Thursday, November 24, 2022

Letter to Kristina from Monsieur Bonnesobres warning her against Pierre Bourdelot, dated March 25/April 4 (New Style), 1653

Sources:

Cabinet historique: revue mensuelle, volume 4, page 108, published by the Bureau of the Historical Cabinet, 1858


Les amis d'Holstenius IV: Les petits correspondants; lettres et documents divers (appendix), III: Documents littéraires sur Christine de Suède, article written by Léon Gabriel Pélissier for Revue des langues romanes: quatrième série, tome cinquième, page 528, published by the Society for the Study of the Romance Languages, 1891


The letter (fixed the year typo):

Madame,
Monsieur Bourdelot ne se contente pas de mal traitter presque tous les officiers de Vostre Majesté par la violente domination qu'il exerce sur eux, soubz ombre que Vostre Majesté le regarde favorablement. Il est venu jusques-là avec moi que de m'offenser par des parolles injurieuses en ma personne et en mon honneur; et s'il plaist à Vostre Majesté d'apprendre la source de nos différends, — c'est, Madame, que M. Bourdelot a une haine enragée contre moi depuis que je lui refusai d'estre son espion auprès de Vostre Majesté, ainsi que peuvent estre quelques autres qui l'approchent.

Peu de temps après que je fus venu, il me dit qu'il me falloit trouver continuellement au lever de Vostre Majesté pour la voir desjeuner, estre présent à son disner et au souper pour lui en faire rapport, et me donnoit à entendre que c'estoit du commandement de Vostre Majesté. Je satisfis à ses ordres ponctuellement comme il m'avoit prescrit innocemment, toutefois, en pensant bien faire, sans songer à la politique, jusqu'à ce qu'ayant remarqué qu'il me mettoit à la question en m'interrogeant et me demandant qui estoit à la chambre, qui avoit parlé à Vostre Majesté, et qui j'avois laissé auprès d'elle, et qu'il ne se servoit de moi que pour satisfaire sa politique et non pas la médecine, je lui dis nettement que je ne pouvois faire cela plus longtemps et qu'absolument je ne le ferois plus. Là-dessus, Madame, me respondit en ces propres termes: «Je ne vous ay pas fait venir que pour faire ce que je voudrois! Je suis vostre Dieu et c'est de moi que vous devez tout espérer: vous devez continuer, et la reine s'accoustumera à vous voir en sa chambre comme un pilier de fenestre.»

Je lui ay repliqué une seconde fois que je le croiois encore plus puissant qu'il ne se disoit, mais que je n'en ferois rien, si Vostre Majesté ne me le commandoit elle mesme; que je n'estois venu ici que pour faire des médecines, et que ce n'estoit pas là mon mestier.

Depuis, Madame, il a esté dans une colère irréconciliable contre moi, et m'a fait cent indignitez avec des injures insupportables à un homme d'honneur, en présence de personnes de qualité, qui seroient honteuses à dire; je ne suis pas de condition à estre traité indignement et impérieusement par cet homme-là. Je supplie donc très-humblement Vostre Majesté de me faire justice et plus tost que de faire du bruit davantage contre une personne qui a tant de crédit dans la cour de Vostre Majesté, où il veut que l'on croye qu'il est le tout puissant, je la supplie, avec tout respect et humilité, de me permettre que je me retire, ne pouvant plus servir sous les ordres d'un homme si malin et si plein d'artifices. Il n'a besoin que de petites gens pour en disposer à sa volonté comme des valets, ce qu'il ne peut jamais prétendre d'un homme d'honneur, de quoi j'ai fait toute ma vie profession.

Je ne suis à la vérité que le fils d'un apothicaire, mais lui-même ne l'est que d'un chirurgien de la ville de Sens, qui s'appeloit Michon, et non pas Bourdelot, comme il se tiltre. Je sçai bien mon mestier, graces à Dieu, Madame: il en a quelque cognoissance, et sans vanité je l'ai fait partout avec réputation et estime de ceux qui l'entendent. Peut-estre s'en faut-il beaucoup qu'il ne sache aussi bien le sien, et s'il plaist à Vostre Majesté s'en donner le divertissement, je suis prest de le convaincre d'ignorance en beaucoup de choses qui regardent la profession, en présence de ceux qui en peuvent juger. Il a eu, à la vérité, la gloire d'avoir fait quelques belles cures à Bourdeaux, mais elles m'estoient [dues] plus tost qu'à luy, car je luy puis maintenir devant Vostre Majesté que je lui ai enseigné et fait les remèdes.

Il sçait bien luy-mesme qu'il m'a fait la cour pendant plus de deux ans en divers temps, pour s'informer et instruire de mille choses de médecine qu'il ne savoit pas et qu'il ne sçait encore que par ouï dire, ne sachant de tout cet art que l'escorce, qui lui sert pour s'introduire et faire le rat de cour. Je suis asseuré, Madame, que Vostre Majesté trouvera que je suis véritable.
Le 4 avril 1653.
BONNESOBRES.

With modernised spelling:

Madame,
Monsieur Bourdelot ne se contente pas de mal traiter presque tous les officiers de Votre Majesté par la violente domination qu'il exerce sur eux, sous ombre que Votre Majesté le regarde favorablement. Il est venu jusque-là avec moi que de m'offenser par des paroles injurieuses en ma personne et en mon honneur; et s'il plaît à Votre Majesté d'apprendre la source de nos différends, — c'est, Madame, que M. Bourdelot a une haine enragée contre moi depuis que je lui refusai d'être son épion auprès de Votre Majesté, ainsi que peuvent être quelques autres qui l'approchent.

