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Thursday, February 2, 2023

Excerpt from Raphaël Trichet du Fresne's letter to Jacques Dupuy, dated September 11/21 (New Style), 1652

Source:

Revue des langues romanes: quatrième série, tome cinquième, page 518, published by the Society for the Study of the Romance Languages, 1891


The letter excerpt:

Monsieur, je rendis en passant à Leide la lettre qu'il vous avait pleu d'escrire à M. de Saumaise. Les civilités dont il usa envers moi furent au-delà de tout ce que je pouvais espérer et j'avoue que j'ai trop tardé à vous remercier d'une si favorable recommandation. Il y a environ quinze jours que j'eus l'honneur de saluer ici la reine, qui me reçut avec des bontés extraordinaires. C'est une princesse que jamais vous n'avez ouï assez louer, et la renommée qui a cent bouches n'a encore parlé qu'à demi de l'excellence de son esprit. Jamais couronne n'a couvert une si docte teste. Elle a le goût excellent pour toutes les belles choses, et a de la science jusques aux yeux et aux oreilles. Quelque autre vous parlera de sa philosophie, de son grec et de son latin, et de sept autres langues qu'elle parle parfaitement. Elle aime les livres avec passion, et en a jusques dans la ruelle de son lit. Mais M. Naudé vous jurera que la Cassandre et le Cyrus qu'il y a trouvé ne sont ni celle de la Galerie du Palais ni celui de M. d'Escudéry, quoique la parfaite cognoissance qu'elle a de notre langue lui découvre assez tout ce qu'il y a de beau dans de semblables ouvrages. Avec tout cela elle est reine, et, fille qu'elle est, sans abandonner le timon à un autre, on voit qu'elle gouverne avec une conduite admirable et une autorité absolue la plus fière et belliqueuse nation de l'Europe. Le cabinet dont elle m'a donné la direction sera pour la richesse, pour les médailles antiques et pour la rareté des beaux ouvrages de peinture et de sculpture, le plus considérable qui soit au monde et, si j'en ai le loisir, je prétends d'en donner au public une fidelle description. Nous attendons ici M. Bourdon, le peintre. Il faut espérer qu'il nous donnera un portrait de S. M. plus ressemblant que celui que nous avons veu jusqu'à présent. Vous en aurez un et original, car elle me l'a promis et m'a commandé de vous le dire. Une autre fois, je vous entretiendrai des livres qui se trouvent ici. Cependant je vous prie, etc.
DU FRESNE.
A Stockholm, ce 21 septembre 1652.

With more modernised spelling:

Monsieur,
Je rendis en passant à Leide la lettre qu'il vous avait plu d'écrire à M. de Saumaise. Les civilités dont il usa envers moi furent au-delà de tout ce que je pouvais espérer et j'avoue que j'ai trop tardé à vous remercier d'une si favorable recommandation. Il y a environ quinze jours que j'eus l'honneur de saluer ici la reine, qui me reçut avec des bontés extraordinaires.

C'est une princesse que jamais vous n'avez ouï assez louer, et la renommée qui a cent bouches n'a encore parlé qu'à demi de l'excellence de son esprit. Jamais couronne n'a couvert une si docte tête. Elle a le goût excellent pour toutes les belles choses, et a de la science jusqu'aux yeux et aux oreilles. Quelque autre vous parlera de sa philosophie, de son grec et de son latin, et de sept autres langues qu'elle parle parfaitement. Elle aime les livres avec passion, et en a jusques dans la ruelle de son lit. Mais M. Naudé vous jurera que la Cassandre et le Cyrus qu'il y a trouvé ne sont ni celle de la Galerie du Palais ni celui de M. de Scudéry, quoique la parfaite connaissance qu'elle a de notre langue lui découvre assez tout ce qu'il y a de beau dans de semblables ouvrages.

Avec tout cela elle est reine, et, fille qu'elle est, sans abandonner le timon à un autre, on voit qu'elle gouverne avec une conduite admirable et une autorité absolue la plus fière et belliqueuse nation de l'Europe. Le cabinet dont elle m'a donné la direction sera pour la richesse, pour les médailles antiques et pour la rareté des beaux ouvrages de peinture et de sculpture, le plus considérable qui soit au monde; et, si j'en ai le loisir, je prétends d'en donner au public une fidèle description.

