Sunday, November 10, 2019

Madame de Motteville's descriptions of Kristina and account of her visit to Paris

The full account from Madame de Motteville's memoirs of Kristina's 1656 visit to Paris. I have also given one of the anecdotes of Kristina's antics at a comedy in a separate, earlier post.

Source:

Mémoires de madame de Motteville, Volume 39


The description:

Nous vîmes alors arriver à Compiègne la reine de Suède, dont on avoit ouï conter des choses extraordinaires. Cette princesse, qui avoit quitté son royaume, sembloit l'avoir fait par un généreux dédain de la couronne, et pour ne pas forcer son inclination en faveur de son plus proche parent, que ses sujets avoient souhaité qu'elle épousât. Elle avoit embrassé notre religion, et avoit renoncé à l'hérésie entre les mains du Pape. Quelques-uns estimoient infiniment cette action, et croyoient que cette princesse, en quittant la couronne de Suède, méritoit celle du monde entier. D'autres l'avoient accusée d'avoir quitté son royaume par force ou par légèreté; et d'avoir aimé tendrement en Suède et en Flandre un Espagnol nommé Pimentel, qui avoit été dans sa cour de la part du Roi son maître. On l'avoit beaucoup louée et infiniment blâmée. Elle passoit pour une personne illustre: les plumes des plus fameux auteurs, tant sur la louange que sur la satire, n'étoient employées qu'à parler de ses vertus héroïques ou bien de ses défauts. En quittant la Suède, elle avoit été en Flandre, puis à Rome. Ensuite de ses voyages, elle vouloit voir la France aussi bien que l'Italie; et cette grande réputation qu'elle avoit acquise fit que la Reine fut assez aise de la voir. Le roi de Suède, à qui cette reine du Nord avoit laissé son royaume, étoit un prince belliqueux: il se faisoit craindre et considérer. Il avoit demandé au cardinal que cette princesse fût bien traitée en France: et le ministre, par ses propres sentimens, l'estimoit. Elle y fut reçue de la même manière que le fut autrefois Charles-Quint, quand il passa par la France pour aller en Flandre. Le Roi lui envoya le duc de Guise pour la recevoir à son entrée sur ses Etats, et pour la complimenter. La Reine lui envoya Comminges, son capitaine des gardes, pour la même chose.

...

Cette reine connoissoit si parfaitement toute la cour, qu'en voyant Comminges elle lui demanda des nouvelles du bonhomme Guitaut son oncle, et si elle ne le verroit point en colère; car il étoit sujet à cette passion, et s'en servoit habilement: elle lui avoit aidé à faire sa fortune, et la Reine de tout temps avoit pris plaisir à le voir en cet état. La reine de Suède n'ignoroit donc rien de toutes les grandes choses et de toutes les petites. Elle dit, en quelque occasion, qu'elle savoit qu'on avoit dit d'elle beaucoup de bien et de mal, et qu'on connoîtroit, en la voyant, qu'il ny avoit ni l'un ni l'autre. Elle ne disoit pas la vérité; car en effet on y trouva un mélange de beaucoup de grandes vertus et de grande défauts. Elle fit son entrée à Paris le 8 septembre, après avoir été régalée à Essone, par Hesselin, d'un ballet, d'un feu d'artifice, d'une comédie, et de quantité de dames qui la furent voir en ce lieu. Les bourgeois de Paris en armes, et avec de beaux habits, la furent recevoir en bon ordre hors les portes de la ville, et bordèrent son chemin dans toutes les rues, depuis Conflans où elle avoit couché, jusqu'au Louvre où elle devoit loger. Leur nombre fut infini, aussi bien que des dames et des personnes de qualité qui, aux fenêtres et aux balcons, la voulurent voir passer, et la foule fut grande dans les rues. Elle tarda à traverser la ville, depuis deux heures jusqu'au neuf heures du soir qu'elle arriva au Louvre. Elle fut logée à l'appartement du Roi, où étoit la belle tapisserie de Scipion, et un lit de satin blanc en broderie d'or que le feu cardinal de Richelieu eu mourant laissa au feu Roi. En arrivant, elle demanda à boire. Le prince de Conti, qui l'étoit allée visiter et recevoir, lui donna la serviette, qu'elle prit après quelques complimens répétés. Comminges nous dit que le duc d'Epernon, alors gouverneur de Bourgogne, l'avoit magnifiquément reçue; et quoiqu'elle affectât de ne rien admirer, elle trouva néanmoins que la France étoit belle, riche et bien remplie de peuples. Elle voulut qu'on crût que Rome l'emportoit dans son inclination et son estime sur Paris, et disoit que l'Italie avoit de grands charmes: mais, à ce qu'il parut depuis, les plaisirs de Paris ne lui déplurent pas, et je pense qu'elle auroit volontiers quitté tout autre pays pour le nôtre, si elle avoit pu y demeurer.

À ce premier abord, elle parut aimable à tous les honnêtes gens. Son habit, si extravagant à l'entendre décrire, ne l'étoit point trop à la voir, ou du moins on s'y accoutumoit facilement: Son visage parut assez beau, et chacun admira la vivacité de son esprit, et les choses particulières qu'elle savoit de la France. Elle connoissoit non-seulement les maisons et les armes, mais elle savoit les intrigues et les galanteries, et n'ignoroit pas même les noms de ceux qui aimoient la peinture ou la musique. Elle dit au marquis de Sourdis les tableaux de prix qu'il avoit dans son cabinet, et savoit que le duc de Liancourt en avoit de fort beaux; jusque-là même qu'elle apprenoit aux Français ce qu'ils ne savoient pas de leur patrie. Elle disputa contre quelques-uns qu'il y avoit dans la Sainte-Chapelle une agate de grand prix, qu'elle voulut voir, et qui enfin se trouva à Saint-Denis. Elle parut civile, particulièrement aux hommes, mais brusque et emportée sans donner aucun sujet affectif de croire les mauvais contes qu'on avoit faits d'elle. Ils s'étoient répandus dans toute l'Europe à son désavantage, et l'avoient fait passer dans l'opinion de tous les sages pour une personne qui ne l'étoit guère.

Notre amazone suédoise gagna tous les cœurs à Paris, qu'elle auroit peut-être perdus bientôt après si elle y fût demeurée plus long-temps. Après y avoir vu tout ce qu'elle crut digne de sa curiosité, elle quitta cette grande ville, où elle avoit été toujours environnée d'une furieuse presse, pour venir voir Leurs Majestés à Compiègne, où elle fut reçue non-seulement en reine, mais en reine bien aimée du ministre. Le cardinal Mazarin partit le même jour de Compiègne, pour être à Chantilly quand elle y arriveroit pour y dîner. Deux heures après ce repas, le Roi et Monsieur y arrivèrent comme des particuliers. Le Roi entra par une porte qui étoit au coin du balustre du lit, et se montra avec toute la foule qui étoit autour d'elle et du cardinal. Aussitôt qu'ils furent aperçus par lui, il les présenta à la reine de Suède, et lui dit que c'étoit deux gentilshommes des plus qualifiés de la France. Elle les connut en les regardant, pour avoir vu leurs portraits au Louvre, et lui répondit qu'elle le croyoit ainsi, et qu'ils paroissoient être nés à porter des couronnes. Le cardinal Mazarin lui repartit qu'il voyoit bien qu'il étoit difficile de la tromper, et qu'il étoit vrai que c'étoit le Roi et Monsieur. Le Roi lui dit de bonne grâce qu'il étoit fâché de ce qu'elle avoit été si mal reçue dans ses Etats; qu'il n'avoit pas manqué de donner ses ordres pour la traiter selon ce qui lui étoit dû; mais que sa venue si précipitée avoit empêché ceux à qui il les avoit donnés de lui rendre le respect qu'il auroit désiré de lui faire rendre. Elle repartit à ses civilités avec reconnoissance de ce qu'on avoit fait pour elle, et ne manqua pas d'exagérer en de beaux termes la satisfaction qu'elle avoit reçue en France. Le Roi, quoique timide en ce temps-là, et nullement savant, s'accommoda si bien de cette princesse hardie, savante et fière, que, dès ce premier instant, ils demeurèrent ensemble avec liberté et agrément de part et d'autre. Il fut aisé d'en trouver la raison: ceux qui voulurent la chercher jugèrent que c'étoit une marque indubitable que le Roi avoit en lui, par inclination et par nature, les semences de ce qu'il y avoit d'acquis et de louable en la personne de cette reine, et que la timidité qui paroissoit en lui procédoit alors de sa gloire et de son jugement, qui lui faisoient désirer d'être parfait en toutes choses, et craindre en même temps de manquer en quelqu'une. ...

