convertir le monde, elle ne doit pas être la meilleure. J'admire & ne comprens pas ce zéle, & cette Politique qui me passent, & je suis de plus ravie de ne les comprendre pas. Croyez-vous que ce soit à present le temps de convertir les Huguenots, de les rendre bon Catholiques dans un siécle, où l'on fait des attentats si visibles en France contre le respect, & la soûmission, qui sont dûs à l'Eglise Romaine, qui est l'unique & l'inébranlable fondement de nôtre Religion, puis que c'est à Elle à qui nôtre Seigneur a fait cette magnifique promesse, que les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle? Cependant jamais la scandaleuse liberté de l'Eglise Gallicane n'a été poussée plus prés de la Rebellion, qu'elle est à present. Les derniéres propositions signées & publiées par le Clergé de France sont telles, qu'elles n'ont donné qu'un trop apparent Triomphe à l'hérésie, & je pense que sa surprise doit avoir été sans égale, se voyant peu de temps aprés persecutée par ceux, qui ont sur ce point fondamental de nôtre Religion des dogmes & des sentimens si conformes aux siens. Voilà les puissantes raisons, qui m'empêchent de me réjouir de cette prétenduë extirpation de l'hérésie. L'intérest de l'Eglise Romaine m'est sans doute aussi cher, que ma vie; mais c'est ce même intérest, qui me fait voir avec douleur ce qui se passe, & je vous avouë aussi que j'aime assez la France pour plaindre la desolation d'un si beau Royaume. Je souhaite de tout mon cœur de me tromper dans mes conjectures, & que tout se termine à la plus grande gloire de Dieu, & du Roy Votre Maître. Je m'assûre même que vous ne douterez pas de la sincerité de mes vœux, & que je suis.
A Rome le 2 Février 1686.

The anonymous copy transcript of the letter:

Puis que vous desirez de scavoir mes sentiments sur la pretendue extirpation de l'Heresie en France, je suis ravie de vous le dire sur un si grand sujet. Comme je fai profession de ne craindre & de ne flatter personne, je vous advoueray franchement que je ne suis pas fort persuadée du succes de ce grand dessein, & que je ne scaurois m'en rejouir, Comme d'une chose fort advantageuse a nostre saincte Religion. Au contraire je prevois bien des prejudices, qu'un procedé si nouveau fera naistre par tout. De bonne fois, estes vous bien persuadé de la sincerité de ces nouveaux Convertis? je souhaitte qu'ils obeissent sincerement a Dieu, & a leur Roy; mais je crains leur opiniatreté, & je ne voudrois pas avoir sur mon compte touts les Sacrileges, que commetteront ces Catholiques forcez par des Messionaires, qui traittent trop Cavallerement nos saints Mysteres. Les gens de guerre sont des estranges Apostres; je le crois plus propres a tuer, violer & voler, qu'a persuader, aussi des Relations, desquelles on ne peut douter, nous apprennent, qu'ils acquittent de leur Mission fort a leur mode. J'ay pitie des gens, qu'on abandonne a leur discretion je plains tant de Familles ruinées, tant d'honnestes gens reduits a l'aumone, & je ne puis regarder ce qui passe aujourd'huy en France, sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d'estre né dans l'erreur; Mais il me semble, qu'ils en sont plus dignes de pitie; que de haine; & comme je ne voudrois pas pour l'Empire du monde avoir part a leur erreur, je ne voudrois pas aussy estre cause de leurs malheurs. Je considere aujourd'huy la France comme une malade, a qui on coupe bras & jambes pour la guerir d'un mal, qu'un peu de patience & de douceur auroient entierrement guery. Mais je crains fort que se mal ne s'aigrisse, & qu'il ne se rende en fin incurable, que ce feu caché sous les cendres ne se rallume un jour plus fort que jamais, & que l'heresie masquée ne devienne plus dangereuse. Rien n'est plus louable que le dessein de convertir les Heritiques, & les infidelles. Mais la maniere dont on s'y prend est fort nouvelle, & puis que nostre Seigneur ne s'est pas servy de cette methode pour convertir le monde, elle ne doit pas estre la meilleure. J'admire & ne comprens pas ce zele, & cette Politique, qui me passent, & je suis de plus ravie de ne les comprendre pas. Croyez vous que ce soit a present le temps de convertir les Hugenots, de les rendre bon Catholiques dans un siecle, ou l'on fait des attentats si visibles en France contre le respect, & la soumission, qui sont deuse a l'Eglise Romaine, qui est l'unique & l'inebranslable fondement de nostre Religion, puis que c'est a Elle a qui nostre Seigneur a fait cette magnifique promesse, que les portes de l'Enfer ne prevaudront pas contre elle? Cependant jamais la scandaleuse liberté de l'Eglise Gallicane n'a estè pousseé plus prez de la Rebellion, qu'elle est a present. Les dernieres propositions signées & publicees par le Clergé de France sont telles, qu'elles n'ont donné qu'un trop apparent Triomphe a l'heresie, & je pense que sa surprise doit avoir esté sans egale, se voyant peu de temps aprez persecutée par ceux, qui ont sur ce point fondamental de nostre Religion des dogmes & des sentiments si conformes aux siens, voyla les puissantes raisons, qui m'empechent de me rejouir de cette pretendue extirpation de l'heresie. l'Interest de l'Eglise Romaine m'est sans doute aussy cher, que ma vie; mais c'est ce mesme interest, qui me fait voir avec douleur ce qui se passe, & je vous advoue aussy que j'ayme assez la France pour plaindre la desolation d'un si beau Royaume. Je souhaitte de tout mon Coeur de me tromper dans mes conjectures, & que tout se termine a la plus grande gloire de Dieu, & du Roy Vostre Maistre. Je m'asseure mesme que vous ne douterez pas de la sincerité de mes voeux, & que je suis.
A Rome, le 2 Fevrier 1686.