Peu de temps après que je fus venu, il me dit qu'il me fallait trouver continuellement au lever de Votre Majesté pour la voir déjeuner, être présent à son dîner et au souper pour lui en faire rapport, et me donnait à entendre que c'était du commandement de Votre Majesté. Je satisfis à ses ordres ponctuellement comme il m'avait prescrit innocemment, toutefois, en pensant bien faire, sans songer à la politique, jusqu'à ce qu'ayant remarqué qu'il me mettait à la question en m'interrogeant et me demandant qui était à la chambre, qui avait parlé à Votre Majesté, et qui j'avais laissé auprès d'elle, et qu'il ne se servait de moi que pour satisfaire sa politique et non pas la médecine, je lui dis nettement que je ne pouvais faire cela plus longtemps et qu'absolument je ne le ferais plus. Là-dessus, Madame, me répondit en ces propres termes: «Je ne vous ai pas fait venir que pour faire ce que je voudrais! Je suis votre Dieu et c'est de moi que vous devez tout espérer: vous devez continuer, et la reine s'accoutumera à vous voir en sa chambre comme un pilier de fenêtre.»

Je lui ai repliqué une seconde fois que je le croyais encore plus puissant qu'il ne se disait, mais que je n'en ferais rien, si Votre Majesté ne me le commandait elle-même; que je n'étais venu ici que pour faire des médecines, et que ce n'était pas là mon métier.

Depuis, Madame, il a été dans une colère irréconciliable contre moi, et m'a fait cent indignités avec des injures insupportables à un homme d'honneur, en présence de personnes de qualité, qui seraient honteuses à dire; je ne suis pas de condition à être traité indignement et impérieusement par cet homme-là. Je supplie donc très humblement Votre Majesté de me faire justice et plus tôt que de faire du bruit davantage contre une personne qui a tant de crédit dans la cour de Votre Majesté, où il veut que l'on croye qu'il est le tout puissant, je la supplie, avec tout respect et humilité, de me permettre que je me retire, ne pouvant plus servir sous les ordres d'un homme si malin et si plein d'artifices. Il n'a besoin que de petites gens pour en disposer à sa volonté comme des valets, ce qu'il ne peut jamais prétendre d'un homme d'honneur, de quoi j'ai fait toute ma vie profession.

Je ne suis à la vérité que le fils d'un apothicaire, mais lui-même ne l'est que d'un chirurgien de la ville de Sens, qui s'appelait Michon, et non pas Bourdelot, comme il se titre. Je sais bien mon métier, grâces à Dieu, Madame; il en a quelque connaissance, et sans vanité je l'ai fait partout avec réputation et estime de ceux qui l'entendent. Peut-être s'en faut-il beaucoup qu'il ne sache aussi bien le sien, et s'il plaît à Votre Majesté s'en donner le divertissement, je suis prêt de le convaincre d'ignorance en beaucoup de choses qui regardent la profession, en présence de ceux qui en peuvent juger. Il a eu, à la vérité, la gloire d'avoir fait quelques belles cures à Bourdeaux, mais elles m'étaient dues plutôt qu'à lui, car je lui puis maintenir devant Votre Majesté que je lui ai enseigné et fait les remèdes.

Il sait bien lui-même qu'il m'a fait la cour pendant plus de deux ans en divers temps, pour s'informer et instruire de mille choses de médecine qu'il ne savait pas et qu'il ne sait encore que par ouï dire, ne sachant de tout cet art que l'écorce, qui lui sert pour s'introduire et faire le rat de cour. Je suis assuré, Madame, que Votre Majesté trouvera que je suis véritable.
Le 4 avril 1653.
Bonnesobres.

Another transcript of the letter:

Madame,
M. Bourdelot ne se contente pas de maltraiter presque tous les officiers de V. M., par la violente domination qu'il exerce sur eux, sous ombre que V. M., le regarde favorablement. Il est venu jusques-là avec moi que de m'offenser par des parolles injurieuses en ma personne et en mon honneur, et s'il plaist à V. M. d'apprendre la source de notre différent, c'est, Madame, que M. Bourdelot a une haine enragée contre moi, depuis que je lui refusai d'estre son espion auprès de V. M., ainsi que peuvent être quelques autres qui l'approchent.

Peu de temps après que je fus venu, il me dit qu'il me falloit trouver continuellement au lever de V. M. pour la voir déjeusner, estre présent à son diner et au souper pour lui en faire rapport, et me donnoit à entendre que c'étoit du commandement de V. M. Je satisfis à ses ordres ponctuellement comme il m'avoit prescrit, innocemment toutesfois, en pensant bien faire, sans songer à sa politique, jusques à ce qu'ayant remarqué qu'il me mettait à la question en m'interrogeant, et me demandant «qui estoit à la chambre, qui avoit parlé à V. M., et qui j'avais laissé auprès d'elle», et qu'il ne se servoit de moi que pour satisfaire sa politique, et non pas la médecine, je lui dis nettement que je ne pouvois faire cela plus longtemps, et qu'absolument je ne le ferais plus. Là-dessus, Madame, me répondit en ces propres termes: «Je ne vous ai pas fait venir que pour faire ce que je voudrais. Je suis votre Dieu, et c'est de moi que vous devez tout espérer; vous devez continuer, et la reine s'accoustumera à vous voir en sa chambre comme un pilier de fenêtre.»

Je lui ai repliqué une seconde fois que je le croyais encore plus puissant qu'il ne se disait, mais que je n'en ferois rien, si V. M. ne me le commandait elle-mesme, que je n'estois venu ici que pour faire des médecines, et que ce n'estoit pas là mon mestier.

Du depuis, Madame, il a esté dans une colère irréconciliable contre moi, et m'a fait cent indignités avec des injures insupportables à un homme d'honneur, en présence de personnes de qualité, et qui seroient honteuses à dire. Je ne suis pas de condition à être traité indignement et impérieusement par cet homme-là.