Le duc de La Rochefoucauld et quelques autres, qui, depuis que cette reine étrangère étoit à Paris, avoient été les plus assidus auprès d'elle, arrivèrent les premiers; et bientôt après son carrosse entra au bruit des trompettes. Le cardinal Mazarin et le duc de Guise étoient seuls avec elle: car elle n'avoit que quelques femmes fort chétives pour la servir, qui ne se montrèrent point. Aussitôt qu'elle vit la Reine, elle descendit de carrosse, et la Reine s'avança aussi deux ou trois pas au dehors de la terrasse pour l'aller recevoir. Elles se saluèrent toutes deux civilement. La reine de Suède voulut faire quelques complimens, et remercier la Reine du bon traitement qu'elle avoit reçu en France; mais ces paroles furent interrompues par celles de la Reine, qui lui témoigna la joie qu'elle avoit de la voir. L'impatience qu'eurent tous ceux qui les environnoient de voir cette reine fut si grande, qu'elle obligea les deux reines à finir leurs complimens, pour fuir la foule qui les accabloit. Le Roi, qui avoit déjà fait connoissance avec l'étrangère, lui donna la main pour la faire entrer dans la maison. Elle passa devant la Reine, et se laissa conduire où l'on voulut la mener. Plusieurs ont trouvé que la Reine fut trop civile de lui laisser prendre cet avantage; et le Roi même, devenu plus grand, en a eu depuis da la douleur et du chagrin, et en plusieurs occasions a reproché à la Reine sa mère qu'elle avoit eu tort d'avoir cédé chez elle à cette reine et à celle de Pologne, vu la grandeur de sa naissance, et le haut rang que lui donnoit la couronne de France. J'étois une de celles qui me trouvai le plus près de ces deux royales personnes; et quoique les descriptions si particulières que l'on avoit faites de la reine de Suède me l'eussent figurée dans mon imagination, j'avoue néanmoins que d'abord sa vue me surprit. Les cheveux de sa perruque étoient ce jour-là défrisés: le vent, en descendant de carrosse, les enleva; et comme le peu de soin qu'elle avoit de son teint lui en faisoit perdre la blancheur, elle me parut d'abord comme une Egyptienne dévergondée qui, par hasard, ne seroit pas trop brune. En regardant cette princesse, tout ce qui dans cet instant remplit mes yeux me parut extraordinairement étrange, et plus capable d'effrayer que de plaire. Son habit étoit composé d'un petit corps qui avoit à moitié la figure d'un pourpoint d'homme, et l'autre moitié celle d'une hongreline de femme, mais qui étoit si mal ajusté sur son corps qu'une de ses épaules sortoit tout d'un côté, qui étoit celle qu'elle avoit plus grosse que l'autre. Sa chemise étoit faite à la mode des hommes: elle avoit un collet qui étoit attaché sous sa gorge beaucoup plus qu'un pourpoint, n'étoit point couvert de ce collet. Cette même chemise sortoit par en bas de son demi pourpoint comme celles des hommes, et elle faisoit sortir, au bout de ses bras et sur ses mains, la même quantité de toile que les hommes en laissoient voir alors au défaut de leur pourpoint et de leurs manches. Sa jupe, qui étoit grise, chamarrée de petits passemens d'or et d'argent, de même que sa hongreline, étoit courte; et au lieu que nos robes sont traînantes, la sienne lui faisoit voir les pieds découverts. Elle avoit des rubans noirs, renoués en manière de petite oie sur la ceinture de sa jupe. Sa chaussure étoit tout-à-fait semblable à celle des hommes, et n'étoit pas sans grâce. Le Roi la mena dans une grande salle, où madame la maréchale de La Motte avoit fait préparer une grande collation. Le Roi, les deux Reines et Monsieur, en entrant s'assirent à table, et nons l'environnâmes pour voir cette personne en tout si différente des autres femmes, et dont la renommée avoit fait tant de bruit. Après l'avoir regardée avec cette application que la curiosité inspire en de telles occasions, je commençai à m'accoutumer à son habit et à sa coiffure, et à son visage. Je trouvai qu'elle avoit les yeux beaux et vifs, qu'elle avoit de la douceur dans le visage, et que cette douceur étoit mêlée de fierté. Enfin je m'aperçus avec étonnement qu'elle me plaisoit, et d'un instant à un autre je me trouvai entièrement changée pour elle. Elle me parut plus grande qu'on nous l'avoit dite, et moins bossue; mais ses mains, qui avoient été louées comme belles, ne l'étoient guères: elles étoient seulement assez bien faites, et pas noires; mais ce jour-là elles étoient si crasseuses qu'il étoit impossible d'y apercevoir quelque beauté. Pendant cette collation, elle mangea beaucoup, et ne parla que de discours fort communs. Le duc de Guise lui montra mademoiselle de Mancini, qui étoit auprès d'elle à la regarder comme les autres. Elle lui fit un grand salut, et se pencha tout en bas de sa chaise pour lui faire plus de civilité. Au sortir de là, le Roi, les Reines, Monsieur et le cardinal Mazarin se mirent dans le carrosse de la Reine avec le reste de la compagnie que j'ai nommée, et la conversation y fut agréable. Quand la Reine fut arrivée à Compiègne, après avoir conduit son hôtesse dans son appartement, elle nous fit l'honneur de nous dire qu'elle étoit charmée de cette reine, et nous avoua que le premier quart-d'heure elle en avoit été effrayée comme les autres; mais qu'après l'avoir vue et l'avoir entendue parler, cette surprise s'étoit changée en inclination. Elle nous dit que cette princesse faisant semblant de vouloir voir le portrait du Roi et de Monsieur que la Reine portoit au bras, elle lui avoit fait ôter son gant, et qu'elle lui avoit dit les choses du monde les plus jolies sur la beauté de ses mains, la louant de les avoir su louer sans s'embarrasser. Aussitôt que la reine de Suède se fut un peu reposée dans sa chambre, elle vint faire visite à la Reine, d'où on la mena à la Comédie italienne. Elle la trouva fort mauvaise, et le dit librement. On l'assura que les comédiens avoient accoutumé de mieux faire. Elle répondit froidement qu'elle n'en doutoit pas, puisqu'on les gardoit. Après cela on la mena dans sa chambre, où elle fut servie par les officiers du Roi. Il fallut qu'on lui donnât jusqu'à des valets de chambre pour la servir et pour la déshabiller, car elle étoit seule, et n'avoit ni dames ni officiers, ni équipages, ni argent: elle composoit elle seule toute sa cour. Chanut, qui avoit été résident pendant son règne, étoit auprès d'elle, et deux ou trois hommes mal bâtis, à qui par honneur elle donnoit le nom de comtes. On pouvoit dire avec vérité qu'elle n'avoit personne; car, outre ces médiocres seigneurs, nous ne lui vîmes que deux femmes, qui ressembloient plutôt à des revendeuses qu'à des dames de quelque condition. Enfin je serois tentée, en faisant la description de cette princesse, de la comparer aux héroïnes des Amadis, dont les aventures étoient belles, dont le train étoit presque pareil au sien, et de qui la fierté avoit du rapport à celle qui paroissoit en elle. Je pense même, vu son équipage et sa pauvreté, qu'elle ne faisoit pas plus de repas et ne dormoit pas mieux que Marfise ou Bradamante, et qu'à moins d'arriver par hasard chez quelque grand roi comme le nôtre, elle ne faisoit pas souvent bonne chère. Le premier jour, elle observera de parler peu: ce qui paroissoit marquer en elle de la discrétion. Le comte de Nogent, selon sa coutume, s'empressant devant elle de dire de vieux contes, elle lui dit gravement qu'il étoit fort heureux d'avoir beaucoup de mémoire. Le cardinal Mazarin, le lendemain, l'alla visiter en camail, et tous les évêques la saluèrent en cérémonie. Ce jour elle parut avec un justaucorps de camelot de couleur de feu, et une jupe grise, l'un et l'autre chamarrées de passemens d'or et d'argent: sa perruque étoit frisée et poudrée; son teint, par le repos de la nuit, avoit quelque beauté; ses mains étoient décrassées; et si elle eût été capable de se soucier des louanges, je crois qu'on lui en auroit pu donner en ce moment avec justice, car elle parut à tous plus aimable qu'elle ne le vouloit être. Elle vint voir la Reine le matin, et la Reine lui rendit sa visite aussitôt après dîné. La conversation y fut gaie, et dans plusieurs rencontres cette reine étrangère fit voir qu'elle étoit spirituelle et de bonne compagnie. Elle railla le chevalier de Gramont sur la passion qu'il avoit alors pour madame de Mercœur, et ne l'épargna nullement sur le peu de reconnoissance qu'il en pouvoit espérer. De là elle fut à la chasse du sanglier, où le Roi la convia d'aller. Elle lui avoit dit néanmoins, quand il lui proposa d'y aller, qu'elle ne l'aimoit point, parce qu'elle étoit périlleuse, et qu'elle ne pouvoit souffrir qu'on s'exposât à quelque péril que pour acquérir de la gloire. Le soir, à la Comédie française, elle montra d'avoir l'ame passionnée: elle s'écria souvent sur les beaux endroits, paroissant sentir de la joie ou de la douleur, selon les différens sentimens qui étoient exprimés par les vers qui se récitoient devant elle; puis comme si elle eût été toute seule dans son cabinet, se laissant aller sur le dos de sa chaise après ses exclamations, elle demeuroit dans une rêverie profonde. La Reine même ne l'en pouvoit tirer, quoique souvent elle voulût lui parler. Le soir, étant retirée avec quelques hommes de la cour, entre autres Comminges, qui n'étoit pas ignorant, ils parlèrent de beaucoup de choses, et ensuite de la fidélité qu'on devoit aux rois; et quelqu'un lui disant que tous les honnêtes gens en avoient, elle répondit qu'en tous les pays cela étoit vrai, mais qu'elle avoit remarqué qu'en France ce n'étoit pas un défaut que d'y manquer, et qu'il étoit commun parmi les personnes de mérite et de qualité. Enfin cette journée lui attira beaucoup d'approbation: et chez la Reine, ce même soir, on ne parla que d'elle. Plusieurs de nos rudes railleurs avoient eu le dessein de la tourner en ridicule, et d'accabler par là ceux qui si légèrement l'avoient encensée; mais ils ne purent alors en trouver les moyens, soit par son mérite ou par la hauteur qu'elle eut pour eux, ou soit enfin parce qu'elle fut soutenue par l'estime que le ministre témoigna d'en faire, et par la bonne réception du Roi et de la Reine. Le peu de temps qu'elle demeura à la cour lui fut favorable: car ses défauts, qui étoient grands, furent offusqués par les belles et brillantes qualités qui étoient en elle, et par le plaisir de la nouveauté, qui est d'un grand prix dans le cœur des hommes. Nous lui verrons bientôt perdre honteusement tous ces avantages: car comme les rois sont exposés au public, et que ce qu'ils ont de bon les rend célèbres, de même leurs défauts savent en peu de temps détruire ou diminuer leur réputation.

Le 18 septembre, les Reines furent à une tragédie des jésuites, dont celle de Suède se moqua hardiment. Le lendemain, le Roi lui donna un festin royal, qui fut comme de tels repas ont accoutumé d'être, où la profusion fatigue plus l'esprit qu'elle ne nourrit le corps. Peu après cette incommode cérémonie, il arriva un courrier qui apprit au Roi et à la Reine la prise de Valence par le duc de Mercœur: la reine étrangère vint aussitôt s'en réjouir avec la nôtre d'une manière si libre, qu'il sembloit qu'elle y prît une grande part. Elle trouva la Reine jouant aux cartes: elle s'assit auprès d'elle; et s'appuyant nonchalamment sur la table, il parut qu'elle s'occupa agréablement à regarder les belles mains de la Reine. Elle les loua, et lui dit d'un air galant qu'elle estimeroit son voyage de Rome en France bien employé, quand elle n'auroit point eu d'autre avantage que celui de voir en cela seulement la plus belle chose du monde.