With modernised spelling:

Puisque vous désirez de savoir mes sentiments sur la prétendue extirpation de l'hérésie en France, je suis ravie de vous le dire sur un si grand sujet. Comme je fais profession de ne craindre et de ne flatter personne, je vous avouerai franchement que je ne suis pas fort persuadée du succès de ce grand dessein, et que je ne saurais m'en réjouir, comme d'une chose fort avantageuse à notre sainte religion. Au contraire, je prévois bien des préjudices qu'un procédé si nouveau fera naître par tout.

De bonne foi, êtes-vous bien persuadé de la sincérité de ces nouveaux convertis? Je souhaite qu'ils obéissent sincèrement à Dieu et à leur roi, mais je crains leur opiniâtreté, et je ne voudrais pas avoir sur mon compte tous les sacrilèges que commettront ces catholiques forcés par des missionaires, qui traitent trop cavalièrement nos saints mystères.

Les gens de guerre sont d'étranges apôtres; je le crois plus propres à tuer, violer et voler qu'a persuader. Aussi des relations, desquelles on ne peut douter, nous apprennent qu'ils acquittent de leur mission fort à leur mode. J'ai pitié des gens qu'on abandonne a leur discrétion: je plains tant de familles ruinées, tant d'honnêtes gens réduits a l'aumône, et je ne puis regarder ce qui passe aujourd'hui en France, sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d'être nés dans l'erreur, mais il me semble qu'ils en sont plus dignes de pitié que de haine; et comme je ne voudrois pas pour l'empire du monde avoir part à leur erreur, je ne voudrais pas aussi être cause de leurs malheurs.

Je considère aujourd'hui la France comme une malade, à qui on coupe bras et jambes pour la guérir d'un mal qu'un peu de patience et de douceur auraient entièrement guéri. Mais je crains fort que se mal ne s'aigrisse, et qu'il ne se rende enfin incurable que ce feu caché sous les cendres ne se rallume un jour plus fort que jamais, et que l'hérésie masquée ne devienne plus dangereuse. Rien n'est plus louable que le dessein de convertir les hérétiques et les infidèles. Mais la manière dont on s'y prend est fort nouvelle, et puisque notre Seigneur ne s'est pas servi de cette méthode pour convertir le monde, elle ne doit pas être la meilleure.

J'admire et ne comprends pas ce zèle et cette politique qui me passent, et je suis de plus ravie de ne les comprendre pas. Croyez-vous que ce soit à present le temps de convertir les huguenots, de les rendre bon catholiques dans un siècle où l'on fait des attentats si visibles en France contre le respect et la soumission qui sont dûs à l'Église romaine, qui est l'unique et l'inébranlable fondement de notre religion, puisque c'est à elle à qui notre Seigneur a fait cette magnifique promesse que les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle?

Cependant jamais la scandaleuse liberté de l'Église gallicane n'a été poussée plus près de la rébellion qu'elle est à présent. Les dernières propositions signées et publiées par le clergé de France sont telles qu'elles n'ont donné qu'un trop apparent triomphe à l'hérésie, et je pense que sa surprise doit avoir été sans égale, se voyant peu de temps après persécutée par ceux qui ont sur ce point fondamental de notre religion des dogmes et des sentiments si conformes aux siens. Voilà les puissantes raisons qui m'empêchent de me réjouir de cette prétendue extirpation de l'hérésie.

L'intérêt de l'Église romaine m'est sans doute aussi cher que ma vie; mais c'est ce même intérêt qui me fait voir avec douleur ce qui se passe, et je vous avoue aussi que j'aime assez la France pour plaindre la désolation d'un si beau royaume. Je souhaite de tout mon cœur de me tromper dans mes conjectures, et que tout se termine à la plus grande gloire de Dieu et du Roi, votre maître. Je m'assure même que vous ne douterez pas de la sincerité de mes vœux, et que je suis.
A Rome, le 2 février 1686.

Handwritten copy transcript by Ulrika Eleonora the Younger:

Puisque vous désirez de savoir, mes sentiments, sur la, prétenduë extirpation, de l'héresie, en France, je suis ravie, de vous, le dire, sur un, si grand sûjêt. Comme je, fais profession, de ne craindre, et de, ne flatter personne, je vous, avouërai franchement, que je, ne suis, pas fort persuadée, du sucés, de ce, grand dessein, et que, je ne saurois, m'en réjouir, comme d'une chose, fort avantageuse, à nôtre, Sainte Religion; Au contraire, je prévois bien, des préjudices, qu'un procedé, si nouveau fera naître, par tout. De bonne foi, étes vous bien persuadé, de la sincerité, de ces nouveaux Convertis? Je soûhaite, qu'ils, obeïssent sincerement, à Dieu, et à leur Roy: Mais je crains, leur opiniâtreté, et je ne voudrois pas avoir, sur mon compte, les Sacrileges, que commêttront, ces Catholiques forcêz, par des Missionaires, qui traitent trop cavallierement, nos Saints Mÿsteres. Les gens, de guerre, sont d'étranges Apôtres. Je les crois, plus propres, à tuer, violer, et voler, qu'à persuader. Aussi des Rélations, desquelles on ne, peut [pas] douter, nous apprenent, qu'ils s'acquitent, de leur, Mission fort, à la mode; J'ay pitié, des gens, qu'on abandonne, à leur discretion, tant d'honnêtes gens réduits, à l'aumône, et je ne, puis régarder ce, qui se passe, aujourd'hui, en France, sans en, avoir compassion; Je plains, ces malheureux, d'étre néz, dans l'erreur: mais il, me semble, qu'ils, en sont, plus dignes, de pitié, que de haine, et comme, je ne, voudrois pas, pour l'Empire, du monde, avoir part, à leur erreur, je ne, voudrois pas, aussi étre cause, de leurs malheurs; Je considere aujourd'hui, la France, comme une malade, à qui, on coupe bras, et jambes, pour la guerrir, d'un mal, qu'un peu, de patience, et de douleur, aurroient entierement guerir [sic], et qu'il, ne se rende incurable, que ce, feu caché, sous les cendres, ne se rallume, un jour, plus fort, que jamais, et que, l'héresie masquée, ne devienne, plus dangereuse. Rien n'est, plus loüable, que le dessein, de convertir, les heretiques, et les infidéles: Mais la maniére, dont on, s'y prends, est fort nouvelle, et puisque, nôtre Seigneur, ne s'est pas servir [sic], de cette mêthode, pour convertir, le monde, elle ne, doit pas étre, la meilleure. J'admire, et ne, comprens pas, ce zéle, et cette Politique, qui me passent, et je suis, de plus ravie, de ne, les, comprendre pas. Croyéz vous, que ce soit, à présent, le têms, de convertir, les Huguenots, de les rendre bons Catholiques, dans un siécle, où l'on fait, des attentats, si visibles, en France, contre le respect, et la soûmmission, qui sont dus, à l'Eglise Romaine, qui est, l'unique, et l'inébranlable fondement, de nôtre Religion, puisque c'est, à Elle, à qui, nôtre Seigneur, a fait, cette magnifique promesse, que les portes, de l'Enfer, ne prévaudront pas contre [elle]? Cependant jamais, la scandaleuse liberté, de l'Eglise Gallicane, n'a été poussée, plus prés, de la Rebellion, qu'Elle est, à présent. Les dernieres, propositions, signées, et publiées, par le Clergé, de France, sont telles, qu'elles, n'ont donnée, qu'un trop apparent Triomphe, à l'herésie, et je pense, que la surprise, doit avoir été, sans égale, se voyant, peu de têms, aprés persecutée, par ceux, qui ont, sur ce, point fondamental, de nôtre Réligion, des dogmes, et des sentiments, si conforme[s], aux siens; Voilà les puissantes raisons, qui m'empechent, de me réjouir, de cette, prétenduë extirpation, de l'heresie. L'interest, de l'Eglise Romaine, m'est sans doute, aussi cher, que ma vie: mais c'est ce, même interest, qui me, fait voir, avec douleur, ce qui, se passe, et je, vous avouë, que j'aime asséz, la France, pour plaindre, la désolation d'un si, beau Royaume; Je soûhaite, de tout, mon coeur, de me tromper, dans mes conjectures, et que tout, se termine à la gloire, de Dieu, et du Roy, Vôtre Maître. Je m'asseure même, que vous, ne doutez pas, de la sincerité, de mes voeux, et que, je suis.
à Rome. le. 2. Fevrier. 1686.

With modernised spelling:

Puisque vous désirez de savoir mes sentiments sur la prétendue extirpation de l'hérésie en France, je suis ravie de vous le dire sur un si grand sujet. Comme je fais profession de ne craindre et de ne flatter personne, je vous avouerai franchement que je ne suis pas fort persuadée du succès de ce grand dessein et que je ne saurais m'en réjouir comme d'une chose fort avantageuse à notre sainte religion. Au contraire, je prévois bien des préjudices qu'un procédé si nouveau fera naître partout.

De bonne foi, êtes-vous bien persuadé de la sincérité de ces nouveaux convertis? Je souhaite qu'ils obéissent sincèrement à Dieu et à leur roi, mais je crains leur opiniâtreté, et je ne voudrais pas avoir sur mon compte les sacrilèges que commettront ces catholiques forcés par des missionaires, qui traitent trop cavalièrement nos saints mystères.

Les gens de guerre sont d'étranges apôtres. Je les crois plus propres à tuer, violer et voler qu'à persuader. Aussi des relations desquelles on ne peut [pas] douter, nous apprenent qu'ils s'acquittent de leur mission fort à la mode. J'ai pitié des gens qu'on abandonne à leur discretion, tant d'honnêtes gens réduits à l'aumône, et je ne puis regarder ce qui se passe aujourd'hui en France sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d'être nés dans l'erreur, mais il me semble qu'ils en sont plus dignes de pitié que de haine; et comme je ne voudrais pas pour l'empire du monde avoir part à leur erreur, je ne voudrais pas aussi être cause de leurs malheurs.

Je considère aujourd'hui la France comme une malade à qui on coupe bras et jambes pour la guérir d'un mal qu'un peu de patience et de douleur auraient entièrement guéri, et qu'il ne se rende incurable que ce feu caché sous les cendres ne se rallume un jour plus fort que jamais, et que l'hérésie masquée ne devienne plus dangereuse. Rien n'est plus louable que le dessein de convertir les hérétiques et les infidèles. Mais la manière dont on s'y prend est fort nouvelle, et puisque Notre Seigneur ne s'est pas servi de cette methode pour convertir le monde, elle ne doit pas être la meilleure.

J'admire et ne comprends pas ce zèle et cette politique qui me passent, et je suis de plus ravie de ne les comprendre pas. Croyez-vous que ce soit à présent le temps de convertir les huguenots de les rendre bons catholiques dans un siècle où l'on fait des attentats si visibles en France, contre le respect et la soumission qui sont dus à l'Église romaine, qui est l'unique et l'inébranlable fondement de notre religion, puisque c'est à elle à qui notre Seigneur a fait cette magnifique promesse que les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre [elle]?

Cependant jamais la scandaleuse liberté de l'Église gallicane n'a été poussée plus près de la rébellion qu'elle est à présent? Les dernières propositions, signées et publiées par le clergé de France, sont telles qu'elles n'ont donnée qu'un trop apparent triomphe à l'hérésie, et je pense que la surprise doit avoir été sans égale, se voyant peu de temps après persecutée par ceux qui ont sur ce point fondamental de notre religion, des dogmes et des sentiments si conforme[s] aux siens. Voilà les puissantes raisons qui m'empêchent de me réjouir de cette prétendue extirpation de l'hérésie.

L'intérêt de l'Église romaine m'est sans doute aussi cher que ma vie, mais c'est ce même intérêt qui me fait voir avec douleur ce qui se passe, et je vous avoue que j'aime assez la France pour plaindre la désolation d'un si beau royaume. Je souhaite de tout mon cœur de me tromper dans mes conjectures et que tout se termine à la gloire de Dieu et du roi, votre maître. Je m'assure même que vous ne doutez pas de la sincérité de mes vœux et que je suis.
A Rome, le 2 février 1686.