Je supplie donc très-humblement V. M., de me faire justice; et plutôt que de faire du bruit davantage contre une personne qui a tant de crédit dans la cour de V. M., où il veut que l'on croye qu'il est le tout-puissant, je la supplie, avec tout respect et humilité, de me permettre que je me retire, ne pouvant plus servir sous les ordres d'un homme si malin et si plein d'artifices. Il n'a besoin que de petites gens pour en disposer à sa volonté comme de valets; ce qu'il ne peut jamais prétendre d'un homme d'honneur, de quoi j'ai fait toute ma vie profession.

Je ne suis à la vérité que le fils d'un apothicaire, mais lui-même ne l'est que d'un chirurgien qui s'appeloit Michon, et non pas Bourdelot, comme il se tiltre. Je sais bien mon mestier, grâce à Dieu, Madame; il en a quelque coignoissance, et, sans vanité, je l'ai fait partout avec réputation et estime de ceux qui l'entendent. Peut-être s'en faut-il beaucoup qu'il ne sache aussi bien le sien, et, s'il plaist à V. Majesté s'en donner le divertissement, je suis prest de le convaincre d'ignorance en beaucoup de choses qui regardent la profession, en présence de ceux qui en peuvent juger. Il a eu, à la vérité, la gloire d'avoir fait quelques belles cures à Bourdeaux, mais elles m'estoient deues plustot qu'à lui, car je puis lui maintenir devant V. M. que je lui ai enseigné et fait les remèdes.

Il sait bien lui mesme qu'il m'a fait la cour plus de deux ans en divers temps pour s'informer et instruire de moi de mille choses de médecine qu'il ne savait pas et qu'il ne sait encore que par ouï-dire, ne sachant de tout cet art que l'escorce, qui lui sert pour s'introduire et faire le rat de cour. Je suis assuré, Madame, que Votre Majesté trouvera que je suis véritable.
Le 4 avril 1653...

Swedish translation (my own):

Madam,
Monsieur Bourdelot nöjer sig inte med att behandla nästan alla Ers Majestäts officerare illa genom den våldsamma dominans han utövar över dem, under sken av att Ers Majestät betraktar honom gunstligen. Han har gått så långt med mig att han kränkt mig med förolämpande ord mot min person och mot min ära; och om det behagar Ers Majestät att ta reda på källan till våra meningsskiljaktigheter — det är, madam, att monsieur Bourdelot har haft ett häftigt hat mot mig sedan jag vägrade honom att vara hans spion på Ers Majestät, så kan det vara några andra som närmar sig Er.

Strax efter att jag kom sade han till mig att jag ständigt måste vara hos Ers Majestät när Ni står upp, för att se Er äta frukost, vara närvarande vid Er middag och kvällsmat för att rapportera det till honom, och han gav mig att förstå att det var under Ers Majestäts befäl. Jag följde hans order punktligt som han oskyldigt hade föreskrivit mig, men tänkte väl, utan att tänka på politik, tills jag märkte att han utfrågade mig genom att förhöra mig och fråga mig vem som var i kammaren, vem som hade talat med Ers Majestät, och vem jag hade lämnat hos Er, och att han bara använde mig för att tillfredsställa sin politik och inte medicin. Jag sade tydligt till honom att jag inte kunde göra det här längre och att jag absolut inte ville göra det igen. Han svarade mig därpå, madam, med dessa sina egna ord: »Jag förde Er inte hit bara för att göra vad jag ville! Jag är Er Gud, och det är från mig Ni måste hoppas på allt: Ni måste fortsätta, och drottningen kommer att vänja sig vid att se Er i sitt rum som en pelare i ett fönster.«

Jag svarade honom en andra gång, att jag trodde att han var ännu mäktigare än han sade till sig själv, men att jag inte skulle göra något åt ​​det, om Ers Majestät inte befallde mig att göra det själv; att jag bara hade kommit hit för att göra medicin, och det var inte mitt arbete.

Sedan dess, madam, har han varit i en oförsonlig vrede mot mig och gjort mig hundra förolämpningar med förolämpningar som är outhärdliga för en hedersman, i närvaro av personer av kvalitet, som skulle skämmas över att säga; jag är inte i något tillstånd att bli ovärdigt och ovärdigt behandlad av den mannen. Jag ber därför mycket ödmjukt Ers Majestät att göra mig rättvisa och förr än göra mera oväsen mot en person som har så mycket heder i Ers Majestäts hov, där han vill tros vara allsmäktig; jag ber Er med all respekt och ödmjukhet att tillåta mig att gå i pension, ty jag inte längre kan tjäna under order av en man så slug och så full av konstigheter. Han behöver bara små människor för att förfoga över dem efter hans vilja som tjänare, vilket han aldrig kan kräva av en hedersman, som jag har gjort bekännelse av i hela mitt liv.

Jag är i sanning bara son till en apotekare, men han är själv bara sonen av en kirurg från staden Sens, som kallades Michon, och inte Bourdelot, som han kallar sig själv. Jag kan mitt yrke väl, Gudi lov, madam; han har viss kunskap om det, och utan fåfänga har jag gjort det överallt med anseende och aktning från dem som hör det. Kanske är han mycket nära att känna sitt eget också, och om det behagar Ers Majestät underhålla Er med det, är jag beredd att döma honom för okunnighet i många saker som rör yrket, i närvaro av dem som kunna döma. Han hade i sanning äran att ha gjort några fina kurer i Bourdeaux, men de berodde på mig snarare än på honom, för jag kan tala om för honom inför Ers Majestät att jag lärde honom och utförde botemedel.

Han vet väl själv att han har ställt mig i domstol i mer än två år vid olika tillfällen, för att informera sig själv och instruera om tusen saker inom medicin som han inte visste och som han fortfarande bara vet genom hörsägen, bara medveten om skällan av all denna konst, som tjänar honom att presentera sig själv och spela hovråtta. Jag försäkrar mig själv, madam, att Ers Majestät kommer att finna att jag är äkta.
Den 4 april 1653.
Bonnesobres.