Nous attendons ici M. Bourdon, le peintre. Il faut espérer qu'il nous donnera un portrait de Sa Majesté plus ressemblant que celui que nous avons vu jusqu'à présent. Vous en aurez un et original, car elle me l'a promis et m'a commandé de vous le dire. Une autre fois, je vous entretiendrai des livres qui se trouvent ici. Cependant je vous prie, etc.
Du Fresne.
A Stockholm, ce 21 septembre 1652.

Swedish translation (my own):

Monsieur,
Jag återvände till Leiden i förbigående brevet som Ni gärna hade skrivit till monsieur de Saumaise. De artigheter han visade mig var bortom allt jag kunde ha hoppats på, och jag erkänner att jag var för sen med att tacka Er för en sådan positiv rekommendation. För ungefär två veckor sedan hade jag äran att hälsa drottningen här, som tog emot mig med utomordentlig vänlighet.

Hon är en prinsessa som Ni aldrig har hört tillräckligt berömmas, och berömmelsen, som har hundra munnar, har ännu inte talat om än hälften av hennes sinnes förträfflighet. Aldrig har en krona täckt ett så lärt huvud. Hon har utmärkt smak för alla fina saker och har vetenskap till öga och öra. Någon annan kommer att berätta om hennes filosofi, hennes grekiska och hennes latin, och sju andra språk som hon talar perfekt. Hon älskar böcker med passion, och hon har dem även i utrymmet mellan hennes säng och väggen. Men Monsieur Naudé kommer att svära er att Cassandra och Cyrus som han fann där varken är från Galerie du Palais eller monsieur de Scudéry, även om den perfekta kunskap hon har om vårt språk avslöjar för henne tillräckligt vad som är vackert i sådana verk.

Med allt detta är hon drottning, och fastän hon är en flicka, utan att överge rodret till en annan, ser man att hon med beundransvärt uppförande och absolut auktoritet styr den stoltaste och mest kriglystna nationen i Europa. Det skåp som hon gav mig riktningen kommer att vara för rikedomarna, för de antika medaljerna och för sällsyntheten av de vackra målnings- och skulpturverken, det mest betydande i världen; och, om jag har tid, tänker jag ge allmänheten en trogen beskrivning av det.

Vi väntar här på monsieur Bourdon, målaren. Det är att hoppas att han skall ge oss ett porträtt av Hennes Majestät som är mer likt det vi har sett hittills. Ni kommer att få ett och ett originalt, eftersom hon har lovat mig det och befallt mig att berätta det för Er. En annan gång skall jag berätta om böckerna som finns här. Emellertid ber jag Er, osv.
Du Fresne.
Stockholm, den 21 september 1652.

English translation (my own):

Monsieur,
I returned to Leiden in passing the letter which you had been pleased to write to Monsieur de Saumaise. The courtesies he showed me were beyond anything I could have hoped for, and I confess that I was too late in thanking you for such a favourable recommendation. About a fortnight ago I had the honour of greeting the Queen here, who received me with extraordinary kindness.

She is a princess whom you have never heard sufficiently praised, and fame, which has a hundred mouths, has not yet spoken but half of the excellence of her mind. Never did a crown cover such a learned head. She has excellent taste for all fine things, and has science up to the eye and ear. Someone else will tell you about her philosophy, her Greek and her Latin, and seven other languages which ​​she speaks perfectly. She loves books with passion, and she has them even in the space between her bed and the wall. But Monsieur Naudé will swear to you that the Cassandra and the Cyrus that he found there are neither that of the Galerie du Palais nor that of Monsieur de Scudéry, although the perfect knowledge that she has of our language reveals to her enough what is beautiful in such works.

With all this she is queen, and, though she is a girl, without abandoning the helm to another, one sees that she governs with admirable conduct and absolute authority the proudest and most warlike nation in Europe. The cabinet of which she gave me the direction will be for the riches, for the antique medals, and for the rarity of the beautiful works of painting and sculpture, the most considerable in the world; and, if I have time, I intend to give the public a faithful description of it.

We are waiting here for Monsieur Bourdon, the painter. It is to be hoped that he will give us a portrait of Her Majesty more like than the one we have seen so far. You will have one and an original one, because she has promised it to me and commanded me to tell you so. Another time, I will tell you about the books that are here. In the meantime, I beg you, etc.
Du Fresne.
Stockholm, September 21, 1652.


Above: Kristina, painted by Sébastien Bourdon.