The Jagiellonian Library copy of the letter:

Puisque vous desirez de scavoir mes sentiments sur la pretenduë extirpation de l'heresie en france, ie suis ravie de vous le dire sur un si grand Sujet. Comme ie fais profession de ne craindre et de ne flatter personne, ie vous avoüeray franchement que ie ne suis pas fort persuadé[e] du Succes de ce grand dessein, et que ie ne sçaurois m'en rejouir, comme de une [sic] chose fort avantageuse à nostre Sainte Religion. Au contraire ie prevois bien des prejudices, qu'un procede si nouveau fera nâitre par tout. De bonne foy etes vous bien persuadé de la sincerité de ces nouveaux Convertis? je souhaitté qu'ils obeïssent sincerement à Dieu, et à leur Roy; Mais ie crains leur opiniatreté, et ie ne voudrois pas avoir sur mon compte touts les Sacrileges, que commettront ces Catholiques forcez par des Missionaires qui traittent trop Cavalierement nos Saints Mysteres. Les gens de guerre sont des êtranges Apotres, ie les crois plus propres â tüer, violer et voler, qu'à persuader, aussi des Relations des quelles on ne peut douter, nous apprennent qu'ils s'acquittent de leur Mission fort à leur mode. J'ay pitié de ces gens, qu'on abandonne à leur discretion, ie plains tant de familles ruinées, tant d'honêtes gens reduits à l'aumône, et je ne puis regarder ce qui se passe aujourd'huy en france, sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d'être nés dans l'erreur. Mais il me semble, qu'ils en sont plus dignes de pitié, que de haine, et comme ie ne voudrois pas pour l'Empire du monde avoir part ä leur erreur, ie ne voudrois pas aussy être cause de leurs malheurs. Je considere aujourd'huy la france comme une malade, à qui on couppe bras et jambes pour la guerir d'un mal qu'un peu de patience et de douceur auroient entierement guery. Mais ie crains fort que ce mal ne s'aigrîsse, et qu'il ne se rende en fin incurable, que ce feu caché sous les cendres ne se rallume un Jour plus fort que jamais, et que l'heresie masquée ne divienne plus dangereuse. Rien n'est plus louable que le dessein de convertir les Heretiques, et les Jnfidelles, mais la maniere dont on s'y prend est fort nouvelle, et puisque nôtre Seigneur ne s'est pas servÿ de cette methode pour convertir le monde, elle ne doit pas estre la meilleure. J'admire et ne comprens pas ce Zele, et cette politique, qui me passent, et ie suis de plus ravie de ne les comprendre pas. Croyez vous que ce soit à present le temps de convertir les Hug[u]enotts, de les rendre bon Catholiques dans un Siecle, ou l'on fait des attentats si visibles en France contre le respect, et la soumission, qui sont deus à l'Eglise Romaine, qui est l'unique et l'inebranlable fondement de nôtre Religion puisque c'est à Elle à qui nôtre Seigneur a fait cette magnifique promesse, que les portes de l'Enfer ne prevaudront pas contre elle? Cependant jamais la scandaleuse liberté de l'Eglise Gallicane, n'a êté poussée plus prés de la Rebellion, qu'elle est à present; Les dernieres propositions signées et publiées par le Clerge de France sont telles, qu'elles n'ont donné qu'un trop apparent Triomphe à l'heresie, et ie pense que sa surprise doit avoir êté sans êgale, se voyant peu de temps aprés persecutée par ceux qui ont sur ce point fondamental de nostre Religion des dogmes et des sentiments si conformes aux siens, voila les puissantes raisons, qui m'empechent de me rejouir de cette pretendüe extirpation de l'heresie. L'interest de l'Eglise Romaine m'est sans doute aussÿ chere, que ma vie, Mais c'est ce même interest, qui me fait voir avec douleur ce qui se passe, et ie vous avoüe aussy que j'aime assez la France pour plaindre la desolation d'un si beau Royaume. Je souhaitte de tout mon Coeur de me tromper dans mes conjonctures, et que tout se termine à la plus grande gloire de Dieu, et du Roy Vostre Mâitre. Je m'asseure même que vous ne douterez pas de la sincerité de mes voeux. à Rome le 2 Fevrier 1686.

With modernised spelling:

Puisque vous désirez de savoir mes sentiments sur la prétendue extirpation de l'hérésie en France, je suis ravie de vous le dire sur un si grand sujet. Comme je fais profession de ne craindre et de ne flatter personne, je vous avouerai franchement que je ne suis pas fort persuadée du succès de ce grand dessein et que je ne saurais m'en réjouir, comme d'une chose fort avantageuse à notre sainte religion. Au contraire, je prévois bien des préjudices qu'un procédé si nouveau fera naître partout.

De bonne foi, êtes-vous bien persuadé de la sincérité de ces nouveaux convertis? Je souhaite qu'ils obéissent sincèrement à Dieu et à leur roi, mais je crains leur opiniâtreté, et je ne voudrais pas avoir sur mon compte tous les sacrilèges que commettront ces catholiques forcés par des missionaires, qui traitent trop cavalièrement nos saints mystères.

Les gens de guerre sont des étranges apôtres. Je les crois plus propres à tuer, violer et voler qu'à persuader. Aussi des relations (desquelles on ne peut douter) nous apprennent qu'ils s'acquittent de leur mission fort à leur mode. J'ai pitié de ces gens qu'on abandonne à leur discretion. Je plains tant de familles ruinées, tant d'honnêtes gens réduits à l'aumône, et je ne puis regarder ce qui se passe aujourd'hui en France sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d'être nés dans l'erreur, mais il me semble qu'ils en sont plus dignes de pitié que de haine; et, comme je ne voudrais pas pour l'empire du monde avoir part à leur erreur, je ne voudrais pas aussi être cause de leurs malheurs.