English translation (my own):

Madame,
Monsieur Bourdelot is not content with treating almost all of Your Majesty's officers badly by the violent domination he exercises over them, under the guise that Your Majesty regards him favourably. He has gone so far with me as to offend me with insulting words to my person and to my honor; and if it pleases Your Majesty to learn the source of our disagreements — it is, Madame, that Monsieur Bourdelot has had a rabid hatred for me since I refused him to be his spy on Your Majesty, thus can be some others who approach you.

Shortly after I came, he told me that I must be continually by Your Majesty when you get up, to see you have breakfast, to be present at your dinner and supper so as to report it to him, and he gave me to understand that it was was under Your Majesty's command. I complied with his orders punctually as he had innocently prescribed to me, however, thinking well, without thinking of politics, until I noticed that he was questioning me by interrogating me and asking me who was in the chamber, who had spoken to Your Majesty, and who I had left with you, and that he only used me to satisfy his politics and not medicine. I told him clearly that I could not do this any longer and that I absolutely would not do it again. He thereupon, Madame, answered me in these his own words: "I did not bring you here just to do what I wanted! I am your God, and it is from me that you must hope for everything: you must continue, and the Queen will grow accustomed to seeing you in her room like a pillar in a window."

I replied to him a second time that I believed him to be even more powerful than he said to himself, but that I would do nothing about it, if Your Majesty did not order me to do so yourself; that I had only come here to do medicine, and that was not my job.

Since then, Madame, he has been in an irreconcilable anger against me, and has done me a hundred indignities with insults intolerable to a man of honour, in the presence of persons of quality, who would be ashamed to say; I am in no condition to be treated unworthily and imperiously by that man. I therefore very humbly beg Your Majesty to do me justice and sooner than make more noise against a person who has so much credit in Your Majesty's court, where he wants to be believed to be all-powerful; I beg you, with all respect and humility, to allow me to retire, being no longer able to serve under the orders of a man so clever and so full of artifices. He only needs little people to dispose of them at his will like servants, which he can never claim from a man of honour, of which I have made profession all my life.

I am in truth only the son of an apothecary, but he himself is only that of a surgeon from the town of Sens, who was called Michon, and not Bourdelot, as he calls himself. I know my trade well, thank God, Madame; he has some knowledge of it, and without vanity I have done it everywhere with reputation and esteem from those who hear it. Perhaps he is very close to knowing his own as well, and if it pleases Your Majesty entertain yourself with it, I am ready to convict him of ignorance in many things that concern the profession, in the presence of those who can judge. He had, in truth, the glory of having done some fine cures at Bourdeaux, but they were due to me rather than to him, for I can tell him in front of Your Majesty that I taught him and performed the remedies.

He knows well himself that he has paid court to me for more than two years at various times, to inform himself and instruct about a thousand things in medicine that he did not know and that he still only knows through hearsay, knowing only the bark of all this art, which serves him to introduce himself and play court rat. I assure myself, Madame, that Your Majesty will find that I am genuine.
April 4, 1653.
Bonnesobres.


Above: Kristina.


Above: Pierre Bourdelot.

René Descartes' letter to Pierre Hector Chanut, dated May 1648

Sources:

Lettres de Mr Descartes, volume 1, pages 132 to 133, published by Charles Angot, 1667


Œuvres de Descartes, correspondance V: mai 1647-février 1650, page 182, published by Charles Adam and Paul Tannery, 1903


Från stoicism till mystik: Studier i drottning Kristinas maximer, page 136, by Sven Stolpe, 1959

The letter:

Monsieur,
Vous mesurez merueilleusement bien les temps, car iustement i'ay trouué à la Haye, lors que i'estois en chemin pour venir icy, la lettre que vous vouliez que ie pusse receuoir auant mon partement de Hollande. Elle vint seulement en cela trop tard, que, m'estant proposé de partir le iour mesme qu'on me la rendit, ie fus contraint de differer ma réponse iusqu'à mon arriuée en cette ville. I'ay eu cependant tout le loisir de repasser par mon imagination la belle description que vous faites de cette chasse, où l'on porte des liures, & où vous me donnez esperance que mon écrit aura cette prerogatiue, au dessus de beaucoup d'autres, d'estre reueu par la Reine de Suede. La grande estime que ie fais de l'esprit de cette incomparable Princesse, me donne suiet d'apprehender que cét écrit ne luy puisse plaire, puis qu'ayant déia pris la peine de le voir, ainsi que vous me mandez qu'elle a fait, elle n'a pas voulu neantmoins vous en dire encore son sentiment. Mais ie me console sur ce que vous adioutez, qu'elle s'est proposée de le reuoir: car elle ne daigneroit pas s'arrester à cela, si elle n'y auoit rien trouué qu'elle approuuast. Et ie me flatte de cette opinion, que c'est plustost l'ordre, l'agencement & les ornemens de l'élocution qui y manquent, que non pas la verité des pensées; ce qui me fait esperer plus d'approbation de la seconde lecture que de la premiere. Vous direz peut-estre que ie me donne en cecy trop de vanité. Mais ie vous prie d'en attribuer la faute à l'air de Paris, plutost qu'à mon inclination: car ie croy vous auoir déia dit autrefois, que cét air me dispose à conceuoir des chymeres, au lieu de pensées de Philosophe. I'y voy tant d'autres personnes qui se trompent en leurs opinions & en leurs calculs, qu'il me semble que c'est vne maladie vniuerselle. L'innocence du desert d'où ie viens me plaisoit beaucoup dauantage, & ie ne croy pas que ie puisse m'empescher d'y retourner dans peu de temps. Mais en quelque lieu du monde que ie sois, ie vous prie de croire que vous y aurez, &c.