Wednesday, November 9, 2022

Pierre Bourdelot's letter to Jacques Dupuy, dated August 17/27 (New Style), year likely 1652

Source:

Les amis d'Holstenius IV: Les petits correspondants; lettres et documents divers (appendix), III: Documents littéraires sur Christine de Suède, article written by Léon Gabriel Pélissier for Revue des langues romanes: quatrième série, tome cinquième, page 525, published by the Society for the Study of the Romance Languages, 1891


The letter:

Ce 27 août, Stockolm.
Monsieur, j'attendois toujours les nouvelles d'un accommodement en France pour vous pouvoir entretenir de choses agréables et renouveler le commerce des lettres qui depuis six mois est tout à fait interrompu; mais tous les ordinaires nous représentent la face des affaires toujours plus horrible; le chagrin en passe jusqu'ici, et il n'y a point de Français qui n'en soit dans la consternation. Les Suédois ont compassion de nos misères, et bien qu'à la Cour on n'ait pas accepté la médiation de nostre grande reyne, au premier consentement que l'on y donnera, elle est toute preste d'envoyer M. Rosenhane, nommé déjà ambassadeur pour cela. Peut-être qu'à la Cour on changera d'avis, et vous puis dire que S. M. désire autant la paix de France que celle de son royaume. Il faut qu'il y ait une horrible constellation pour la guerre: le Turc fait la paix avec les Vénitiens pour attaquer l'empereur et les Polonais, joints avec les Tartares et les Cosaques. Kuvelinsky a coupé la tête au général Polonais et à son fils de sa propre main, et a envoyé les testes au Grand Seigneur comme un gage de sa fidélité et de son irréconciliation avec les Polonais. Je ne crois pas que l'Europe ait jamais été dans une si grande confusion. Je m'imagine que ce royaume-ci ne voudra pas demeurer oisif pendant ces désordres. Je vois faire tant de préparatifs et tenir tant de conseils que je crois que l'on a du dessein. Cependant il est desjà travaillé au dedans de tant de maladies que c'est une chose inouïe. Dans le logis de M. le comte Magnus il y en a 65. Des villages entiers, des familles et dans de petites provinces, tout est malade. J'attribue cela à la sécheresse extraordinaire qui ne nous a fait aucun bien que de nous donner force melons. Mais je n'en ai autant mangé que si j'eusse esté à Rome où à Barcelone. Le conestable est à l'extrémité, et je partirai demain au matin pour aller voir la reine-mère qu'on dit qui se meurt. J'attens ici M. Bourdon. Si tost qu'il sera arrivé, je vous envoierai le portrait de la reine. S. M. vous est très-obligée des marques de l'affection et de l'estime que vous témoignez pour elle en toutes vos lettres.

With modernised spelling:

Ce 27 août, Stockholm.
Monsieur, j'attendais toujours les nouvelles d'un accommodement en France pour vous pouvoir entretenir de choses agréables et renouveler le commerce des lettres qui depuis six mois est tout à fait interrompu; mais tous les ordinaires nous représentent la face des affaires toujours plus horrible; le chagrin en passe jusqu'ici, et il n'y a point de Français qui n'en soit dans la consternation. Les Suédois ont compassion de nos misères, et bien qu'à la cour on n'ait pas accepté la médiation de notre grande reine, au premier consentement que l'on y donnera, elle est toute preste d'envoyer M. Rosenhane, nommé déjà ambassadeur pour cela. Peut-être qu'à la cour on changera d'avis, et vous puis dire que Sa Majesté désire autant la paix de France que celle de son royaume. Il faut qu'il y ait une horrible constellation pour la guerre: le Turc fait la paix avec les Vénitiens pour attaquer l'empereur et les Polonais, joints avec les Tartares et les Cosaques. Kuvelinsky a coupé la tête au général Polonais et à son fils de sa propre main, et a envoyé les têtes au Grand Seigneur comme un gage de sa fidélité et de son irréconciliation avec les Polonais. Je ne crois pas que l'Europe ait jamais été dans une si grande confusion. Je m'imagine que ce royaume-ci ne voudra pas demeurer oisif pendant ces désordres. Je vois faire tant de préparatifs et tenir tant de conseils que je crois que l'on a du dessein. Cependant il est déjà travaillé au dedans de tant de maladies que c'est une chose inouïe. Dans le logis de M. le comte Magnus il y en a 65. Des villages entiers, des familles et dans de petites provinces, tout est malade. J'attribue cela à la sécheresse extraordinaire qui ne nous a fait aucun bien que de nous donner force melons. Mais je n'en ai autant mangé que si j'eusse été à Rome où à Barcelone. Le connêtable est à l'extrémité, et je partirai demain au matin pour aller voir la reine-mère qu'on dit qui se meurt. J'attends ici M. Bourdon. Sitôt qu'il sera arrivé, je vous envoyerai le portrait de la reine. Sa Majesté vous est très obligée des marques de l'affection et de l'estime que vous témoignez pour elle en toutes vos lettres.