Je considère aujourd'hui la France comme une malade, à qui on coupe bras et jambes pour la guérir d'un mal qu'un peu de patience et de douceur auraient entièrement guéri; mais je crains fort que ce mal ne s'aigrisse et qu'il ne se rende enfin incurable, que ce feu caché sous les cendres ne se rallume un jour plus fort que jamais, et que l'hérésie masquée ne devienne plus dangereuse. Rien n'est plus louable que le dessein de convertir les hérétiques et les infidèles, mais la manière dont on s'y prend est fort nouvelle; et puisque Notre Seigneur ne s'est pas servi de cette methode pour convertir le monde, elle ne doit pas être la meilleure.

J'admire et ne comprends pas ce zèle et cette politique qui me passent, et je suis de plus ravie de ne les comprendre pas. Croyez-vous que ce soit à présent le temps de convertir les huguenots, de les rendre bon catholiques dans un siècle où l'on fait des attentats si visibles en France contre le respect et la soumission qui sont dus à l'Église romaine, qui est l'unique et l'inébranlable fondement de notre religion, puisque c'est à elle à qui Notre Seigneur a fait cette magnifique promesse que les portes de l'Enfer ne prevaudront pas contre elle?

Cependant jamais la scandaleuse liberté de l'Église gallicane n'a été poussée plus prés de la rébellion qu'elle est à présent? Les dernières propositions signées et publiées par le clergé de France sont telles qu'elles n'ont donné qu'un trop apparent triomphe à l'hérésie, et je pense que sa surprise doit avoir été sans égale, se voyant peu de temps après persécutée par ceux qui ont sur ce point fondamental de notre religion des dogmes et des sentiments si conformes aux siens. Voilà les puissantes raisons qui m'empêchent de me réjouir de cette prétendue extirpation de l'hérésie.

L'intérêt de l'Église romaine m'est sans doute aussi cher que ma vie, mais c'est ce même intérêt qui me fait voir avec douleur ce qui se passe, et je vous avoue aussi que j'aime assez la France pour plaindre la désolation d'un si beau Royaume. Je souhaite de tout mon cœur de me tromper dans mes conjonctures et que tout se termine à la plus grande gloire de Dieu et du roi, votre maître. Je m'assure même que vous ne douterez pas de la sincérité de mes vœux. A Rome, le 2 février 1686.

Arckenholtz's transcript of the letter (volume 2):

Puisque Vous desirez de savoir mes sentimens sur la prétenduë extirpation de l'hérésie en France, je suis ravie de vous le dire, & comme je fais profession de ne craindre & de ne flatter personne, je vous avouerai franchement que je ne suis pas fort persuadée du succès de ce grand dessein & que je ne saurois m'en rejouir comme d'une chose fort avantageuse à notre Ste Religion: au contraire je prévois bien le préjudice qu'un procedé si nouveau fera naitre par tout. De bonne foi, êtes-vous bien persuadé de la sincérité de ces nouveaux convertis. Je souhaite qu'ils obéissent sincérement à Dieu & à leur Roi. Mais je crains leur opiniâtreté & je ne voudrois pas avoir sur mon compte tous les sacriléges que commettront tous ces Catholiques, forcés par des Missionaires qui traitent trop cavaliérement nos saints mistères. Les Gens de guerre sont d'étranges Apôtres, & je les crois plus propres à tuer, à voler & à violer, qu'à persuader: aussi des relations (desquelles on ne peut douter) nous apprennent qu'ils s'acquittent de leur mission fort à leur mode. J'ai pitié des gens qu'on abandonne à leur discrétion, je plains tant de familles ruinées, tant d'honnêtes gens réduits à l'aumone & je ne puis regarder ce qui se passe aujourd'hui en France sans en avoir compassions. Je plains ces malheureux d'être nés dans l'erreur, mais il me semble qu'ils sont plus dignes de pitié que de haine, & comme je ne voudrois pas pour l'empire du monde, avoir part à leur erreur, je ne voudrois pas aussi être cause de leur malheur. Je considére la France comme un malade à qui l'on coupe bras & jambes pour le guérir d'un mal qu'un peu de patience & la douceur auroit entiérement guéri; mais je crains fort, que ce mal ne s'aigrisse, & qu'il ne se rende enfin incurable: que ce feu caché sous la cendre ne se rallume un jour plus fort que jamais & que l'hérésie masquée ne devienne plus dangereuse. Rien n'est plus louable, que le dessein de convertir les hérétiques & les infidèles, mais la manière dont on s'y prend est fort nouvelle; & puisque notre Seigneur ne s'est pas servi de cette méthode, pour convertir le monde, elle ne doit pas être la meilleure. J'admire & je ne comprends pas ce zèle & cette Politique qui me passent. Je suis de plus ravie de ne les pas comprendre. Croïez-vous que ce soit à présent le tems de convertir les Huguenots & de les rendre bons Catholiques, dans un siécle, où l'on fait des attentats si visibles en France contre le respect & la soumission qui sont dûs a l'Eglise Romaine? qui est l'unique & l'inébranlable fondement de notre Religion, puisque c'est à elle que notre Seigneur a fait cette magnifique promesse, que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contr'elle. Cependant la scandaleuse liberté de l'Eglise Gallicane n'a été pousseé plus près de la rebellion qu'elle l'est à présent. Les dernières propositions signées & publiées par le Clergé de France sont telles, qu'elles n'ont donné qu'un triomphe trop apparent à l'hérésie, & je pense que sa surprise doit avoir été sans égale se voïant peu de tems après persécutée par ceux, qui ont sur ce point fondamental de notre Religion des dogmes & des sentimens si conformes aux siens. Voilà les plus puissantes raisons qui m'empêchent de me réjouir de cette prétenduë extirpation de l'hérésie. L'intérêt commun de l'Eglise m'est sans doute aussi cher que ma vie, mais c'est ce même intérêt qui me fait voir avec douleur ce qui se passe, & je vous avouë aussi, que j'aime assez la France pour plaindre la désolation d'un si beau Roïaume. Je souhaite de tout mon cœur de me tromper dans mes conjectures, & que tout se termine à la plus grande gloire de Dieu & du Roi votre Maitre. Je m'assure même que vous ne doutez pas de la sincérité de mes vœux. à Rome le 2. Février 1686.
CHRISTINE