Nogent, qui parloit toujours, voulut lui dire qu'on avoit remarqué dans l'histoire qu'il y avoit cent ans que Valenciennes et Valence avoient été assiégées par les Français; que l'une n'avoit pu être prise, et l'autre l'avoit été. Après l'avoir écouté, elle souhaita que, dans ce même terme, les mêmes personnes en pussent faire autant; et se tournant vers Nogent, lui dit: «Et que vous, M. de Nogent, eussiez encore votre casaque feuille-morte, et fissiez les mêmes contes que vous faites à présent; car, à vous dire le vrai, j'aimerois mieux les entendre dans cent ans qu'à cette heure.» Ce qui fit qu'elle le poussa toujours de même force fut qu'on lui avoit dit qu'il avoit voulu la mêler dans ses railleries.

Le lendemain le père Annat, confesseur du Roi, fut parler à la reine de Suède, sur quelques plaintes qu'elle avoit faites contre leur ordre: l'une étoit que le père général des jésuites ne l'avoit point été saluer à Rome; je ne me souviens pas des autres. Après les excuses que lui fit le révérend père, elle lui dit d'un ton moqueur, et avec cette brusque manière qui lui étoit naturelle, qu'elle seroit fâchée de les avoir pour ennemis, sachant leurs forces; et qu'elle choisiroit plutôt d'avoir querelle avec un prince souverain qu'avec eux; que par cette raison elle vouloit bien être satisfaite, mais qu'elle l'assuroit qu'en cas de confession et de tragédie elle ne les choisiroit jamais: voulant leur reprocher par là qu'ils étoient accusés d'avoir une morale trop indulgente, et se moquer de la mauvaise tragédie où elle avoit été le jour précédent; mêlant ainsi le burlesque avec le sérieux, afin de se venger de l'offense qu'elle croyoit avoir reçue de leur compagnie.

Cette princesse gothique témoignoit estimer l'esprit et la capacité du cardinal, et lui de même paroisoit avoir beaucoup de vénération pour elle. Son extérieur, à qui en eût voulu juger à son désavantage, étoit digne de risée et de moquerie; quasi toutes ses actions avoient quelque chose d'extravagant, et on pouvoit avec justice la blâmer, comme on pouvoit avec sujet la louer extrêmement. Elle ne ressembloit en rien à une femme, elle n'en avoit pas même la modestie necessaire: elle se faisoit servir par des hommes dans les heures les plus particulières; elle affectoit de paroître homme en toutes ses actions; elle rioit démesurément quand quelque chose la touchoit, et particulièrement à la Comédie italienne, lorsque par hasard les bouffonneries en étoient bonnes: elle éclatoit de même en louanges et en soupirs, comme je l'ai déjà dit, quand les sérieuses lui plaisoient. Elle chantoit souvent en compagnie; elle rêvoit, et sa rêverie alloit jusqu'à l'assoupissement: elle paroissoit inégale, brusque et libertine en toutes ses paroles, tant sur la religion que sur les choses à quoi la bienséance de son sexe l'obligeoit d'être retenue: elle juroit le nom de Dieu, et son libertinage s'étoit répandu de son esprit dans ses actions. Elle ne pouvoit demeurer long-temps en même place. En présence du Roi, de la Reine et de toute la cour, elle appuyoit ses jambes sur des siéges aussi hauts que celui où elle étoit assise, et les laissoit voir trop librement: elle faisoit profession de mépriser toutes les femmes, à cause de leur ignorance, et prenoit plaisir de converser avec les hommes sur les mauvaises matières, de même que sur les bonnes: elle n'observoit nulle règle de toutes celles que les rois ont accoutumé de garder, à l'égard du respect qu'on leur porte. Ses deux femmes, toutes hideuses et misérables qu'elles étoient, se couchoient sur son lit familièrement, et faisoient avec elle à moitié de tout. Cependant la Reine, qui étoit au contraire la plus régulière personne du monde, trouvoit des charmes dans l'agrément de son visage, et dans la manière libre de toutes ses actions. En effet il étoit difficile, quand on l'avoit bien vue et surtout écoutée, de ne lui pas pardonner toutes ses irrégularités, particulièrement celles qui ne paroissoient point essentiellement blâmables. Cette douceur et cet agrément étoient mêlés d'une rude fierté, et la politesse si naturelle à notre nation ne se rencontroit point en elle. Quelques-uns dirent qu'elle ressembloit à Fontainebleau, dont les bâtimens sont beaux et grands, mais qui n'ont point de symétrie. Elle partit de Compiègne le 23 de septembre; la Reine la fut conduire à deux lieues de là, et ces deux princesses se séparèrent avec quelques marques d'attendrissement.

Le marquis de Saint-Simon la traita à Senlis, et M. et madame Du Plessis la reçurent à leur belle maison du Fresnes, avec une magnificence extraordinaire. Passant à un certain bourg proche de ce lieu, elle voulut voir une demoiselle qu'on appeloit Ninon, célèbre par son vice, par son libertinage et la beauté de son esprit. Ce fut à elle seule, de toutes les femmes qu'elle vit en France, à qui elle donna quelques marques d'estime. Le maréchal d'Albret et quelques autres en furent cause, par les louanges qu'ils donnèrent à cette courtisanne de notre siècle. De là cette amazone suédoise prit des carrosses de louage que le Roi lui fit donner, et de l'argent pour les pouvoir payer: elle s'en alla, suivie seulement de sa chétive troupe, sans train, sans grandeur, sans lit, sans vaisselle d'argent, ni d'aucune marque royale. Son dessein fut de retourner à Rome et de passer par la Savoie, où elle reprit son personnage de reine: elle y reçut aussi beaucoup d'honneurs.

English translation (my own):

We then came to Compiègne, to the Queen of Sweden, of whom extraordinary things had been said. This princess, who had left her kingdom, seemed to have done it by a generous disdain of the crown, and not to force her inclination in favour of her nearest relative, that her subjects had wished her to marry. She had embraced our religion, and had renounced heresy in the hands of the Pope. Some considered this action infinitely, and thought that this princess, on leaving the crown of Sweden, deserved that of the whole world. Others had accused her of having left her kingdom by force or by levity; and to have loved tenderly in Sweden and Flanders a Spaniard named Pimentel, who had been in her court on the part of the King his master. She had been much praised and infinitely blamed. She passed for an illustrious person: the plumes of the most famous authors, both on praise and satire, were only used to speak of her heroic virtues or of her faults. On leaving Sweden she had gone to Flanders, and then to Rome. After her travels, she wanted to see France as well as Italy; and this great reputation she had acquired made the Queen [of France] eager enough to see her. The King of Sweden, to whom this Queen of the North had left her kingdom, was a bellicose prince; he was feared and considered. He had asked the cardinal that this princess should be well treated in France; and the minister, by his own sentiments, esteemed him. She was received in the same manner as was formerly Charles V., when he passed through France to go to Flanders. The king sent the Duke of Guise to receive her at the entrance to his states, and to compliment her. The Queen [of France] sent him Comminges, his Captain of the Guards, for the same purpose.

...

This Queen knew the whole court so perfectly that when she saw Comminges, she asked him for news of his uncle, Guitaut, and if she would not see him angry; for he was subject to this passion, and used it skillfully. It had helped him to make his fortune, and the Queen [of France] at all times had taken pleasure in seeing him in that state. The Queen of Sweden, therefore, knew nothing of all the great things and all the little things. She said, on some occasion, that she knew that much good and bad had been said of her, and that, on seeing her, one would know that he had gotten neither one nor the other right. She did not tell the truth; for indeed there was a mixture of many great virtues and defects. She entered Paris on the 8th of September, after having been treated to Essone by Hesselin, a ballet, fireworks, a comedy, and a number of ladies who saw her there. The citizens of Paris, in arms and with fine clothes, received her in good order outside the gates of the city and bordered her way in all the streets, from Conflans, where she had slept, to the Louvre where she was to stay. Their number was infinite, as well as ladies and people of quality who, at the windows and balconies, wanted her to pass, and the crowd was great in the streets. She was slow to cross the city, from two o'clock until nine o'clock in the evening, when she arrived at the Louvre. She was lodged at the King's apartment, where the beautiful tapestry of Scipio was, and there was a bed of white satin embroidered with gold, which the late Cardinal de Richelieu in dying left to the late King. When she arrived, she asked for a drink. The Prince de Conti, who had gone to visit and receive her, gave her the napkin, which she took after repeated compliments. Comminges tells us that the duke of Epernon, then governor of Burgundy, had magnificently received it; and although she affected not to admire anything, she found, nevertheless, that France was beautiful, rich, and full of people. She wished it to be believed that Rome carried her with her inclination and esteem to Paris, and said that Italy had great charms; but, as it has since appeared, the pleasures of Paris do not displease her, and I think she would willingly have left any other country for ours, had she been able to remain there.


Above: Kristina's grand entry into Paris on September 8, 1656.

Our Swedish Amazon won all hearts in Paris, which she might have lost soon afterwards if she had remained there longer. After having seen all that she thought worthy of her curiosity, she left this great city, where she had always been surrounded by a furious press, to come to see Their Majesties at Compiègne, where she was received not only as queen but as a beloved queen of the minister. Cardinal Mazarin left the same day from Compiègne to be at Chantilly when she arrived to dine there. Two hours after this meal, the King and Monsieur arrived there as individuals.

The King entered by a door which was at the corner of the baluster of the bed, and showed himself with all the crowd that was around her and the cardinal. As soon as they were seen by him, he presented them to the Queen of Sweden, and told him that they were two of the most qualified gentlemen in France. She knew them by looking at them from having seen their portraits in the Louvre, and replied that she thought so, and that they appeared to be born to wear crowns. Cardinal Mazarin told her that he saw very well that it was difficult to deceive her, and that it was true that it was the King and Monsieur. The King told her with good grace that he was sorry that she had been so badly received in his states; that he had not failed to give his orders to treat her according to what was due to him; but that his hasty arrival had prevented those to whom he had given them from returning him the respect which he would have liked to have restored to him.

She returned his civilities with gratitude for what had been done for her, and did not fail to exaggerate in fine terms the satisfaction she had received in France. The King, though timid at that time, and not at all learned, so well accommodated himself to this bold, learned, and proud princess, that from that first moment they remained together with liberty and pleasure on both sides. It was easy to find the reason: those who wished to seek it judged that it was an unmistakable mark that the King had in him, by inclination and by nature, the seeds of what had been acquired and commendable in the person of this Queen, and that the timidity which appeared in him then proceeded from his glory and his judgment, which made him desire to be perfect in all things, and to fear at the same time to be lacking in some. ...