Swedish translation (my own):

Den 27 augusti, Stockholm.
Monsieur, jag väntade fortfarande på besked om ett arrangemang i Frankrike, så att jag kunde tala med Er om trevliga saker och förnya brevhandeln som i ett halvår har varit helt avbruten; men alla vanliga representerar för oss sakernas allt hemska ansikte; sorgen går över även här, och det finns ingen fransman som inte är i bestörtning. Svenskarna har medlidande för vårt elände, och även om vi vid hovet inte har accepterat vår stora drottnings medling, är hon vid det första medgivandet beredd att skicka herr Rosenhane, som redan är utnämnd till ambassadör för det. Kanske kommer folk vid hovet att ändra uppfattning, och man kan säga att Hennes Majestät önskar Frankrikes fred lika mycket som i hennes rike. Det måste finnas en hemsk konstellation för krig: Turken sluter fred med venetianerna för att attackera kejsaren och polackerna, tillsammans med tartarerna och kosackerna. Kuvelinsky högg av huvudena på den polske generalen och hans son med sin egen hand och skickade huvudena till den store Herren som ett tecken på hans lojalitet och oförsonlighet med polackerna. Jag tror aldrig att Europa har varit i så stor förvirring. Jag föreställer mig att detta rike inte kommer att vilja förbli sysslolös under dessa störningar. Jag ser att så många förberedelser görs och så många råd hålls att jag tror att det finns ett syfte. Men det har redan fungerat inom så många sjukdomar att det är en ovanlig sak. I greve Magnus hus finns 65. Hela byar, familjer och i små provinser är alla sjuka. Jag tillskriver detta den extraordinära torkan som inte gjorde oss något annat än att ge oss meloner. Men jag har inte ätit dem så mycket som om jag hade varit i Rom eller Barcelona. Riksmarsken är i yttersta randet, och jag åker i morgon bittida för att gå och träffa änkedrottningen, som sägs vara döende. Jag väntar här på monsieur Bourdon. Så fort han kommer kommer jag att skicka porträttet av drottningen till Er. Hennes Majestät är Er mycket skyldig för de betygelser av tillgivenhet och aktning som Ni visar henne i alla Era brev.

English translation (my own):

August 27, Stockholm.
Monsieur, I was still waiting for news of an arrangement in France so that I could talk to you about pleasant things and renew the trade in letters which for six months has been completely interrupted; but all the ordinaries represent to us the ever more horrible face of affairs; the chagrin passes even here, and there is no Frenchman who is not in consternation. The Swedes have compassion for our miseries, and although at court we have not accepted the mediation of our great Queen, at the first consent given, she is ready to send Lord Rosenhane, who is already named an ambassador for it. Perhaps people at court will change their minds, and you can say that Her Majesty desires the peace of France as much as that of her kingdom. There must be a horrible constellation for war: the Turk makes peace with the Venetians to attack the Emperor and the Poles, joined with the Tartars and the Cossacks. Kuvelinsky cut off the heads of the Polish general and his son with his own hand, and sent the heads to the Great Lord as a token of his loyalty and irreconcilability with the Poles. I don't think Europe has ever been in such great confusion. I imagine that this kingdom will not want to remain idle during these disorders. I see so many preparations being made and so many councils being held that I believe there is a purpose. However, it has already worked within so many diseases that it is an unheard of thing. In the house of Count Magnus there are 65. Entire villages, families and in small provinces, all are ill. I attribute this to the extraordinary drought which did us no good except to give us melons. But I haven't eaten them as much as if I had been in Rome or Barcelona. The constable is at an extremity, and I will leave tomorrow morning to go and see the Queen Mother, who is said to be dying. I am waiting here for Monsieur Bourdon. As soon as he arrives, I will send you the portrait of the Queen. Her Majesty is much obliged to you for the marks of affection and esteem which you show for her in all your letters.


Above: Kristina.


Above: Maria Eleonora.


Above: Pierre Bourdelot.


Above: Jacques Dupuy.

Note: Maria Eleonora (the Queen Mother) did not die until 1655.