Arckenholtz's second transcript of the letter (volume 4; after the draft/concept at Montpellier):

Le 2. Février 1686.
Puisque vous voulez savoir mes sentimens sur la prétendue extirpation de l'Hérésie en France, je suis ravie de vous le dire sur un sujet de cette importance. Comme je fais profession de ne craindre & de ne flatter personne, je vous avouerai franchement que je ne suis pas fort persuadée du succès de ce grand dessein, & que je ne saurois m'en réjouir, comme d'une chose fort avantageuse à notre Sainte Religion; au contraire, je prévois bien des préjudices qu'un procédé si nouveau fera naître par-tout. En bonne-foi êtes vous bien persuadé de la sincérité de ces Convertis? Je souhaitte qu'ils obéissent sincérement à Dieu, & à leur Roi; mais je crains leur opiniâtreté, & je ne voudrois pas avoir sur mon compte tous les sacriléges que commettront ces Catholiques forcés par des Missionaires qui traittent trop cavaliérement nos Saints Mystéres. Les Gens de guerre sont d'étranges Apôtres. Je les crois plus propres à tuer, violer & voler, qu'à persuader; aussi des relations dont on ne peut pas douter, nous apprenent-elles qu'ils s'acquittent de leur mission fort à leur mode. J'ai pitié des gens qu'on abandonne à leur discrétion. Je plains tant de familles ruinées, tant d'honnêtes gens réduits à la mendicité, & je ne puis regarder ce qui se passe aujourd'hui en France, sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d'être nés dans l'erreur, mais il me semble qu'ils en sont plus dignes de pitié que de haine; & comme je ne voudrois pas pour l'Empire du Monde avoir part à leurs erreurs, je ne voudrois pas être cause de leurs malheurs. Je considére aujourd'hui la France comme une malade à qui l'on coupe bras & jambes, pour la guérir d'un mal qu'un peu de patience & de douceur auroit entiérement guéri; mais je crains fort que ce mal ne s'aigrisse, & qu'il ne devienne enfin incurable; que ce feu caché sous la cendre ne se rallume un jour plus fort que jamais, & que l'Hérésie masquée ne devienne plus dangereuse. Rien n'est plus louable que le dessein de convertir les Hérétiques & les Infidéles, mais la maniére dont on s'y prend est fort nouvelle, & puisque notre Seigneur ne s'est pas servi de cette méthode pour convertir le Monde, elle ne doit pas être la meilleure. J'admire, & ne comprends pas ce zéle & cette politique qui me passent, & je suis de plus ravie de ne les pas comprendre. Croyez-vous que ce soit à-présent le tems de convertir les Huguenots, de les rendre bons Catholiques dans un siécle où l'on fait des attentats si visibles en France contre le respect & la soumission qui sont dûs a l'Eglise Romaine, qui est l'unique & l'inébranlable fondement de notre Religion, puisque c'est à elle à qui notre Seigneur a fait cette magnifique promesse, que les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle? Cependant jamais la scandaleuse liberté de l'Eglise Gallicane n'a été pousseé plus près de la rebellion, qu'à-présent. Les derniéres Propositions, signées & publiées par le Clergé de France, sont telles, qu'elles n'ont donné qu'un triomphe trop apparent à l'Hérésie; & je pense que sa surprise doit avoir été sans égale, se voyant peu de tems après persécutée par ceux qui ont sur ce point fondamental de notre Religion des Dogmes & des sentimens si conformes aux siens. Voilà les puissantes raisons qui m'empêchent de me réjouir de cette prétendue extirpation de l'Hérésie. L'intérêt de l'Eglise Romaine m'est sans-doute aussi cher que ma vie; mais c'est ce même intérêt qui me fait voir avec douleur ce qui se passe, & je vous avoue aussi que j'aime assez la France pour plaindre la désolation d'un si beau Royaume. Je souhaitte de tout mon cœur de me tromper dans mes conjectures, & que tout se termine à la plus grande gloire de Dieu, & du Roi votre Maître; je m'assure même que vous ne douterez pas de la sincérité de mes vœux.

English translation (my own):

Since you wish to know my feelings on the alleged extirpation of heresy in France, I am pleased to tell you about such a great subject. As I profess not to fear nor to flatter anyone, I will frankly confess to you that I am not very persuaded of the success of this grand design, and that I cannot rejoice in it, as of a very advantageous thing to our holy religion. On the contrary, I anticipate many prejudices, that such a new process will give birth to everything. In earnest, are you well convinced of the sincerity of these new converts? I wish that they sincerely obey God and their King; but I fear their obstinacy, and I do not wish to have on my account all the sacrileges which will be committed by these Catholics by the missionaries who treat our holy mysteries in too cavalier a manner. Warriors are strange apostles; I believe them to be better able to kill, rape and steal than to persuade; also, relations, of which we can not doubt, teach us, that they acquit themselves of their mission very much in their fashion.

I pity people who are abandoned at their discretion, I pity so many ruined families, so many honest people reduced to alms, and I cannot look at what is happening in France today, without having compassion. I pity these unfortunates to be born in error; but it seems to me that they are more worthy of pity than of hatred; and as I do not wish for the empire of the world to share in their error, I would not wish to also be the cause of their misfortunes. Today I consider France as a sick man whose arms and legs are cut off so as to cure him of a disease which a little patience and gentleness would have healed completely. But I fear very much that the disease will become bitter, and that it will not end in the end, that this fire, hidden under the ashes, will be rekindled one day stronger than ever, and that masked heresy will only become more dangerous. Nothing is more praiseworthy than the design of converting heretics and infidels. But the way one does it is very new, and since our Lord has not used this method to convert the world, it must not be the best.