With modernised spelling:

Monsieur,
Vous mesurez merveilleusement bien les temps, car justement j'ai trouvé à la Haye, lorsque j'étais en chemin pour venir ici, la lettre que vous vouliez que je pusse recevoir avant mon partement de Hollande. Elle vint seulement en cela trop tard que, m'étant proposé de partir le jour-même qu'on me la rendit, je fus contraint de différer ma réponse jusqu'à mon arrivée en cette ville. J'ai eu cependant tout le loisir de repasser par mon imagination la belle description que vous faites de cette chasse, où l'on porte des livres, et où vous me donnez espérance que mon écrit aura cette prérogative, au-dessus de beaucoup d'autres, d'être revu par la Reine de Suède. La grande estime que je fais de l'esprit de cette incomparable princesse me donne sujet d'appréhender que cet écrit ne lui puisse plaire, puisqu'ayant déjà pris la peine de le voir, ainsi que vous me mandez qu'elle a fait, elle n'a pas voulu néanmoins vous en dire encore son sentiment. Mais je me console sur ce que vous ajoutez, qu'elle s'est proposée de le revoir; car elle ne daignerait pas s'arrêter à cela, si elle n'y avait rien trouvé qu'elle approuvât. Et je me flatte de cette opinion, que c'est plutôt l'ordre, l'agencement et les ornements de l'élocution qui y manquent, que non pas la vérité des pensées; ce qui me fait espérer plus d'approbation de la seconde lecture que de la première. Vous direz peut-être que je me donne en ceci trop de vanité. Mais je vous prie d'en attribuer la faute à l'air de Paris plutôt qu'à mon inclination, car je crois vous avoir déjà dit autrefois que cet air me dispose à concevoir des chimères au lieu de pensées de Philosophe. J'y vois tant d'autres personnes qui se trompent en leurs opinions et en leurs calculs qu'il me semble que c'est une maladie universelle. L'innocence du désert d'où je viens me plaisait beaucoup davantage, et je ne crois pas que je puisse m'empêcher d'y retourner dans peu de temps. Mais en quelque lieu du monde que je sois, je vous prie de croire que vous y aurez, etc.

Swedish translation (my own):

Monsieur,
Ni mäter tiden förunderligt väl, ty jag råkade hitta i Haag, när jag var på väg hit, det brev som Ni ville att jag skulle få innan min avresa från Holland. Det kom bara in som för sent att jag, efter att ha föreslagit mig själv att lämna samma dag som den lämnades tillbaka till mig, var tvungen att skjuta upp mitt svar tills jag kom till denna stad. Jag hade dock gott om tid att i min fantasi gå igenom den vackra beskrivning Ni ger av denna chasse, där böcker bärs, och där Ni ger mig hopp om att mitt författarskap kommer att ha detta privilegium, framför många andra, att ses igen av Sveriges drottning. Den stora aktning jag hyser för denna makalösa prinsessans sinne ger mig anledning att inse att denna skrift kanske inte behagar henne, eftersom hon redan har gjort sig besväret att se den, som Ni säger mig att hon har gjort, hon inte ville berätta om hennes känslor om det ännu. Men jag tröstar mig med det Ni tillägger, att hon tänkte se det igen; ty hon skulle inte förmå sig att stanna vid det, om hon inte hade funnit något i det som hon godkände. Och jag smickrar mig med denna åsikt, att det snarare är ordningen, arrangemanget och utsmyckningarna av elokutionen som saknas där än tankarnas sanning, som får mig att hoppas på mer bifall från andra behandlingen än från första. Ni kommer kanske att säga att jag ger mig själv för mycket fåfänga i detta. Men jag ber er att hänföra felet till Paris-luften snarare än till min böjelse, ty jag tror att jag redan tidigare har berättat för Er att denna luft får mig att föreställa mig chimärer istället för en Filosofs tankar. Jag ser så många andra människor som har fel i sina åsikter och sina beräkningar att det verkar som om det är en allmän sjukdom. Jag tyckte mycket mer om oskulden i öknen där jag kommer ifrån, och jag tror inte att jag kan hjälpa att åka tillbaka dit snart. Men var jag än är i världen ber jag Er att tro att Ni skall få, osv.

English translation (my own):

Monsieur,
You measure time marvellously well, for I happened to find at The Hague, when I was on my way here, the letter which you wanted me to receive before my departure from Holland. It only came in that too late that, I having proposed to myself to leave the very day that it was returned to me, I was constrained to defer my reply until my arrival in this town. However, I had plenty of time to go over in my imagination the beautiful description you give of this chasse, where books are carried, and where you give me hope that my writing will have this prerogative, above many others, to be seen again by the Queen of Sweden. The great esteem I have for the mind of this incomparable princess gives me reason to apprehend that this writing may not please her, since, her having already taken the trouble to see it, as you tell me she has done, she did not want to tell you her feelings about it yet. But I console myself with what you add, that she intended to see it again; for she would not deign to stop at that if she had not found anything in it that she approved of. And I flatter myself with this opinion, that it is rather the order, the arrangement and the ornaments of the elocution which are lacking there than the truth of the thoughts, which makes me hope for more approval from the second reading than from the first. You will perhaps say that I give myself too much vanity in this. But I beg you to attribute the fault to the air of Paris rather than to my inclination, for I believe I have already told you in the past that this air disposes me to conceive chimeras instead of the thoughts of a Philosopher. I see so many other people who are mistaken in their opinions and their calculations that it seems to me that it is a universal disease. I liked the innocence of the desert where I come from much more, and I do not think I can help going back there soon. But wherever I am in the world, I beg you to believe that you will have, etc.


Above: Kristina.


Above: René Descartes.

Note: Descartes wrote this letter while he was at Clerselier.

Henri Brasset's letter to René Descartes, dated April 20/30 (New Style), 1648

Source:

Œuvres de Descartes, correspondance V: mai 1647-février 1650, page 179, published by Charles Adam and Paul Tannery, 1903


The mentioned letter by Chanut is printed on page 329 of the 4th volume.