The Duke de La Rochefoucauld, and a few others, who, since this foreign queen was at Paris, had been the most assiduous to her, arrived first; and soon after, his coach entered with the sound of trumpets. Cardinal Mazarin and the Duke de Guise were alone with her; for she had only a few very weak women to serve her, who did not show themselves. As soon as she saw the Queen [of France], she got out of her coach, and the Queen also advanced two or three steps outside the terrace to go and receive her. They both greeted each other civilly. The Queen of Sweden wished to make some compliments, and to thank the Queen for the good treatment she had received in France; but these words were interrupted by those of the Queen [of France], who showed her the joy she had of seeing her. The impatience of all who surrounded them to see this queen was so great, that she obliged the two queens to finish their compliments, to escape the crowd which overwhelmed them. The King, who had already made acquaintance with the stranger, gave her his hand to bring her into the house. She passed in front of the Queen [of France] and allowed herself to be led where they wished to bring her. Several have found that the Queen was too civil to let her take this advantage; and the King himself, who had grown up, had since suffered from grief and sorrow, and on several occasions reproached the Queen his mother, whom she had been wrong to have yielded to that queen and to that of Poland, considering the grandeur of her birth, and the high rank which the crown of France gave her.

I was one of those who found myself nearest these two royal persons; and though the particular descriptions which had been given of the Queen of Sweden would have represented it in my imagination, I confess, nevertheless, that at first sight, she surprised me. The hair of her wig was messy that day; the wind, while she was coming down from a coach, blew it off of her head; and because of how the little care she took of her complexion had made her lose her whiteness, she at first appeared to me like a shameless Egyptian street girl who, by chance, would not be too dark. Looking at this princess, everything in this moment that filled my eyes seemed extraordinarily strange, and more capable of frightening than of pleasing. Her coat was composed of a little body which had half the shape of a man's doublet, and the other half that of a woman's hongreline, but which was so ill fitted to her body that one of her shoulders bulged out on one side, which was the one that was bigger than the other. Her shirt was made in the fashion of men: she had a collar which was fastened under her throat much more than a doublet, and was not covered with this collar. This same shirt came out from below the half-doublet like those that men wear, and it made visible, at the end of her arms and on her hands, the same quantity of fabric that men show then for the defect of their doublet and of their sleeves. Her skirt, which was gray and studded with little gold and silver threads, like her hongreline, was short; and instead of our skirts that trail behind us, hers made her bare feet visible. She had black ribbons, knotted like a little goose on the waistband of her skirt. Her shoes were exactly like men's shoes, and not without grace.



Above: Kristina and Anne of Austria.


Above: The young King Louis XIV of France.

The King took her to a large room, where Madame la Maréchale de La Motte had had a large brunch prepared. The King, the two Queens, and Monsieur, on entering, sat down at the table, and came out to see this person, so different from the other women, whose fame had given rise to so many rumours.

After having looked at her with this application which curiosity inspires on such occasions, I began to accustom myself to her habit and her hairstyle, and to her face. I found that her eyes were beautiful and lively, that she had sweetness in her face, and that this sweetness was mingled with pride. At last I perceived with astonishment that she pleased me, and from one moment to another I found myself entirely changed for her. She seemed to me bigger than we had been told, and less hunchbacked; but her hands, which had been praised as beautiful, were barely that. They were only quite well formed, and not black; but on that day they were so filthy that it was impossible to perceive any beauty in them.

During this brunch she ate a lot, and spoke only very common conversations. The Duke de Guise showed her Mademoiselle de Mancini, who was near her, watching her as the others. She bowed to her, and leaned down on the chair to give her more civility.

On leaving the King, the Queens, Monsieur, and Cardinal Mazarin set out in the Queen's coach with the rest of the company I mentioned, and the conversation was agreeable. When the Queen [of France] arrived at Compiègne, after having been taken by her hostess to her apartments, she did us the honour us telling us that she was charmed by this queen, and confessed to us that for the first quarter of an hour she had been frightened like the others; but after seeing her and having heard her speak, this surprise changed to an inclination. She tells us that this princess, pretending to want to see the portrait of the King and Monsieur that the Queen wore on her arm, had made her take off her glove, and that she had told her the most beautiful things in the world about beauty with her hands, praising her for having praised them without embarrassing herself.

As soon as the Queen of Sweden rested a little in her room, she came to visit the Queen, from whence she was taken to the Italian Comedy. She found it very bad and said it freely. She was assured that the actors were accustomed to doing better. She answered coldly that she did not doubt it, since they were kept. After that, she was taken to her room, where she was served by the King's officers. It was necessary to give her valet de chambre to serve her and to undress her, for she was alone, and had neither ladies nor officers, nor horse and carriage, nor money. She alone composed her whole court. Chanut, who had been a resident during her reign, was near her, and two or three poorly built men, to whom, by honour, she gave the title of count. It could be said with truth that she had no one; for, besides these mediocre lords, we saw only two women, who resembled, rather, resellers than ladies of any condition.

Finally, I would be tempted, in describing this princess, to compare her to the heroines of the Amadis, whose adventures were beautiful, whose pace was almost like hers, and whose pride had a bearing like that which appeared in her. I even think, considering her crew and her poverty, that she did not have more meals and slept better than Marfise or Bradamante, and that, unless she came by chance to some great king like ours, she did not often have good food.

The first day, she was observed to speak little, which would seem to mark in her discretion. The Comte de Nogent, according to her custom, hastening to say old tales, she told him gravely that he was very happy to have a good deal of memory. Cardinal Mazarin, the next day, went to visit her in camail, and all the bishops saluted her in ceremony.

That day she appeared with a fire-colored camlet justaucorps and a gray skirt, both of them gilded with gold and silver. Her wig was curly and powdered. Her complexion, from the night's rest, had some beauty. Her hands were unclean; and if she would have been able to worry about the praises, I think she would have been able to be given them right now, for she seemed to all to be more amiable than she wanted to be.


Above: Kristina.

She came to see the Queen in the morning, and the Queen returned her visit immediately after dinner. The conversation there was cheerful, and in several meetings this foreign queen showed that she was spiritual and of good company. She mocked the Chevalier de Gramont on the passion which he had at that time for Madame de Mercœur, and did not spare him at all on the little recognition which he could hope for. From there she went hunting for wild boar, where the King invited her to go. She had told him nevertheless, when he suggested that she should go there, that she did not love him, because she was perilous, and that she could not suffer to be exposed to any danger except to acquire of glory.

In the evening, at the French comedy, she showed her passionate soul: she often exclaimed at the beautiful places, seeming to feel joy or sorrow, according to the different sentiments that were expressed by the verses that recite before her; then, as if she had been alone in her study, letting herself recline in her chair after her exclamations, she remained in a deep reverie. Even the Queen could not stop it, though she often wanted to speak to her. In the evening, being withdrawn with some men of the court, among others Comminges, who was not ignorant, they spoke of many things, and then of the fidelity which was due to kings; and someone telling her that all honest people had it, she replied that in all countries it was true, but that she had noticed that in France it was not a fault to miss it, and that it was common among people of merit and quality. At last this day attracted a great deal of approval; and at the Queen's the same evening, nothing was said of her. Several of our rude scoffers had had the design of turning it into ridicule, and thus overwhelming those who had so slightly incensed it; but they could not then find the means, either by its merit or by the height it had for them, or finally because it was supported by the esteem which the minister testified to make of it, and by the good reception of the King and the Queen. The short time that she remained at the court was favorable to her; for her faults, which were great, were offended by the beautiful and brilliant qualities which were in her, and by the pleasure of novelty, which is of great importance. price in the hearts of men. We shall see him soon lose all these advantages shamefully; for as kings are exposed to the public, and what they are good makes them famous, so their faults know in a short time to destroy or diminish their reputation.

On the 18th of September, the Queens were at a tragedy of the Jesuits, at which the Queen of Sweden made a bold joke. The next day the King gave her a royal feast, which was, as such meals are accustomed to be, where profusion fatigues the mind more than it nourishes the body. Shortly after this inconvenient ceremony, a courier arrived who told the King and the Queen [of France] about the taking of Valence by the Duke of Mercœur. The foreign queen immediately rejoiced with ours in so free a manner that she seemed to be taking a large part of it. She found the Queen playing cards; she sat down beside her, and, leaning nonchalantly on the table, it appeared that she took pleasure in looking at the beautiful hands of the Queen. She praised them and told her with a gallant air that she would esteem her journey from Rome to France well employed, when she would have had no other advantage than that of seeing in it only the most beautiful thing in the world.

Nogent, who always spoke, wished to tell her that it had been remarked in history that it had been a hundred years since the Valencians and Valencia had been besieged by the French; that one could not have been taken, and the other had been. After listening to him, she wished that, in the same term, the same people could do the same; and turning to Nogent, said to him: "And you, Monsieur de Nogent, still had your feuillemorte casaque, and made the same tales that you now make; for, to tell you the truth, I would rather hear them in a hundred years than at this hour." That which made her always push him of the same force was what it had been said to her that she had wished to mix it in her taunts. [can someone who speaks French please give a better translation of this last sentence?]

The next day Father Annat, the King's confessor, was talking to the Queen of Sweden about some complaints she had made against their order: one was that the Father General of the Jesuits had not been greeted at Rome; I do not remember the others. After the apologies that the reverend father gave her, she said to him in a mocking tone, and with that terse manner which was natural in her, that she would be sorry to have them for enemies, knowing their strength; and that she would rather choose to quarrel with a sovereign prince than with them; that for this reason she wished to be satisfied, but that she assured him that in case of confession and tragedy she would never choose them. Wishing to reproach them with this — that they were accused of having a too indulgent morality — and to make fun of the bad tragedy she had been to the day before; thus mingling burlesque with seriousness, in order to avenge the offense she thought she had received from their company.

This Gothic princess testified to esteem the mind and capacity of the cardinal, and he too seemed to have a great deal of reverence for her. Her exterior, which she would have liked to judge to her disadvantage, was worthy of ridicule and mockery; almost all her actions had something extravagant, and she could justly be blamed for it, just as it was possible to praise her much. She did not look like a woman at all, she had not even the necessary modesty. She had herself served by men at the most peculiar hours. She appeared manly in all her actions. She laughed excessively when something struck her as funny, and particularly at the Italian comedy, when by chance the buffoonery was good. She also clapped her hands and sighed, as I have already said, whenever the serious parts pleased her. She often sang in company; she daydreamed, and her reverie went to drowsiness. She appeared unequal, curt and libertine in all her words, as much on religion as on things to which the propriety of her sex obliged her to be restrained. She swore the name of God, and her licentiousness was widespread in her mind and in her actions. She could not remain in one place for a long time. In the presence of the King, the Queen, and the whole court, she rested her legs on seats as tall as the one in which she was seated, and allowed herself to be seen too freely. She professed to despise all women because of their ignorance, and took pleasure in conversing with men on bad subjects, as well as on good ones. She observed no rule of all those which kings are accustomed to keep, with respect to the respect which is carried to them. Her two women, hideous and miserable as they were, lay in her bed familiarly and did half of everything with her. The Queen, who was, on the contrary, the most regular person in the world, found charms in the agreeableness of her countenance, and in the free manner of all her actions. In fact, it was difficult, when she had been well seen and especially listened to, not to forgive her all her irregularities, especially those which did not appear essentially blamable. This gentleness and this pleasure were mixed with a harsh pride, and the politeness so natural to our nation was not found in it. Some said that she was like Fontainebleau, whose buildings are handsome and tall, but which have no symmetry. She left Compiègne on the 23rd of September. The Queen was led two leagues away, and these two princesses parted with some marks of tenderness.