I admire and do not understand this zeal and this policy which pass me by, and I am delighted not to understand them. Do you believe that it is now time to convert the Hugenots, to make them good Catholics in a century, or that one make attacks so visible in France against respect and submission, which are due to the Roman Church, which is the unique and inexhaustible foundation of our religion, then it is to it whom our Lord has made this wonderful promise, that the gates of Hell will not prevail against it? Never, however, has the scandalous liberty of the Gallican Church been pushed further by the rebellion than it is now.

The last propositions signed and published by the Clergy of France are such that they have given only too apparent a triumph to the heresy, and I think that one's surprise must have been unequaled, seeing oneself shortly afterwards persecuted by those who, on this fundamental point of our religion, have dogmas and sentiments so much in conformity with one's own, saw the powerful reasons which prevent me from enjoying myself by this pretended extirpation of heresy. The interest of the Roman Church is, no doubt, as dear to me as my life; but it is this same interest which makes me see with pain what is happening, and I confess to you that I love France enough to pity the desolation of such a beautiful kingdom. I wish with all my heart to deceive myself in my conjectures, and that everything ends with the greatest glory of God, and of the King your master. I assure myself that you will not doubt the sincerity of my wishes, and that I am.
From Rome, February 2, 1686.

Swedish translation of Arckenholtz's second transcript (by Stolpe):

Eftersom Ni vill veta min mening om det påstådda utrotandet av kätteriet i Frankrike, är jag förtjust att få säga Er vad jag anser om en så viktig sak. Jag har för vana att varken frukta eller smickra någon; jag erkänner därför uppriktigt, att jag inte alls är säker på framgången för denna stora plan och att jag aldrig skulle kunna känna glädje över den som över någonting som i hög grad skulle gagna vår religion. Tvärtom förutser jag en mängd negativa omdömen som ett så nytt tillvägagångssätt skall framkalla överallt. Är Ni, uppriktigt sagt, själv övertygad om att dessa konvertiter äro uppriktiga? Jag önskar, att de uppriktigt lyda Gud och sin konung, men jag är rädd för deras tjurskallighet, och jag skulle inte vilja ha ansvaret för alla de helgerån som katolikerna begå, pådrivna av missionärer som behandla våra heliga mysterier alltför självsvåldigt. Krigsfolk äro besynnerliga apostlar! Jag tror, att de passa bättre för att döda, våldtaga och stjäla än för att övertyga någon. Berättelser som man inte kan tvivla på visa också, att de fullgöra sina uppdrag på sitt eget sätt. Jag tycker synd om de människor som utlämnas åt deras nåd. Jag beklagar starkt alla dessa ruinerade familjer, alla dessa hederliga människor, som tvingas till tiggarstaven, och jag kan inte se på det som nu sker i Frankrike utan att känna medlidande. Jag beklagar dessa olyckliga människor som fötts i förvillelser, men det förefaller mig som om de vore mer värda medlidande än hat. Jag skulle inte för herraväldet över hela världen vilja ha del i deras förvillelser; men jag skulle inte heller vilja vara orsak till deras olyckor. Jag betraktar idag Frankrike som en sjuk människa, som man kapar av armar och ben på för att bota henne för en sjuka som man skulle ha kunnat klara med en smula tålamod och mildhet. Men jag är mycket rädd för att denna sjuka skall förvärras och att den till sist skall bli obotlig, att denna eld under askan en dag skall slå upp starkare än någonsin och att det maskerade kätteriet skall bli än farligare. Ingenting är mer lovvärt än tanken att omvända kättarna och de otrogna, men det sätt man tillgriper är särdeles nytt. Och eftersom vår Herre inte begagnade sig av detta sätt för att omvända världen, kan det knappast vara det bästa. Jag förvånas över och begriper inte denna iver och denna politik, som går utanför mitt förstånd; jag är särdeles glad att jag inte begriper den. Tror ni att det nu skulle vara tiden att omvända hugenotterna, att göra dem till goda katoliker i ett århundrade, då man i Frankrike gör så uppenbara attentat mot den respekt och den underkastelse som man är skyldig Romerska kyrkan, som är vår religions enda och orubbliga fundament, eftersom det var till den som vår Herre gav detta ståtliga löfte, att helvetets portar ingenting skulle förmå mot henne? Aldrig har den gallikanska kyrkans skandalösa frihet kommit närmare revolten än just nu. De sista teser som prästerskapet i Frankrike undertecknat och publicerat äro sådana, att de bara skänkt kätteriet en alltför tydlig triumf; jag misstänker också, att kättarnas häpnad bör ha varit ojämförlig, när de kort tid därefter fingo se sig förföljda av människor som på detta fundamentala område av vår religion bekänna sig till åsikter så lika deras egna! Se där de starka skäl, som hindra mig från att känna glädje över detta påstådda utrotande av kätteriet! Den Romerska kyrkans intresse är mig i sanning lika kärt som mitt eget liv. Men det är just detta intresse som kommer mig att med smärta se vad som sker, och jag vill också säga Er, att jag älskar Frankrike tillräckligt för att beklaga detta sköna rikes förtvivlade läge. Jag önskar av allt mitt hjärta, att jag misstar mig i mina antaganden och att allt slutar med den största tänkbara ära för Gud och för Konungen, Er herre. Jag är också viss om, att Ni inte betvivlar uppriktigheten i denna min önskan.

Swedish translation of Arckenholtz's second transcript (my own):

Den 2 februari 1686.
Eftersom Ni vill veta mina känslor angående den påstådda utrotningen av kätteri i Frankrike, är jag glad att kunna berätta för Er om ett ämne av denna betydelse. Då jag gör ett yrke av att frukta och smickra ingen, kommer jag uppriktigt att bekänna för Er att jag inte är särskilt övertygad om framgången för denna stora dessäng, och att jag inte kan glädja mig över den som något mycket fördelaktigt för vår heliga religion; tvärtom, jag förutser många skador som en sådan ny process kommer att orsaka överallt. Är Ni i god tro övertygad om dessa konvertiters uppriktighet? Jag önskar att de uppriktigt lyder Gud och sin konung; men jag fruktar deras envishet, och jag skulle inte vilja ha för min skull alla helgerån som dessa katoliker kommer att begå, tvingade av missionärer som behandlar våra heliga mysterier alltför kavaljerligt.