The letter:

Monsieur,
Ie ferois scrupule de vous diuertir, si l'adresse de cette lettre de Monsieur Chanut ne m'en donnoit vne occasion pardonnable. S'il vous parle d'vn Panegyrique de la Reyne de Suede, ie preveoy que vous ferez tomber a ma charge le default de ne l'auoir point encores veu. Mais quand ie vous auray dict qu'il est depuis long tems sur la table de M. l'Amb[assadeur], vous estes si discret que vous ne luy en voudrez point de mal, & si iuste que vous m'excuserez facilement. De vouloir vous dire ce qui l'a destourné de passer la veüe sur cette piece qui represente les vertus d'vne Princesse qu'il reuere au dernier poinct, ce seroit vous prendre pour vn homme de l'autre monde qui ne sçauroit pas ce qui se passe en cettuy cy, où les affaires demandent vn attachement tout entier pour en considerer les estranges mysteres, & veoyr par quel biayz on les peut attraper pour les desmeler. ...

With modernised spelling:

Monsieur,
Je ferais scrupule de vous divertir si l'adresse de cette lettre de Monsieur Chanut ne m'en donnait une occasion pardonnable. S'il vous parle d'un panégyrique de la Reine de Suède, je prévois que vous ferez tomber à ma charge le défaut de ne l'avoir point encore vu. Mais quand je vous aurai dit qu'il est depuis longtemps sur la table de M. l'Ambassadeur, vous êtes si discret que vous ne lui en voudrez point de mal, et si juste que vous m'excuserez facilement. De vouloir vous dire ce qui l'a détourné de passer la vue sur cette pièce qui représente les vertus d'une princesse qu'il révère au dernier point, ce serait vous prendre pour un homme de l'autre monde qui ne saurait pas ce qui se passe en cette-ci, où les affaires demandent un attachement tout entier pour en considérer les étranges mystères, et voir par quel biais on les peut attraper pour les démêler. ...

Swedish translation (my own):

Monsieur,
Jag skulle ha skrupler om att avleda Er om adressen till detta brev från monsieur Chanut inte gav mig en förlåtlig möjlighet. Om han talar till Er om en panegyrik om Sveriges drottning, förutser jag att Ni kommer att göra felet att inte ha sett det ännu falla på mig. Men när jag har berättat att det har legat på ambassadörens bord länge, är Ni ju så diskret att Ni inte kommer att hålla det emot honom, och Ni är ju så rättvis att Ni lätt kommer att ursäkta mig. Att vilja berätta för Er vad som avskräckte honom från att ignorera detta stycke som representerar dygderna hos en prinsessa som han vördar i högsta grad vore att ta Er för en man från den andra världen som inte skulle veta vad som sker i den här, där affärer kräver en hel anknytning för att överväga dess märkliga mysterier, och för att se med vilka medel man kan fånga dem för att reda ut dem. ...

English translation (my own):

Monsieur,
I would have scruples about diverting you if the address of this letter from Monsieur Chanut did not give me a pardonable opportunity. If he speaks to you of a panegyric about the Queen of Sweden, I foresee that you will make the fault of not having seen it yet fall upon me. But when I have told you that it has been on the Ambassador's table for a long time, you are so discreet that you will not hold it against him, and you are so just that you will easily excuse me. To want to tell you what dissuaded him from ignoring this piece which represents the virtues of a princess whom he reveres to the greatest degree would be to take you for a man from the other world who would not know what what is happening in this one, where affairs require an entire attachment to consider its strange mysteries, and to see by what means one can catch them in order to unravel them. ...

René Descartes' letter to Pierre Hector Chanut, dated February 11/21 (New Style), 1648

Sources:

Lettres de Mr Descartes, volume 1, pages 126 to 128, published by Charles Angot, 1667


Œuvres de Descartes, correspondance V: mai 1647-février 1650, page 129, published by Charles Adam and Paul Tannery, 1903


Från stoicism till mystik: Studier i drottning Kristinas maximer, page 136, by Sven Stolpe, 1959

Christina, Queen of Sweden: The Restless Life of a European Eccentric, page 109, by Veronica Buckley, 2004

The letter:

Monsieur,
Il faut que ie vous die que ie suis marry du trop fauorable accueil que vous auez procuré aux écrits que ie vous auois enuoyez pour la Reine de Suede. Car i'ay peur que sa Maiesté, n'y trouuant rien, en les lisant, qui corresponde à l'esperance que vous luy en auez fait auoir, en ait d'autant moins bonne opinion, qu'elle l'aura eüe meilleure auparauant. I'ay encore vn autre déplaisir, qui est que, puisque mon pacquet a esté retenu trois semaines à Amsterdam (ce que i'ay sceu estre arriué pource qu'on pensoit le deuoir enuoyer par mer & qu'on en attendoit l'occasion), ie regrette de n'auoir pas employé ce temps-là pour tascher d'écrire quelque chose qui fust moins indigne d'vn si bon accueil. Car, encore que i'aye tasché de faire mon mieux, toutesfois les secondes pensées ont coutume d'estre plus nettes que les premieres, & ie m'estois hasté en faisant cette dépesche, pour témoigner, au moins par ma promptitude, combien i'estois desireux d'obeïr à vn commandement, que ie cherissois comme le plus grand honneur que ie puisse receuoir. Voila, M[onsieur], tous les suiets de tristesse que ie puisse imaginer, afin de moderer l'extréme ioye que i'ay d'aprendre que cette grande Reine veüille lire & considerer à loisir les écrits que i'ay enuoyez. Car i'ose me promettre que, si elle gouste les pensées qu'ils contiennent, elles ne seront pas infructueuses, & pource qu'elle est l'vne des plus importantes personnes de la terre, que cela mesme peut n'estre pas inutile au public. Il me semble auoir trouué par experience que la consideration de ces pensées fortifie l'esprit en l'exercice de la vertu, & qu'elle sert plus à nous rendre heureux, qu'aucune autre chose qui soit au monde. Mais il n'est pas possible que ie les aye assez bien exprimées, pour faire qu'elles paroissent aux autres comme à moy. Et i'ay vn desir extréme d'aprendre quel iugement en fera sa Maiesté, mais particulierement aussi quel sera le vostre. La parole a beaucoup plus de force pour persuader que l'écriture, & ie ne doute point que vous ne luy en fassiez aysément auoir les mesmes sentimens que vous aurez, au moins s'ils sont à mon auantage; car l'affection dont vous me donnez tous les iours des preuues, m'assure que vous ne luy en voudriez pas faire auoir d'autres.