The Marquis de Saint-Simon treated her at Senlis, and Monsieur and Madame du Plessis received her at their beautiful house in Fresnes, with extraordinary magnificence. Going to a certain village near this place, she wanted to see a young lady called Ninon, famous for her vice, her debauchery and the beauty of her spirit. It was she alone, of all the women she saw in France, to whom she gave some marks of esteem. Marshal d'Albret and some others were the cause of this, by the praises they bestowed on this courtesan of our century. From there the Swedish Amazon took carriages which the King gave her, and money to pay for them. She went away, followed only by her feeble troop, without train, without grandeur, without a bed, without silver dishes, nor any royal mark. Her design was to return to Rome, and to pass through Savoy, where she resumed her queenly demeanour. She also received many honours.


Above: Ninon de l'Enclos.



Above: Madame de Motteville.



Above: Kristina.

Henry, Duke of Guise's description of Kristina, year 1656

Henry II, Duke of Guise (1614-1664) was the second son of Charles, Duke of Guise and Henriette Catherine de Joyeuse. He accompanied Kristina on her visit to France in 1656 and describes her in this letter to his friends as well as to King Louis XIV and the Queen Mother Anne of France.

Sources:

Recüeil des harangues qui ont esté faites à la reyne de Suede, pages 232 to 235, published by Claude Bardin, 1660


Mémoires pour servir à l'histoire d'Anne d'Autriche, volume 4, pages 432 to 434, Madame de Motteville, 1723


Mémoires de madame de Motteville, Volume 39, republication from 1824


The queen who wanted to be king – part 6, by Marilyn Kay Dennis, at Splatter:


Christina of Sweden, page 155, by Ida Ashworth Taylor, 1909


Drottning Kristina: Efter tronavsägelsen, page 92, by Sven Stolpe, 1961

Christine de Suède: Un roi exceptionnel, page 90, by Bernard Quilliet, 1982

The letter:

Je veux, dans le temps que je m'ennuie cruellement, penser à vous divertir, en vous envoyant le portrait de la reine que j'accompagne. Elle n'est pas grande, mais elle a la taille fournie et la croupe large, le bras beau, la main blanche et bien faite, mais plus d'homme que de femme; une épaule haute, dont elle cache si bien le défaut par la bizarrerie de son habit, sa démarche et ses actions, que l'on en pourroit faire des gageures. Le visage est grand sans être défectueux, tous les traits sont de même et fort marqués; le nez aquilin, la bouche assez grande, mais pas désagréable; ses dents passables, ses yeux fort beaux et pleins de feu, son teint, nonobstant quelques marques de petite vérole, assez vif et assez beau; le tour du visage assez raisonnable, accompagné d'une coiffure fort bizarre. C'est une perruque d'homme fort grosse et fort relevée sur le front, fort épaisse sur les côtés, qui en bas a des pointes fort claires; le dessus de la tête est d'un tissu de cheveux, et le derrière a quelque chose de la coiffure d'une femme. Quelquefois elle porte un chapeau. Son corps lacé par derrière, de biais, est quasi fait comme nos pourpoints; sa chemise sortant tout autour au-dessus de sa jupe, qu'elle porte assez mal attachée et pas trop droite. Elle est toujours fort poudrée, avec force pommade, et ne met quasi jamais de gants. Elle est chaussée comme un homme, dont elle a le ton de voix et quasi toutes les actions. Elle affecte fort de faire l'amazone. Elle a pour le moins autant de gloire et de fierté qu'en pouvoit avoir le grand Gustave son père. Elle est fort civile et fort caressante, parle huit langues, et principalement la française, comme si elle étoit née à Paris. Elle sait plus que toute notre Académie jointe à la Sorbonne, se connoît admirablement en peinture, comme en toutes les autres choses, sait mieux toutes les intrigues de notre cour que moi. Enfin c'est une personne tout-à-fait extraordinaire. Je l'accompagnerai à la cour par le chemin de Paris; ainsi vous pourez en juger vous-même. Je crois n'avoir rien oublié à sa peinture, hormis qu'elle porte quelquefois une épée avec un collet de buffle, et que sa perruque est noire, et qu'elle n'a sur sa gorge qu'une écharpe de même.

Transcript of the letter in the original publication of Madame de Motteville's memoirs:

Je veux, dans le tems que je m'ennuie cruellement, penser à vous divertir, en vous envoiant le Portrait de la Reine que j'accompagne. Elle n'est pas grande, mais elle a la taille fournie, & la croupe large, le bras beau, la main blanche & bienfaite, mais plus d'homme que de femme, une épaule haute, dont elle cache si bien le défaut par la bizarrerie de son habit, sa demarche, & ses actions, que l'on en pourroit faire des gageures. Le visage est grand sans être défectueux, tous les traits sont de même, & fort marquez; le nez aquilin, la bouche assez grande, mais pas desagréable, ses dents passables, ses yeux fort beaux & pleins de feu, son teint nonobstant quelques marques de petite verole assez vif & assez beau, le tour du visage assez raisonnable, accompagné d'une coiffure fort bizarre. C'est une Perruque d'homme fort grosse & fort relevée sur le front, fort épaisse sur les côtez, qui en bas a des pointes fort claires, le dessus de la tête est d'un tissu de cheveux, & le derriere a quelque chose de la coiffure d'une femme. Quelquefois elle porte un Chapeau. Son corps, lassé par derriere, de biais, est quasi fait comme nos pourpoints; sa chemise sortant tout au tour au dessus de sa jupe, qu'elle porte assez mal attachée, & pas trop droite. Elle est toujours fort poudrée, avec force pommade, & ne met quasi jamais de gans. Elle est chaussée comme un homme, dont elle a le ton de voix, & quasi toutes les Actions. Elle affecte fort de faire l'Amazone. Elle a pour le moins autant de gloire & de fierté, qu'en pouvoit avoir le grand Gustave, son Pere. Elle est fort civile & fort caressante, parle huit Langues, & principalement la Françoise comme si elle étoit née à Paris. Elle sçait plus que toute notre Académie jointe à la Sorbonne, se connoit admirablement en Peinture, comme en toutes les autres choses, sçait mieux toutes les Intrigues de notre Cour que moi. Enfin, c'est une Personne tout-à-fait extraordinaire. Je l'accompagnerai à la Cour par le chemin de Paris; ainsi, vous pourrez en juger vous même. Je croi n'avoir rien oublié à sa Peinture, hormis qu'elle porte quelquefois une Epée avec un collet de buffle, & que sa Perruque est noire, & qu'elle n'a sur sa gorge qu'une écharpe de même.

The original letter in full:

MONSIEVR,
Dans mon loisir ie desire vous faire vn plaisant Portraict de la Reyne de Suede. Elle est grande, comme Madame de Cominge, la taille plus fournie & la carrure plus large, le bras beau, la main blanche & bien faite, mais plus d'homme que de femme, vne espaule vn peu plus haute, dont elle cache si bien le deffaut par la gentille inuention de son habit, de sa démarche & de ses actions, que l'on en pourroit faire des gageures; le visage est grand sans estre deffectueux, tous les traits sont de mesme & fort marquez, le nez aquilain, la bouche assez grande, mais pas desagreable, ses dents passables, ses yeux fort beaux & pleins de feu, le teint nonobstant quelques marques de petite verolle assez vif & assez beau, le tour du visage assez raisonnable, accompagné d'vne coiffure fort bisare, c'est vne perruque d'homme fort grosse & fort releuée sur le front, fort épaisse sur les costez, qui en bas a des pointes fort claires, le dessus de la teste est d'vn tissu de cheueux, & le derriere a quelque chose de la coiffure d'vne femme, quelquesfois elle porte vn chappeau, son corps lassé par derriere de biais, est quasi fait comme nos pourpoints, sa chemise tout autour au dessus de sa iuppe qu'elle porte assez negligemment, elle est tousiours fort poudrée auec force pommade, & ne met quasi iamais de gands, elle est chaussée comme vn homme, dont elle a le ton de voix, & quasi toutes les actions. Elle affecte fort de faire l'Amazone, elle a pour le moins autant de gloire & de fierté qu'en pouuoit auoir son pere le grand Gustave. Elle est fort ciuile & fort caressante, parle huit sortes de langues, & principalement la Françoise, comme si elle estoit née à Paris. Elle sçait plus que toute nostre Académie iointe à la Sorbonne. Se connoist admirablement en Peinture comme en toutes les autres choses, sçait mieux toutes les intrigues de la Cour que nos Courtisans mesme; Enfin c'est vne personne tout à fait extraordinaire. Elle s'en allant à Paris, vous en pourrez juger vous-mesme. Ie crois n'auoir rien oublié à sa Peinture, hormis qu'elle porte quelquesfois vne épée auec vn collet de buffe, que sa perruque est noire, & qu'elle n'a sur sa gorge qu'vne écharpe de mesme.