Krigsmän är konstiga apostlar. Jag tror att de är mer lämpade för att döda, våldta och stjäla än att övertala; även relationer som vi inte kan betvivla lär oss att de på sitt eget sätt frikänner sig själva från sitt uppdrag. Jag tycker synd om människor som är övergivna till sitt eget gottfinnande. Jag tycker synd om så många förstörda familjer, så många ärliga människor reducerade till tiggeri, och jag kan inte titta på vad som händer i Frankrike idag utan att känna medkänsla. Jag tycker synd om dessa olyckliga för att de fötts i misstag, men det förefaller mig som om de är mer värda medlidande än hat; och eftersom jag inte ens skulle vilja ta del av deras misstag för världens välde, skulle jag inte vilja vara orsaken till deras olyckor.

Idag betraktar jag Frankrike som en sjuk person vars armar och ben är avskurna för att bota det från en sjukdom som lite tålamod och vänlighet helt skulle ha botat; men jag fruktar mycket att denna sjukdom kommer att förvärras och att den slutligen blir obotlig; må denna eld gömd under askan en dag återupptändas starkare än någonsin, och må det maskerade kätteri inte bli farligare. Ingenting är mer lovvärt än planen att omvända kättare och otrogna, men sättet på vilket detta görs är mycket nytt, och eftersom vår Herre inte använde denna metod för att omvända världen, så får den inte vara den bästa.

Jag beundrar, och förstår inte, denna iver och denna politik som går mig förbi, och jag är dessutom glad över att inte förstå dem. Tror Ni att det nu är dags att omvända hugenotterna, att göra dem till goda katoliker under ett århundrade när sådana synliga attacker görs i Frankrike mot den respekt och underkastelse som tillkommer den romerska Kyrkan, som är den enda och orubbliga grunden för vår religionen, eftersom det är till den som vår Herre har givit detta storartade löfte, att helvetets portar inte skall segra över den?

Ändå har den gallikanska Kyrkans skandalösa frihet aldrig förts närmare uppror än för närvarande. De sista propositionerna, undertecknade och publicerade av Frankrikes prästerskap, är sådana att de har givit kätteriet en alltför uppenbar triumf; och jag tror att dess överraskning måste ha varit oöverträffad, ty han kort därefter såg sig själv förföljd av dem som på denna grundläggande punkt i vår religion har dogmer och känslor så pass överensstämmande med dess egna. Det här är de kraftfulla skälen som hindrar mig från att glädjas åt denna påstådda utplåning av kätteri.

Den romerska Kyrkans intressen är utan tvivel lika kära för mig som mitt liv; men det är samma intresse som får mig att se med smärta på vad som händer, och jag erkänner också för Er att jag älskar Frankrike tillräckligt för att ömka över ödeläggelsen av ett så vackert rike. Jag önskar av hela mitt hjärta att ha fel i mina konjekturer, och att allt må sluta till Guds och konungens, Er herres, ära; jag försäkrar till och med mig att Ni inte kommer att tvivla på att mina önskemål är uppriktiga.

English translation of Arckenholtz's second transcript (my own):

February 2, 1686.
As you want to know my feelings on the alleged extirpation of heresy in France, I am delighted to tell you them on a subject of this importance. As I make a profession of fearing and flattering no one, I will confess to you frankly that I am not very persuaded of the success of this great design, and that I cannot rejoice in it as something very advantageous to our holy religion; on the contrary, I foresee many harms that such a new process will cause everywhere. In good faith, are you persuaded of the sincerity of these converts? I wish that they sincerely obey God and their King; but I fear their obstinacy, and I would not like to have on my account all the sacrileges that these Catholics will commit, forced by missionaries who treat our Holy Mysteries too cavalierly.

Men of war are strange apostles. I believe them to be more suitable for killing, raping and stealing than for persuading; also relations which we cannot doubt teach us that they acquit themselves of their mission very much in their own way. I pity people who are abandoned to their discretion. I pity so many ruined families, so many honest people reduced to begging, and I cannot look at what is happening in France today without feeling compassion. I pity these unfortunates for being born in error, but it seems to me that they are more worthy of pity than of hatred; and as I would not want to share in their errors even for the empire of the world, I would not want to be the cause of their misfortunes.

Today I consider France as a sick person whose arms and legs are cut off to cure it of an illness that a little patience and kindness would have completely cured; but I fear very much that this disease will worsen and that it will finally become incurable; may this fire hidden under the ashes one day be rekindled stronger than ever, and may the masked heresy not become more dangerous. Nothing is more laudable than the design of converting heretics and infidels, but the manner in which this is done is very new, and since our Lord did not use this method to convert the world, it must not be the best.

I admire, and do not understand, this zeal and this policy which pass me by, and I am, moreover, delighted not to understand them. Do you believe that now is the time to convert the Huguenots, to make them good Catholics in a century when such visible attacks are being made in France against the respect and submission due to the Roman Church, which is the sole and unshakable foundation of our religion, since it is to it to whom our Lord has made this magnificent promise, that the gates of Hell shall not prevail against it?

Yet never has the scandalous freedom of the Gallican Church been pushed closer to rebellion than at present. The last propositions, signed and published by the clergy of France, are such that they have given only too apparent a triumph to heresy; and I think that its surprise must have been unequaled, seeing itself shortly afterwards persecuted by those who have on this fundamental point of our religion dogmas and sentiments so conformable to its own. These are the powerful reasons which prevent me from rejoicing in this alleged extirpation of heresy.

The interests of the Roman Church are no doubt as dear to me as my life; but it is this same interest that makes me look with pain upon what is happening, and I also confess to you that I love France enough to pity the desolation of such a beautiful kingdom. I wish with all my heart to be wrong in my conjectures, and that everything may end to the greater glory of God, and for that of the King your master; I even assure myself that you will not doubt the sincerity of my wishes.


Above: Kristina.