Pierre Bourdelot's letter to Jacques Dupuy, dated April 8/18 (New Style), 1652

Source:

Les amis d'Holstenius IV: Les petits correspondants; lettres et documents divers (appendix), III: Documents littéraires sur Christine de Suède, article written by Léon Gabriel Pélissier for Revue des langues romanes: quatrième série, tome cinquième, page 523, published by the Society for the Study of the Romance Languages, 1891


The letter:

Stockholm, ce 18 avril 1652.
Monsieur, je vous suis parfaitement obligé de la part que vous prenez à la satisfaction que j'ai des témoignages d'estime que je reçois de la Reyne. Vous vous estes toujours intéressé dans les plus petites choses qui m'ont regardé, par un excès de bonté; un establissement honorable et lucratif comme celui-ci, avec une grande confiance de la plus grande reine du monde, me mettent dans un estat qui doit plaire à mes amis. Pleût à Dieu que je leur peusse estre utile, principalement à vous, et que je peusse recognoistre par quelque agréable service les faveurs dont vous m'avez honoré. Je tasche, en attendant quelque meilleure occasion, de satisfaire à mon devoir, et déduis à la Reyne les belles qualités qui vous rendent recommandable; bien qu'elle en soit instruite depuis longtemps, les exagérations que je fais sur votre sujet vous sont toujours glorieuses. Elle a veu le compliment que vous me faites sur ce que vous avez sceu la part qu'elle prenoit à votre desplaisir, et sur l'exhortation qu'elle vous faisoit de continuer vos assemblées qui sont l'honneur de la France et le véritable advancement des lettres et de l'honneste conversation? Elle est bien marrie que vous ayez esté en doute qu'elle ait eu tous les bons sentiments qu'elle a pour vous... Elle est bien aise de la curiosité que vous avez pour son portrait; elle est pour vous l'envoyer elle-mesme, mais jusque ici il n'y en a pas eu un seul de bien fait. Si tost que quelque peintre aura réussi, je tiendrai la main qu'il vous soit envoyé, et en huile comme vous le désirez. J'ai beaucoup de joie que M. Bouillaud soit avec vous. C'est une personne dans l'estime générale et qui vous est très-familière. Je suis en impatience de voir ce que M. Rigault fait sur la vie de feu M. du Puy. Une si belle vie est digne d'un si grand écrivain.

J'estois en peine de savoir si la pourpre changeroit les mœurs de M. le coadjuteur. Dans un royaume plein de partis, on peint les personnes de couleurs bien différentes. Ce que vous m'escrivez «que sa nouvelle dignité ne change aucunement ses mœurs, ni sa courtoisie qui lui est comme naturelle, et qu'il vous a visité deux fois», est une décision. On voit à présent naïfvement quel est son naturel, qui aime les lettres et les hommes de vertu et de doctrine. Ce n'est pas avec dessein puisqu'il est au-dessus de ses desseins. Je prie Dieu que cette qualité lui donne assez d'autorité pour pouvoir procurer une bonne paix et pour pouvoir rétablir les lettres qui ont besoin d'une restaurateur comme lui, illustre en dignité et en savoir. Je félicite M. Ménage de cette promotion. Je ne me sens assez de force que pour faire aller mon compliment jusqu'à ses serviteurs. Je vous prie de ne permettre pas que toute votre famille m'oublie. Etc.

With modernised spelling:

Stockholm, ce 18 avril 1652.
Monsieur, je vous suis parfaitement obligé de la part que vous prenez à la satisfaction que j'ai des témoignages d'estime que je reçois de la Reine. Vous vous êtes toujours intéressé dans les plus petites choses qui m'ont regardé, par un excès de bonté; un établissement honorable et lucratif comme celui-ci, avec une grande confiance de la plus grande reine du monde, me mettent dans un état qui doit plaire à mes amis. Plût à Dieu que je leur pusse être utile, principalement à vous, et que je pusse reconnaître par quelque agréable service les faveurs dont vous m'avez honoré. Je tâche, en attendant quelque meilleure occasion, de satisfaire à mon devoir, et déduis à la Reine les belles qualités qui vous rendent recommandable; bien qu'elle en soit instruite depuis longtemps, les exagérations que je fais sur votre sujet vous sont toujours glorieuses. Elle a vu le compliment que vous me faites sur ce que vous avez su la part qu'elle prenait à votre déplaisir, et sur l'exhortation qu'elle vous faisait de continuer vos assemblées qui sont l'honneur de la France et le véritable avancement des lettres et de l'honnête conversation? Elle est bien marrie que vous ayez été en doute qu'elle ait eu tous les bons sentiments qu'elle a pour vous... Elle est bien aise de la curiosité que vous avez pour son portrait; elle est pour vous l'envoyer elle-même, mais jusqu'ici il n'y en a pas eu un seul de bien fait. Si tôt que quelque peintre aura réussi, je tiendrai la main qu'il vous soit envoyé, et en huile comme vous le désirez. J'ai beaucoup de joie que M. Bouillaud soit avec vous. C'est une personne dans l'estime générale et qui vous est très familière. Je suis en impatience de voir ce que M. Rigault fait sur la vie de feu M. Dupuy. Une si belle vie est digne d'un si grand écrivain.