With modernised spelling:

Monsieur,
Dans mon loisir je désire vous faire un plaisant portrait de la Reine de Suède. Elle est grande, comme Madame de Cominges, la taille plus fournie et la carrure plus large, le bras beau, la main blanche et bien faite, mais plus d'homme que de femme; une épaule un peu plus haute, dont elle cache si bien le défaut par la gentille invention de son habit, de sa démarche et de ses actions, que l'on en pourrait faire des gageures. Le visage est grand sans être défectueux, tous les traits sont de même et fort marqués, le nez aquilin, la bouche assez grande, mais pas désagréable, ses dents passables, ses yeux fort beaux et pleins de feu, le teint nonobstant quelques marques de petite vérole assez vif et assez beau, le tour du visage assez raisonnable, accompagné d'une coiffure fort bizarre. C'est une perruque d'homme fort grosse et fort relevée sur le front, fort épaisse sur les côtés, qui en bas a des pointes fort claires, le dessus de la tête est d'un tissu de cheveux, et le derrière a quelque chose de la coiffure d'une femme; quelquefois elle porte un chapeau. Son corps, lassé par derrière de biais, est quasi fait comme nos pourpoints, sa chemise tout autour au-dessus de sa jupe qu'elle porte assez négligemment. Elle est toujours fort poudrée avec force pommade et ne met quasi jamais de gants. Elle est chaussée comme un homme, dont elle a le ton de voix, et quasi toutes les actions. Elle affecte fort de faire l'amazone, elle a pour le moins autant de gloire et de fierté qu'en pouvait avoir son père, le grand Gustave. Elle est fort civile et fort caressante, parle huit sortes de langues, et principalement la française, comme si elle était née à Paris. Elle sait plus que toute notre Académie jointe à la Sorbonne. Se connaît admirablement en peinture comme en toutes les autres choses, sait mieux toutes les intrigues de la Cour que nos courtisans même. Enfin c'est une personne tout-à-fait extraordinaire. Elle s'en allant à Paris, vous en pourrez juger vous-même. Je crois n'avoir rien oublié à sa peinture, hormis qu'elle porte quelquefois une épée avec un collet de buffe, que sa perruque est noire, et qu'elle n'a sur sa gorge qu'une écharpe de même.

English translation (half my own, half of the translation used/or made by Marilyn Kay Dennis):

I want, in the time that I am bored cruelly, to think of entertaining you by sending you the portrait of the Queen that I accompany. She is not tall, but she is full with a large bottom. Her arms are beautiful, her hands white and well formed, but more a man's than a woman's. She has a high shoulder, whose defect she hides so well with the oddness of her dress, her gait and her actions, that it could be disputed. Her face is large without being defectuous, all the features are the same and very marked; her nose is aquiline, the mouth is quite big, but not unpleasant. Her teeth are passable, her eyes very beautiful and full of fire, her complexion, notwithstanding some pockmarks, is quite lively and pretty; the outline of her face fairly reasonable, accompanied by a very odd hairstyle. It is a man's wig, very big and raised above the forehead, very thick on the sides, with some light points at the bottom. The top of the head is a mass of hair, and the back has something of a woman's hairstyle. Sometimes she wears a hat. Her corset laced from behind, on a biais, is almost like our doublets; her shirt hangs out all over her skirt, which she wears rather badly attached and not very straight. She is always heavily powdered with a lot of pomade and almost never wears gloves. She is dressed like a man, her tone of voice and almost all her actions are masculine. She sees herself very much as an Amazon. She has at least as much glory and pride as the great Gustav, her father, must have had. She is very civil and very flattering, speaks eight languages, mainly French, as if she were born in Paris. She knows more than all our Academy and the Sorbonne combined, is admirably familiar with painting, as well as all other things, she knows better all the intrigues of our court than I do. In conclusion, she is a very extraordinary person. I will accompany her to court through Paris so you can judge for yourself. I think I have forgotten nothing in her portrait, except that she sometimes wears a sword with a buffalo collar, and that her wig is black, and that she wears only a scarf of the same material on her breast.

Swedish translation of the original (my own):

Monsieur,
I min lediga tid skulle jag vilja ge Eder ett trevligt porträtt av Sveriges drottning. Hon är lång, likasom madame de Cominges, med en fylligare gestalt och bredare byggnad, vackra armar, vita, välformade händer, men mera en mans än en kvinnas; en något högre axel, vars defekt hon döljer så väl genom sin klännings fina invention, sin gång och sina handlingar, att man kunde göra satsningar på det. Ansiktet är stort utan att vara defekt, alla drag är desamma och starkt markerade, näsan krokig, munnen ganska stor, men inte obehaglig, hennes tänder framkomliga, hennes ögon mycket vackra och fulla av eld, hyn, trots några koppärr, är ganska livlig och stilig, ansiktsformen ganska rimlig, åtföljd av en mycket udda frisyr. Det är en mycket stor mansperuk, upphöjd på pannan, mycket tjock på sidorna, som nedtill har mycket ljusa spetsar, toppen av huvudet är av ett tyg av hår och baksidan har något av en kvinnas frisyr; ibland har hon hatt på sig. Hennes kropp, krokig bakifrån i vinkel, är nästan gjord som våra pourpoints, hennes kropp är runt om ovanför kjolen, som hon bär ganska slarvigt. Hon är alltid hårt pudrad med stark pomada och bär nästan aldrig handskar. Hon bär sina skor som en man, av vilka hon har tonfallet och nästan alla handlingar. Hon påverkar starkt att spela amazon, hon har minst lika mycket ära och stolthet som hennes far, den store Gustav, kunde ha haft. Hon är väldigt civil och väldigt smickrande, talar åtta sorters språk, och främst franska, som om hon hade fötts i Paris. Hon vet mer än att hela vår Akademi och Sorbonne. Hon är lika beundransvärt befryndad med måleri som med allt annat, hon kan alla hovets intriger bättre än till och med våra hovmän. Enfin, hon är en helt extraordinär person. Hon skall till Paris, Ni kan bedöma henne själv. Jag tror att jag inte har glömt något om hennes porträtt, förutom att hon ibland bär ett svärd med collet de buffe, att hennes peruk är svart och att hon bara bär en liknande halsduk över halsen.

English translation of the original (my own):

Monsieur,
In my spare time I would like to give you a pleasant portrait of the Queen of Sweden. She is tall, like Madame de Cominges, with a fuller figure and broader build, handsome arms, white, well-formed hands, but more those of a man than a woman; a slightly higher shoulder, the defect of which she hides so well by the nice invention of her dress, her gait and her actions, that one could make wagers out of it. The face is large without being defective, all the features are the same and strongly marked, the nose aquiline, the mouth quite large, but not unpleasant, her teeth passable, her eyes very beautiful and full of fire, the complexion, notwithstanding some pockmarks, is quite lively and quite handsome, the shape of the face quite reasonable, accompanied by a very odd hairstyle. It is a very large man's wig, raised on the forehead, very thick on the sides, which at the bottom has very light points, the top of the head is of a cloth of hair, and the back has something of a woman's hairstyle; sometimes she wears a hat. Her body, crooked from behind at an angle, is almost made like our pourpoints, her chemise is all around above her skirt, which she wears rather carelessly. She is always heavily powdered with strong pomade and hardly ever wears gloves. She wears her shoes like a man, of which she has the tone of voice and almost all the actions. She strongly affects to play the amazon, she has at least as much glory and pride as her father, the great Gustav, could have had. She is very civil and very flattering, speaks eight kinds of languages, and mainly French, as if she had been born in Paris. She knows more than our entire Academy joined with the Sorbonne. She is as admirably familiar with painting as with all other things, she knows all the intrigues of the court better than even our courtiers. Enfin, she is an absolutely extraordinary person. She is going to Paris, you can judge her for yourself. I believe I have forgotten nothing about her portrait, except that she sometimes wears a sword with a buff-collar, that her wig is black, and that she only wears a similar scarf over her throat.


Above: Kristina.


Above: The Duke of Guise.

Bishop Pierre Daniel Huet's anecdote of Kristina, Ebba Sparre and Claude Saumaise

Sources:

Pet. Dan. Huetii, episcopi Abrincensis, commentarius de rebus ad eum pertinentibus, pages 127 to 128, by Bishop Pierre Daniel Huet, published by Henri du Sauzet, 1718


Mémoires de Daniel Huet, évêque d'Avranches, traduits pour la première fois du latin en français, pages 82 to 83, translated by Charles Nisard, 1853


Queen Christina, page 153, by Georgina Masson, 1968 (1974 edition)

Christina, Queen of Sweden: The Restless Life of a European Eccentric, page 72, by Veronica Buckley, 2004

The anecdote:

... Colloquia narrabat mihi Salmasius, toto hoc anno, quem Holmiæ transegerat apud Christinam Reginam, se podagrâ oppressum decubuisse, sibique supervenisse aliquando Reginam, cùm temporis & doloris fallendi causâ libellum legeret, perfacetum quidem, at subturpiculum, cujus Auctorem ferunt Franciscum Beroaldum Vervillam, præfixo hoc titulo, Rei faciendæ ratio; se eum diligenter inter stragula occultasse, ne manus injiciens Regina obscœna lectione offenderetur; nec ejus tamen omnia circumspicientis argutum & curiosum oculum effugisse; atque illam arrepto statim & aperto libello, & perlectis saltuatim versibus aliquot subrisisse ad jocosas nequitias, & vocatæ ad se Sparræ, nobili & formosæ puellæ, quam habebat in deliciis, certos quosdam indicasse libri locos, quos sibi prælegi vellet ab ea, quantumvis renitente, multoque pudore ac rubore suffusa, solutis in magnos cachinnos omnibus adstantibus.

French translation (by Nisard):

Saumaise me raconta que durant toute l'année qu'il avait passée à Stockholm près de la reine Christine, il avait été retenu au lit par le goutte. La reine l'étant venue voir, un jour que, pour faire diversion à sa douleur, il lisait le Moyen de parvenir, livre fort sale, mais plaisant, dit-on, de Beroalde de Verville, il se hâta de glisser le livre sous ses draps, de peur que la reine ne s'en saisit et ne parût choquée de cette lecture obscène. Mais ce mouvement n'avait point échappé à l'œil furtif et curieux de Sa Majesté. Elle s'empara du livre, l'ouvrit, en lut quelques lignes en courant, et rit des plaisanteries pleines de malice qu'elle y rencontra. Appelant alors sa favorite, Mlle de Sparre, noble et belle jeune fille, elle lui indiqua quelques passages et lui commanda de les lire. Celle-ci eut beau résister, il fallut obéir. Elle en rougit jusqu'au blanc des yeux; mais l'assistance éclatait de rire.

Swedish translation (my own):

Saumaise berättade att han under hela året han tillbringat i Stockholm vid drottning Kristinas hov hade hållits i sängen av gikt. Drottningen kom för att träffa honom en dag, en dag då han, för att avleda hans smärta, läste Le moyen de parvenir, en mycket smutsig bok, men trevlig, sägs det, av Beroalde de Verville. Han skyndade sig att lägga boken under sina lakan, så att drottningen inte skulle gripa den och bli chockerad av denna obscena läsning. Men denna rörelse hade inte undgått Hennes Majestäts smygande och nyfikna ögon. Hon tog tag i boken, öppnade den, läste några rader och skrattade åt de busiga skämten hon såg där. Då hon kallade sin favorit, fröken Sparre, en ädel och vacker ung flicka, visade hon henne några stycken och beordrade henne att läsa dem. Det var nödvändigt att lyda. Hon rodnade till det vita i ögonen, men publiken sprack av skratt.