Ie seray bien-aise de voir la harangue de M. F[reinshemius], à cause de la matiere dont il traite, & ie ne manqueray pas de la demander à M. Brasset lors qu'il l'aura receuë.

Au reste, ie me propose d'aller à Paris au commencement du mois prochain. Ie pourrois dire que, pour mon interest, ie ne souhaite pas d'auoir si-tost l'honneur de vous y voir, à cause des faueurs que vous me procurez au lieu où vous estes; mais ie n'ay iamais aucun égard à moy, lors qu'il peut y aller du contentement de mes amis. Et i'auouë que ie ne souhaiterois pas vn employ penible, qui m'ostast le loisir de cultiuer mon esprit, encore que cela fust recompensé par beaucoup d'honneur & de profit. Ie diray seulement qu'il ne me semble pas que le vostre soit du nombre de ceux qui ostent le loisir de cultiuer son esprit; au contraire, ie croy qu'il vous en donne les occasions, en ce que vous estes auprés d'vne Reine qui en a beaucoup, & qu'il ne faut pas auoir manque d'adresse pour satisfaire entierement à ses maistres, agréer à ceux vers lesquels on est enuoyé, & ne ioüer cependant aucun autre personnage que celuy d'vn homme d'honneur, ainsi que ie m'assure que vous faites. On peut tousiours tirer beaucoup de satisfaction de ce qu'on occupe son esprit en des choses difficiles, lors qu'on y reüssit, encore qu'on ne l'occupe pas aux mesmes choses qu'on auroit peut-estre choisies, si on en auoit eu la liberté. Le vostre estant propre à tout, ie ne doute point que vous ne tiriez beaucoup de satisfaction d'vn employ dont vous vous acquitez si bien. Si pourtant vous aprochiez du temps de vostre retraite, & que vous reuinsiez bien-tost à Paris, ie serois rauy d'auoir l'honneur de vous y voir. Que si vous faites encore quelque seiour au lieu où vous estes, ie me consoleray sur ce que i'espere que vous continüerez à me procurer la bien-veillance de cette grande Reine, pour les vertus de laquelle vous m'auez fait auoir beaucoup de veneration & de zele. Ie suis, &c.
D'Egmond, le 21 Feurier 1648.

With modernised spelling:

Monsieur,
Il faut que je vous die que je suis marri du trop favorable accueil que vous avez procuré aux écrits que je vous avais envoyés pour la Reine de Suède, car j'ai peur que Sa Majesté, n'y trouvant rien, en les lisant, qui corresponde à l'espérance que vous lui en avez fait avoir, en ait d'autant moins bonne opinion qu'elle l'aura eue meilleure auparavant. J'ai encore un autre déplaisir, qui est que, puisque mon paquet a été retenu trois semaines à Amsterdam (ce que j'ai su être arrivé pource qu'on pensait le devoir envoyer par mer et qu'on en attendait l'occasion), je regrette de n'avoir pas employé ce temps-là pour tâcher d'écrire quelque chose qui fut moins indigne d'un si bon accueil. Car, encore que j'aie tâché de faire mon mieux, toutefois les secondes pensées ont coutume d'être plus nettes que les premières; et je m'étais hâté en faisant cette dépêche, pour témoigner, au moins par ma promptitude, combien j'étais désireux d'obéir à un commandement que je chérissais comme le plus grand honneur que je puisse recevoir. Voilà, Monsieur, tous les sujets de tristesse que je puisse imaginer, afin de modérer l'extrême joie que j'ai d'apprendre que cette grande Reine veuille lire et considérer à loisir les écrits que j'ai envoyés; car j'ose me promettre que, si elle goûte les pensées qu'ils contiennent, elles ne seront pas infructueuses; et pource qu'elle est l'une des plus importantes personnes de la terre, que cela même peut n'être pas inutile au public. Il me semble avoir trouvé par expérience que la considération de ces pensées fortifie l'esprit en l'exercice de la vertu, et qu'elle sert plus à nous rendre heureux qu'aucune autre chose qui soit au monde. Mais il n'est pas possible que je les aie assez bien exprimées, pour faire qu'elles paraissent aux autres comme à moi. Et j'ai un désir extrême d'apprendre quel jugement en fera Sa Majesté, mais particulièrement aussi quel sera le vôtre. La parole a beaucoup plus de force pour persuader que l'écriture, et je ne doute point que vous ne lui en fassiez aisément avoir les mêmes sentiments que vous aurez, au moins s'ils sont à mon avantage; car l'affection dont vous me donnez tous les jours des preuves m'assure que vous ne lui en voudriez pas faire avoir d'autres.

Je serai bien-aise de voir la harangue de M. Freinshemius, à cause de la matière dont il traite, et je ne manquerai pas de la demander à M. Brasset lorsqu'il l'aura reçue.