J'étais en peine de savoir si la pourpre changerait les mœurs de M. le coadjuteur. Dans un royaume plein de partis, on peint les personnes de couleurs bien différentes. Ce que vous m'écrivez «que sa nouvelle dignité ne change aucunement ses mœurs, ni sa courtoisie qui lui est comme naturelle, et qu'il vous a visité deux fois», est une décision. On voit à présent naïvement quel est son naturel, qui aime les lettres et les hommes de vertu et de doctrine. Ce n'est pas avec dessein puisqu'il est au-dessus de ses desseins. Je prie Dieu que cette qualité lui donne assez d'autorité pour pouvoir procurer une bonne paix et pour pouvoir rétablir les lettres qui ont besoin d'une restaurateur comme lui, illustre en dignité et en savoir. Je félicite M. Ménage de cette promotion. Je ne me sens assez de force que pour faire aller mon compliment jusqu'à ses serviteurs. Je vous prie de ne permettre pas que toute votre famille m'oublie. Etc.

Swedish translation (my own):

Stockholm, den 18 april 1652.
Monsieur, jag är fullkomligt tacksam mot Er för den del Ni tar i den tillfredsställelse som jag har av de aktningsbetygelser som jag får från drottningen. Ni har alltid varit intresserad av de minsta saker som berört mig, av en överdriven vänlighet; ett hedervärt och lukrativt etablissemang som detta, med stort förtroende från världens största drottning, försätter mig i ett tillstånd som måste behaga mina vänner. Ville till Gud att jag kunde vara till nytta för dem, särskilt för Er, och att jag genom någon angenäm tjänst kunde känna igen de ynnest varmed Ni har hedrat mig. Jag försöker, medan jag väntar på något bättre tillfälle, att fullgöra min plikt, och jag härleder drottningen de fina egenskaper som gör Er att rekommendera; fastän hon sedan länge är underrättad om det, är de överdrifter som jag gör i Ert ämne alltid härliga för Er. Hon har sett den komplimang Ni gav mig för vad Ni visste om den del hon tog i Ert missnöje, och för den uppmaning hon gav Er att fortsätta Era församlingar, som är Frankrikes ära och brevens och ärliga samtalets sanna framsteg? Hon är väldigt ledsen att Ni har tvivlat på att hon hade alla de goda känslor hon har för Er... Hon är mycket nöjd med den nyfikenhet Ni har för hennes porträtt; hon skulle gärna skicka den till Er själv, men hittills har det inte blivit något bra. Så snart någon målare lyckas, kommer jag att hålla ut att den skickas till Er, och i olja som Ni önskar. Jag är mycket glad att monsieur Bouillaud är med Er. Han är en person i allmän aktning och mycket bekant för Er. Jag kan inte vänta med att se vad monsieur Rigault gör om den bortgångne monsieur Dupuys liv. Ett så vackert liv är värdigt en så stor författare.

English translation (my own):

Stockholm, April 18, 1652.
Monsieur, I am perfectly obliged to you for the part you take in the satisfaction which I have of the testimonies of esteem which I receive from the Queen. You have always been interested in the smallest things that concerned me, out of an excess of kindness; an honourable and lucrative establishment like this, with great trust from the greatest queen in the world, puts me in a state which must please my friends. Would to God that I could be useful to them, especially to you, and that I could recognise by some agreeable service the favours with which you have honoured me. I try, while waiting for some better opportunity, to fulfill my duty, and I deduce to the Queen the fine qualities which make you recommendable; although she has been informed of it for a long time, the exaggerations which I make on your subject are always glorious to you. She has seen the compliment you paid me on what you knew of the part she took in your displeasure, and on the exhortation she made to you to continue your assemblies, which are the honour of France and the true advancement of letters and honest conversation? She is very sorry that you have doubted that she had all the good feelings she has for you... She is very pleased with the curiosity you have for her portrait; she would gladly send it to you herself, but so far there has not been one done well. As soon as any painter succeeds, I will hold out that it be sent to you, and in oil as you desire. I am very happy that Monsieur Bouillaud is with you. He is a person in general esteem and very familiar to you. I can't wait to see what Monsieur Rigault does on the life of the late Monsieur Dupuy. Such a beautiful life is worthy of such a great writer.