English translation (my own):

Saumaise told me that during the whole year he had spent in Stockholm at Queen Kristina's court, he had been kept in bed by gout. The Queen having come to see him one day, a day on which, to divert his pain, he read Le moyen de parvenir, a very dirty book, but pleasant, it is said, by Beroalde de Verville. He hastened to slip the book under his sheets, lest the Queen should seize it and be shocked by this obscene reading. But this movement had not escaped the furtive and inquisitive eyes of Her Majesty. She seized the book, opened it, read a few lines, and laughed at the mischievous jokes she saw there. Calling then her favourite, Mademoiselle Sparre, a noble and beautiful young girl, she showed her some passages and ordered her to read them. It was necessary to obey. She blushed to the whites of her eyes, but the audience was bursting with laughter.


Above: An imagining of the scene, painted by Niclas Lafrensen the Younger in 1794.

Bishop Pierre Daniel Huet on Kristina and Pierre Bourdelot

Pierre Daniel Huet (1630-1721) was a French churchman and scholar, editor of the Delphin Classics, founder of the Academie du Physique in Caen and Bishop of Soissons from 1685 to 1689 and afterwards of Avranches.

Sources:

Pet. Dan. Huetii, episcopi Abrincensis, commentarius de rebus ad eum pertinentibus, pages 103 to 107, by Bishop Pierre Daniel Huet, published by Henri du Sauzet, 1718


Mémoires de Daniel Huet, évêque d'Avranches, traduits pour la première fois du latin en français, pages 65 to 68, translated by Charles Nisard, 1853


Från stoicism till mystik: Studier i drottning Kristinas maximer, page 165, by Sven Stolpe, 1959

The account:

Postquam Holmiam venimus, prima nobis cura fuit Reginam consalutare. Ejus autem gratiâ tum florebat Bourdelotius Medicus, natione Gallus, origine Æduus, Bourdelotii illius sorore natus, qui famam aliquam decusque inter Literatos consecutus est, editis in veteres aliquot Scriptores non indoctis commentariis. At alter ille, quò commendabiliorem se præstaret, nomen adscivit avunculi, cùm Michonius paterno nomine appellaretur. Huic curam valetudinis suæ affectæ & languentis ut committeret Regina, suffragatione sua & commendatione perfecerat Salmasius, Æduus & ipse. Michonius verò, Medicæ quidem artis non erat inscius, plus tamen longè valebat artibus aulicis, quas diu cum Medicina inter nobilium feminarum cathedras exercuerat. At planè rudis erat aliarum disciplinarum, quas qui callent, dicuntur eruditi. Ex acerimis harum studiis cùm languorem contratraxisset Regina, febriculisque identidem tentaretur, libros primùm omnes ab ea removit Bourdelotius, rebus ipse suis & existimationi hac ratione callidè consulens, denuntiavitque certissimum vitæ periculum si pergeret literis operam dare. Tum in privatis colloquiis, deridiculum quid & esse & haberi jactabat, mulierem doctam apud elegantiores aulæ Gallicæ feminas. Accedebat ad hæc jocorum & facetiarum arguta festivitas, quibus mirificè captus est puellaris animus, ut apud eam penè jam sorderet omnis honos liberalis doctrinæ. Nam in Christina tam flexibilis fuit atque mollis ingenii indoles, ut ex alienis judiciis tota penderet, eorum præcipuè qui aliqua meritorum specie ejus existimationem fuissent adepti. Nam cùm literarum amore flagrans, Salmasio se aut Vossio tradidisset in disciplinam, ad eorum opiniones ita se componebat, ut quoscunque apud eam præconiis celebrassent suis, eo statim ad se accerseret: quos inter numerandus est Bochartus, veteri necessitudine Vossio conjunctissimus. Cùm ergo ex Bourdelotii consilio, abjectis studiis, dedisset se animi relaxationi & otio, & meliusculè se habere cœpisset, tum verò se ejus ope non convaluisse modo, sed & ad vitam rediisse prædicabat. Jam inde ergo tam dicto audiens Scurræ fuit, ut eam propemodum eruditionis suæ pœniteret. Quæ res omnem penè intercepit itineris nostri suavitatem, effecitque ut parum liberaliter, nec pro meritis exceptus sit Bochartus, accersitus præsertim velut ab alio orbe, tanto studio, tamque crebro efflagitatu. Nec dubitabamus, quin ea essent ad Bourdelotium auctorem & impulsorem referenda, qui sua scilicet interesse putabat, inde extrudi viros eruditos; ne bonarum literarum ignorantia, cujus sibi conscius erat, ex propinquo appareret. Nec aliam ob caussam tam inhumanè visus est Vossius à Suecia ablegari.

Abhorrebat porrò valde Regina à nuptiis, meque ab iis vehementer absterrebat: utque dicax erat & multi joci, legisse se narrabat apud Pausianam, hominem quemdam Argivum, mihi cognominem, uxorem suam deprehendisse in adulterio, mali id esse ominis, caverem itaque ab hujusmodi infortunio. At ego respondi tutum & contrario esse me posse hoc exemplo, cùm vir ille injuriam sibi illatam, cæsis uxore & adultero, egregriè ultus sit: ac præterea neutiquam convenire nomina, Υήττον hunc nomine esse dictum; me verò id nominis adspernari, & dici Υέτιον, quod unum est ex Jovis cognomentis.

In hac literarum vastitate crescebat nihilominus Bibliotheca regia, & numero librorum & dignitate, qui undecunque collecti in eam confluebant. Nam ad eos, quos inter Germanicas manubias deportaverat in Sueciam Gustavus Adolphus Rex, accesserant multi, in sectione Bibliothecæ Mazarinianæ pretio emti, tum & Johannis Gerardi Vossii Bibliotheca, grandi ære de Isaaco filio redemta. His addita fuerat Bibliotheca Petaviana, tota libris antiquis, Græcis & Latinis, manu exaratis; item Gaulminiana, tota libris Ebraïcis, Arabicis, aliisve exoticis hujus generis conflata, quæ paulò pòst tamen ad Gaulminum, immane huic pretium statuentem, rediit. Illuc quoque plurimos optimæ notæ codices intulerat Isaacus Vossius, à se passim per Europam magnâ diligentiâ conquisitos: in his volumen Græcum satis grande, antiquum, manu descriptum, quo Commentariorum Origenis in Matthæum continebantur Tomi aliquot, & ejusdem præterea Tractatus de Oratione. Quod cùm intellexissem venisse à Vossio, quæsivissemque deinde ex eo unde illud habuisset, & quid eo post meum ex Suecia discessum esset factum, respondit ille, raptum fuisse primò à militibus in direptione Vormaciensis Bibliothecæ, & vili pretio coemtum ad se pervenisse. Enimvero id nactus, adhortante Bocharto, describere statim sum aggressus, potestate mihi facta à Regina. Atque hinc prodiit Origenianorum Commentariorum editio, quæ sequentibus subinde annis à me procurata est.

French translation (by Nisard):

Arrivés à Stockholm, notre premier soin fut de saluer la reine. Son favori était alors Bourdelot, médecin français, né en Bourgogne, de la sœur de ce Bourdelot qui se fit quelque réputation parmi les gens de lettres, par des commentaires estimables sur quelques écrivains anciens; celui-là, pour se recommander davantage, avait pris le nom de son oncle, le sien propre étant Michon. La reine, à la recommandation de Saumaise, aussi Bourguignon, lui avait confié le soin de sa santé délicate et chancelante, et Michon, quoiqu'il ne manquait pas de connaissance en son art, en avait plus encore dans l'art du courtisan, qu'il avait pratiqué longtemps avec la médecine auprès des femmes de qualité. Il était dépourvu d'ailleurs de toute espèce d'érudition. Les excès de l'étude ayant fait tomber la reine dans un état de langueur accompagné d'une fièvre intermittente, Bourdelot commença par lui ôter tous ses livres; en quoi il montrait bien le souci qu'il avait de sa place et de sa réputation; il lui déclara ensuite qu'il y allait de sa vie, si elle persistait à étudier. Dans les conversations qu'il avait avec elle, il affectait de lui rappeler le ridicule dont les belles dames de la cour de France frappaient les personnes du sexe qui se piquaient de science; il l'égayait de plus par des plaisanteries et des bons mots. Par là, il prit peu à peu un tel ascendant sur l'esprit de la jeune reine, qu'il la dégoûta presque de ses doctes études. Christine était d'un caractère faible et inconstant. Elle adoptait sans examen les jugements d'autrui, de ceux surtout qui avaient su gagner son estime par la seule apparence du mérite. Pendant que, emportée par sa passion pour les lettres, elle étudiait avec Saumaise ou Vossius, elle acceptait si docilement leurs opinions, qu'elle invitait à venir à sa cour tous ceux dont ils lui avaient dit du bien. C'est ce qui eut lieu pour Bochart, le très-ancien ami de Vossius. Ayant donc, sur l'avis de Bourdelot, secoué le joug de l'étude, et cherché le repos et la distraction, elle commença de se mieux porter, et dit à tout le monde qu'elle devait à son médecin, non-seulement la santé, mais la vie. Depuis lors, elle eut une foi si aveugle en ce bouffon, qu'elle se repentait presque d'être savante. Tout cela troubla un peu l'agrément de notre voyage, et fut cause que Bochart, appelé d'abord avec autant d'insistance que s'il eût été un homme de l'autre monde, ne fut pas reçu avec les égards qu'il méritait. Nous ne doutions pas qu'il ne fallût en imputer la honte à Bourdelot, auquel il importait, selon lui, d'éloigner les savants, de peur que l'ignorance dont il se savait atteint ne devint plus sensible par la comparaison. Ce fut là probablement le seut motif du renvoi sauvage de Vossius.

La reine avait le mariage en horreur et cherchait à me faire partager son sentiment. Comme elle était plaisante et libre dans ses propos, elle racontait qu'elle avait lu en Pausanias, qu'un homme d'Argos, du même nom que moi, avait surpris sa femme en adultère; que cela ne me présageait rien de bon, et que je prisse garde qu'il ne m'en advint autant. Je répondis que cet exemple n'avait rien qui m'inquiétât, puisque le mari dont il est question se vengea amplement, en tuant sa femme et le complice; que d'ailleurs nos noms ne s'accordaient nullement, l'Argien s'appellant ϒήττov, nom que je repoussais avec mépris, et moi ϒίτιoν, qui est un des surnoms de Jupiter (Pluvius, de pluie).