Above: Kristina.


Above: Pierre Bourdelot.


Above: Jacques Dupuy.

Pierre Bourdelot's letter to Jacques Dupuy on the death of his older brother Pierre Dupuy, dated January 20/30 (New Style), 1652

Source:

Les amis d'Holstenius IV: Les petits correspondants; lettres et documents divers (appendix), III: Documents littéraires sur Christine de Suède, article written by Léon Gabriel Pélissier for Revue des langues romanes: quatrième série, tome cinquième, page 522, published by the Society for the Study of the Romance Languages, 1891


The letter:

Monsieur,
C'est avec beaucoup de desplaisir que j'ai appris, dans votre lettre, la mort de M. Dupuy. Je vous l'ai escrit et je vous le confirme; l'un des grands regrets que j'ai eus de quitter Paris a esté de le laisser en un estat que je lui pouvois estre utile. La mort est plus forte que nos remèdes, et son décès peu de temps après mon partement pourroit faire croire que son heure estoit venue. Avec tout cela, l'expérience que j'ay des vieillards qui sont valétudinaires me tient encore dans l'opinion que j'avais que ses jours pouvoient estre prolongés, mais tous les soins d'un homme qui a cette habitude-là y sont nécessaires. Il n'est plus temps de discourir là-dessus, et plus j'y pense, plus j'ai d'amertume de cœur qu'il en soit venu fante, sans que j'aie peu estre à son secours. [...] La Reyne a apris cette perte avec beaucoup de desplaisir; elle avait une très grande estime pour le deffunt. Elle m'a commandé de vous escrire son ressentiment et la part qu'elle prend à votre douleur. Elle juge que les lettres en souffriront et seroit inconsolable, si elle ne savoit que vous prendrez tout seul les soins qui estoient partagés entre vous. Elle seroit fort aise qu'il se présentât des occasions de vous donner des marques de son estime. C'est la plus grande princesse qui soit au monde; elle a toutes les sciences que vous avez ouï dire; mais la beauté de son esprit, sa douceur et son grand courage sont au-dessus de ses sciences. Je n'ai rien veu qui lui fust comparable, et je bénis Dieu de ce que je suis venu la trouver. Elle me fait de l'honneur plus que je ne mérite. Quand on la sert, on ne songe point aux grands froids ni aux autres incommodités du pays. M. Vossius partit hier d'auprès d'elle en pleurant, comme font tous ceux qui la quittent. On est ici dans une pleine paix. C'est une grande reine bien absolue. On n'y voit point de guerres civiles comme en France, dont j'ai la plus grande pitié du monde. Je souhaite que les troubles s'y apaisent. [Etc.]
A Stockolm, ce 30 janvier 1652.

With modernised spelling:

Monsieur,
C'est avec beaucoup de déplaisir que j'ai appris, dans votre lettre, la mort de M. Dupuy. Je vous l'ai écrit et je vous le confirme; l'un des grands regrets que j'ai eus de quitter Paris a été de le laisser en un état que je lui pouvais être utile. La mort est plus forte que nos remèdes, et son décès peu de temps après mon partement pourrait faire croire que son heure était venue. Avec tout cela, l'expérience que j'ai des vieillards qui sont valétudinaires me tient encore dans l'opinion que j'avais que ses jours pouvaient être prolongés, mais tous les soins d'un homme qui a cette habitude-là y sont nécessaires. Il n'est plus temps de discourir là-dessus, et plus j'y pense, plus j'ai d'amertume de cœur qu'il en soit venu fante, sans que j'aie pu être à son secours. [...] La Reine a appris cette perte avec beaucoup de déplaisir; elle avait une très grande estime pour le défunt. Elle m'a commandé de vous écrire son ressentiment et la part qu'elle prend à votre douleur. Elle juge que les lettres en souffriront et serait inconsolable si elle ne savait que vous prendrez tout seul les soins qui étaient partagés entre vous. Elle serait fort aise qu'il se présentât des occasions de vous donner des marques de son estime. C'est la plus grande princesse qui soit au monde; elle a toutes les sciences que vous avez ouï dire; mais la beauté de son esprit, sa douceur et son grand courage sont au-dessus de ses sciences. Je n'ai rien vu qui lui fut comparable, et je bénis Dieu de ce que je suis venu la trouver. Elle me fait de l'honneur plus que je ne mérite. Quand on la sert, on ne songe point aux grands froids ni aux autres incommodités du pays. M. Vossius partit hier d'auprès d'elle en pleurant, comme font tous ceux qui la quittent. On est ici dans une pleine paix. C'est une grande reine bien absolue. On n'y voit point de guerres civiles comme en France, dont j'ai la plus grande pitié du monde. Je souhaite que les troubles s'y appaisent. [Etc.]
A Stockholm, ce 30 janvier 1652.

Swedish translation (my own):

Monsieur,
Det är med stort missnöje som jag har fått veta i Ert brev om monsieur Dupuys död. Jag har skrivit det till Er och bekräftat det för Er; en av de stora ånger jag hade när jag lämnade Paris var att lämna honom i ett sådant tillstånd att jag kunde vara till nytta för honom. Döden är ju starkare än våra botemedel, och hans bortgång kort efter att jag lämnat kan få det att tro att hans tid var inne. Med allt detta, min erfarenhet av gamla människor som är sjukliga håller mig fortfarande till den åsikt som jag hade att hans dagar kunde förlängas, men all omsorg av en man som har den vanan krävs. Det är inte längre dags att tala om det, och ju mer jag tänker på det, desto mer känner jag mig bitter i hjärtat över att han har dött utan att jag har kunnat komma honom till hjälp. [...] Drottningen har med stort missnöje fått veta om denna förlust; hon hade en mycket hög respekt för den salige. Hon beordrade mig att skriva till Er hennes känsla och den part hon tar i Er smärta. Hon bedömer att breven kommer att lida av det, och hon skulle vara otröstlig om hon inte visste att Ni ensam skall ta den omsorg som delades mellan er. Hon skulle bli mycket glad om tillfällen gavs för henne att ge Er betyg av hennes aktning. Hon är den största prinsessan i världen; hon har alla vetenskaper Ni har hört talas om; men hennes sinnes skönhet, hennes mildhet och hennes stora mod går över hennes kunskap. Jag har inte sett något liknande henne, och jag tackar Gud för att jag kom till henne. Hon gör mig mer ära än jag förtjänar. När man tjänar henne tänker man inte på den stora kylan eller landets andra olägenheter. Herr Vossius lämnade henne igår gråtande, liksom alla de som lämnar henne. Vi är helt i fred här. Hon är en väldigt absolut och stor drottning. Det finns inga inbördeskrig här som i Frankrike, vilket jag har störst synd för i världen. Jag hoppas att besvären försvinner. [Osv.]
Stockholm, den 30 januari 1652.

English translation (my own):

Monsieur,
It is with great displeasure that I have learned in your letter of the death of Monsieur Dupuy. I have written it to you and confirmed it to you; one of the great regrets I had on leaving Paris was to leave him in such a state that I could be of use to him. Death is stronger than our remedies, and his passing shortly after my leaving might make it be believed that his time had come. With all this, my experience of old people who are valetudinarians still holds me to the opinion that I had that his days could be prolonged, but all the care of a man who has that habit is required. It is no longer time to talk about it, and the more I think about it, the more I feel bitter at heart that he has died without my having been able to come to his aid. [...] The Queen has learned of this loss with great displeasure; she had a very high regard for the dead man. She ordered me to write you her feeling and the part she takes in your pain. She judges that the letters will suffer from it, and she would be inconsolable if she did not know that you alone will take the care that was shared between you. She would be very glad if opportunities presented themselves for her to give you marks of her esteem. She is the greatest princess in the world; she has all the sciences you have heard of; but the beauty of her mind, her gentleness and her great courage are above her knowledge. I haven't seen anything like her, and I thank God that I came to her. She does me more honour than I deserve. When one serves her, one does not think of the great cold or the other inconveniences of the country. Mr. Vossius left her yesterday while weeping, as do all those who leave her. We are in complete peace here. She is a very absolute and great queen. There are no civil wars here like in France, for which I have the greatest pity in the world. I hope the troubles will go away. [Etc.]
Stockholm, January 30, 1652.


Above: Kristina.


Above: Pierre Bourdelot.


Above: Jacques Dupuy.