Nonobstant ce désolant abandon des lettres, de la part de la reine, sa bibliothèque ne laissait pas de s'augmenter d'un nombre considérable d'excellents livres qui y affluaient de toutes parts. Car, à ceux que Gustave Adolphe avait apportés en Suède, parmi les dépouilles enlevées à l'Allemagne, étaient venus se joindre ceux achetés à la vente de la bibliothèque Mazarine, ainsi que la bibliothèque même de Jean-Gérard Vossius, payée fort cher à son fils Isaac. Il y avait de plus la bibliothèque de Petau, formée tout entière de manuscrits grecs et latins; celle de Gaulmin, toute composée de livres hébreux, arabes et d'autres langues de ce genre, laquelle fut pourtant renvoyée depuis à Gaulmin, qui en voulait un prix fou. Isaac Vossius y avait apporté aussi plusieurs bons manuscrits qu'il avait recueillis dans différents pays de l'Europe avec le plus grand soin. Il en était un surtout en langue grecque, assez considérable et ancien, qui contenait quelques tomes des commentaires d'Origène sur saint Mathieu, et de plus son traité de la Prière. Ayant appris que ce volume venait de Vossius, et ayant demandé à ce dernier d'où il l'avait eu, et ce qu'il en avait fait depuis mon départ de la Suède, il me répondit qu'il provenait du pillage de la bibliothèque de Worms, et qu'il était venu en sa possession, après avoir été acheté des soldats à vil prix. Sur les instances de Bochart, je me procurai ce volume et le fis copier aussitôt avec la permission de la reine. De là vient mon édition des commentaires d'Origène, que je publiai quelques années après.

Swedish translation (my own):

Efter att ha anlänt till Stockholm var vår första omsorg att hälsa på drottningen. Hennes favorit då var Bourdelot, en fransk läkare, född i Bourgogne till den där Bourdelots syster som gjorde ett visst rykte bland män av bokstäver, genom uppskattade kommentarer om några antika författare; den här, för att rekommendera sig själv mer, tog namnet på sin morbror, hans egen var Michon. Drottningen hade på förslag av Saumaise, också bourguignon, anförtrott henne vården av hennes ömtåliga och vackla hälsa, och Michon, fastän han inte saknade kunskap i sin konst, hade ännu mer i hovmannens konst, att han hade praktiserat länge inom medicin med kvinnor av kvalitet. Han saknade dessutom alla slags lärdomar.

Efter att ha fått drottningen att falla i ett tillstånd av slarv åtföljd av en periodvis feber, började de överflödiga studierna med att ta bort alla hennes böcker, i vilka han visade sin omsorg om sin plats och sitt rykte; han berättade sedan för henne att det satte hennes liv i fara om hon fortsatte att studera. I de samtal han hade med henne, påverkade han att påminna henne om det förlöjligande med vilket de vackra damerna vid det franska hovet slog män av det kön som stoltserade med vetenskapen; han roade henne mer med skämt och goda ord. Därigenom fick han så småningom en sådan höjd över den unga drottningens sinne att han nästan äcklade henne med hennes lärda studier.

Kristina var svag och vankelmodig. Hon antog, utan sitt eget omdöme, andras omdömen, särskilt från de som hade förtjänat hennes aktning genom blotta sken av förtjänsten. Medan hon, medförd av sin passion för lettres, studerade hos Saumaise eller Vossius, accepterade hon så lydigt deras åsikter att hon bjöd in att komma till hennes hov alla dem som de hade sagt gott till henne. Detta gjordes för Bochart, den mycket gamla vän till Vossius. Efter att därför, på råd av Bourdelot, ha skakat av sig studiens ok och sökt vila och distraktion, började hon må bättre och berättade för alla att hon var skyldig sin läkare inte bara sin hälsa, utan sitt liv. Sedan dess hade hon en så blind tilltro till denna narr att hon nästan ångrade sig från att ha blivit lärd.

Allt detta störde vår resa en aning och gjorde att Bochart, som till en början kallats lika enträget som om han varit en man av den andra världen, inte togs emot med den respekt han förtjänade. Vi tvivlade inte på att det var nödvändigt att tillskriva Bourdelot skammen, som det var viktigt, enligt hans mening, att hålla de lärda borta, för att inte den okunnighet som han visste att han kunde uppnå skulle bli mer märkbar i jämförelse. Detta var förmodligen den enda anledningen till Vossius' vilda uppsägning.

Drottningen hade en fasa över äktenskapet och försökte få mig att dela hennes känslor. Medan hon skämtade och var fri i sina kommentarer, berättade hon att hon hade läst i Pausanias att en man från Argos, med samma namn som jag, hade överraskat sin hustru i äktenskapsbrott; att det inte bådade gott för mig och att jag måste se till att det inte hände mig. Jag svarade att detta exempel inte hade något att oroa mig för, eftersom mannen i fråga hämnades sig och dödade sin hustru och medbrottsling; att dessutom våra namn inte överensstämde alls, den mannen från Argos hette Υήττov, ett namn som jag avvisade med förakt, och jag var Υίτιoν, vilket är ett av binamnen på Jupiter (Pluvius, regn).

Trots detta bedrövliga övergivande av les lettres från drottningens sida, misslyckades inte hennes bibliotek att utökas med ett ansenligt antal utmärkta böcker som strömmade in från alla håll. Utöver de som Gustav Adolf hade fört till Sverige, hade bland bytet som tagits från Tyskland funnits de som köpts från Mazarinbiblioteket, samt Johannes Gerardus Vossius bibliotek, som varit hans son Isaac mycket kärt. Där fanns också biblioteket i Petau, bildat helt av grekiska och latinska manuskript; det av Gaulmin, alla sammansatta av hebreiska, arabiska och andra språk av detta slag, som dock skickades tillbaka till Gaulmin, som ville ha ett otroligt pris. Isaac Vossius hade också tagit med sig flera bra manuskript som han med största omsorg hade samlat i olika länder i Europa. Han var särskilt erfaren i det grekiska språket, ganska betydande och uråldrigt, som innehöll några volymer av Origenes kommentarer om St. Matteus, och även hans avhandling om bön. Efter att ha hört att denna volym kom från Vossius, och efter att ha frågat den sistnämnde var han fått den, och vad han gjort sedan min avresa från Sverige, svarade han att den kom från plundringen av Worms bibliotek och att den kommit in i hans besittning, efter att ha köpts soldater till billiga priser. På Bocharts insisterande skaffade jag denna volym och lät kopiera den omedelbart med drottningens tillstånd. Därifrån kommer min upplaga av Origenes kommentarer, som jag publicerade några år senare.

English translation (my own):

Arriving in Stockholm, our first care was to greet the Queen. Her favourite then was Bourdelot, a French doctor, born in Burgundy to the sister of that Bourdelot who made some reputation among men of letters by estimable commentaries on some ancient writers; this one, to recommend himself more, took the name of his uncle, his own being Michon. The Queen, at the suggestion of Saumaise, also Bourguignon, had entrusted to her the care of her delicate and faltering health, and Michon, although he did not lack knowledge in his art, had even more in the art of the courtier, that he had practiced a long time in medicine with women of quality. He was, moreover, devoid of any kind of erudition.

The excesses of study having caused the Queen to fall into a state of languor accompanied by an intermittent fever, Bourdelot began by taking away all her books, in which he showed his concern for his place and his reputation. He then told her that it was putting her life in danger if she persisted in studying. In the conversations he had with her, he affected to remind her of the ridicule with which the beautiful ladies of the court of France struck men of the sex who prided themselves on science; he amused her more with jokes and good words. By this he gradually gained such an ascendancy over the mind of the young Queen that he almost disgusted her with her learned studies.

Kristina was weak and fickle. She adopted, without examination, the judgments of others, especially those who had earned her esteem by the mere appearance of merit. While, carried away by her passion for letters, she studied with Saumaise or Vossius, she so obediently accepted their opinions that she invited to come to her court all those of whom they had said good to her. This was done for Bochart, the very old friend of Vossius. Having, therefore, on the advice of Bourdelot, shaken off the yoke of study and sought rest and distraction, she began to feel better and told everyone that she owed her doctor not only her health, but her life. Since then, she had such blind faith in this jester that she almost repented of being learned.

All this disturbed our journey a little, and caused Bochart, who had been called at first as insistently as if he had been a man of the other world, was not received with the respect that he deserved. We did not doubt that it was necessary to impute the shame to Bourdelot, from whom it was important, in his opinion, to keep the scholars away, lest the ignorance of which he knew himself to be attained would become more perceptible by comparison. This was probably the only reason for Vossius' savage dismissal.

The Queen had a horror of marriage and was trying to make me share her feelings. As she was jesting and free in her remarks, she related that she had read in Pausanias that a man of Argos, of the same name as myself, had surprised his wife in adultery; that it did not augur well for me, and that I must take care that it did not happen to me. I replied that this example had nothing to cause me worry about, since the husband in question avenged himself, killing his wife and the accomplice; that, besides, our names did not agree at all, the Argive being called Υήττov, a name which I rejected with contempt, and I was Υίτιoν, which is one of the nicknames of Jupiter (Pluvius, of rain).

Notwithstanding this distressing abandonment of the letters on the part of the Queen, her library did not fail to be augmented by a considerable number of excellent books which poured in from all sides. In addition to those which Gustav Adolf had brought to Sweden, among the loot taken from Germany, had come those which had been bought from the Mazarin library, as well as the library of Johannes Gerardus Vossius, which had been very dear to his son Isaac. There was also the library of Petau, formed entirely of Greek and Latin manuscripts; that of Gaulmin, all composed of Hebrew, Arabic and other languages ​​of this kind, which was however sent back to Gaulmin, who wanted an unbelievable price. Isaac Vossius had also brought several good manuscripts which he had collected in different countries of Europe with the greatest care. He was experienced especially in the Greek language, quite considerable and ancient, which contained some volumes of Origen's commentaries on St. Matthew, and also his treatise on prayer. Having heard that this volume came from Vossius, and having asked the latter where he had gotten it, and what he had done since my departure from Sweden, he replied that it came from the looting of the Worms library, and that it had come into his possession, after having been bought soldiers at cheap prices. At the insistence of Bochart, I procured this volume and had it copied immediately with the Queen's permission. From there comes my edition of Origen's comments, which I published a few years later.


Above: Kristina.


Above: Bishop Huet.