Au reste, je me propose d'aller à Paris au commencement du mois prochain. Je pourrais dire que, pour mon intérêt, je ne souhaite pas d'avoir si tôt l'honneur de vous y voir, à cause des faveurs que vous me procurez au lieu où vous êtes; mais je n'ai jamais aucun égard à moi lorsqu'il peut y aller du contentement de mes amis. Et j'avoue que je ne souhaiterais pas un emploi pénible qui m'ôtât le loisir de cultiver mon esprit, encore que cela fût récompensé par beaucoup d'honneur et de profit. Je dirai seulement qu'il ne me semble pas que le vôtre soit du nombre de ceux qui ôtent le loisir de cultiver son esprit; au contraire, je crois qu'il vous en donne les occasions, en ce que vous êtes auprès d'une Reine qui en a beaucoup, et qu'il ne faut pas avoir manqué d'adresse pour satisfaire entièrement à ses maîtres, agréer à ceux vers lesquels on est envoyé, et ne jouer cependant aucun autre personnage que celui d'un homme d'honneur, ainsi que je m'assure que vous faites. On peut toujours tirer beaucoup de satisfaction de ce qu'on occupe son esprit en des choses difficiles lorsqu'on y reussit, encore qu'on ne l'occupe pas aux mêmes choses qu'on aurait peut-être choisies, si on en avait eu la liberté. Le vôtre étant propre à tout, je ne doute point que vous ne tiriez beaucoup de satisfaction d'un emploi dont vous vous acquittez si bien. Si pourtant vous approchiez du temps de votre retraite, et que vous revinsiez bientôt à Paris, je serais ravi d'avoir l'honneur de vous y voir. Que si vous faites encore quelque séjour au lieu où vous êtes, je me consolerai sur ce que j'espère que vous continuerez à me procurer la bienveillance de cette grande Reine, pour les vertus de laquelle vous m'avez fait avoir beaucoup de vénération et de zèle. Je suis, etc.
D'Egmond, le 21 février 1648.

Swedish translation (my own):

Monsieur,
Jag måste säga Er att jag är bedrövad över det alltför gynnsamma mottagande Ni gav de skrifter som jag skickat till Er för Sveriges drottning, ty jag fruktar att Hennes Majestät, inte finnande något i dem vid läsningen av dem, vilket motsvarar hoppet att Ni har fått henne att ha det, har en mindre bra uppfattning om det, desto bättre kommer hon att ha haft den förut. Jag har fortfarande ett annat missnöje, vilket är att eftersom mitt paket hölls uppe i tre veckor i Amsterdam (vilket jag visste hade hänt eftersom man trodde att man måste skicka det sjövägen och man väntade på möjligheten), ångrar jag att jag inte fick använde den tiden till att försöka skriva något som var mindre ovärdigt ett så bra mottagande. Ty fastän jag har försökt göra mitt bästa, brukar de andra tankarna vara tydligare än de första; och jag hade skyndat mig att göra detta utskick, för att åtminstone genom min snabbhet visa hur ivrig jag var att lyda en befallning som jag omhuldade som den högsta ära jag kunde få. Dessa, monsieur, är alla de orsaker till sorg som jag kan föreställa mig, för att dämpa den extrema glädje jag har att få veta att denna stora drottning önskar läsa och på fritiden överväga de skrifter som jag har sänt; ty jag vågar lova mig själv att om hon smakar de tankar de innehåller, så blir de inte fruktlösa; och eftersom hon är ju en av de viktigaste människorna på jorden, så kanske inte ens det är värdelöst för allmänheten. Det förefaller mig som om jag av erfarenhet har funnit att hänsynen till dessa tankar stärker sinnet i utövandet av dygd, och att det gör mer för att göra oss lyckliga än något annat i världen. Men det är inte möjligt att jag har uttryckt dem tillräckligt bra för att få dem att framstå för andra som för mig. Och jag har en extrem önskan att förnimma vilken bedömning Hennes Majestät kommer att göra av det, men särskilt också vad den Er kommer att bli. Talet har mycket mer kraft att övertala än skrivandet, och jag tvivlar inte på att Ni lätt kommer att få henne att ha samma känslor som Ni, åtminstone om de är till min fördel; ty vars tillgivenhet Ni ger mig bevis varje dag försäkrar mig om att Ni inte vill att hon skall ha mer.

Jag vore glad att se herr Freinsheims harang, på grund av det ärende han sysslar med, och jag kommer inte att underlåta att be monsieur Brasset om det när han får det.

I övrigt föreslår jag mig själv att åka till Paris i början av nästa månad. Jag skulle kunna säga att jag för mitt eget intresse icke vill ha äran att se Er där så snart, på grund av de ynnest Ni skaffar mig på den plats där Ni är; men jag har aldrig någon respekt för mig själv när mina vänners tillfredsställelse kan stå på spel. Och jag erkänner att jag inte skulle önska mig en smärtsam sysselsättning som skulle beröva mig fritiden att odla mitt sinne, även om det skulle belönas med mycket ära och vinst. Jag skall bara säga att det inte förefaller mig som om den Er är bland dem som tar bort fritiden att odla sitt sinne; tvärtom, jag tror att det ger Er möjlighet att göra det, i det att Ni är tillsammans med en drottning som har många mot dem till vilka man är sänd, och ändå inte spelar någon annan karaktär än en hedersman, som jag är säker på att Ni gör. Man kan alltid få mycket tillfredsställelse av att sysselsätta sitt sinne med svåra saker när man lyckas med dem, även om man inte sysselsätter det med samma saker som man skulle ha valt om man hade haft friheten. Eftersom Ni är lämplig för allt, tvivlar jag inte på att Ni får mycket tillfredsställelse av en anställning som Ni frikänner Er själv så väl från. Om Ni emellertid närmar Er tidpunkten för Er reträtt, och skulle Ni snart återvända till Paris, skulle jag vara glad att få äran att se Er där. Om Ni fortfarande tillbringar någon tid på den plats där Ni är, skall jag trösta mig med det faktum att jag hoppas att Ni skall fortsätta att skaffa mig denna stora drottnings välvilja, för vars dygder Ni har gjort mig till stor vördnad och iver. Jag är, osv.
Egmond, den 21 februari 1648.

English translation (my own):

Monsieur,
I must tell you that I am saddened by the overly favourable reception you gave to the writings I had sent you for the Queen of Sweden, for I fear that Her Majesty, finding nothing in them, upon reading them, which corresponds to the hope that you have made her have of it, has a less good opinion of it, the better she will have had it before. I still have another displeasure, which is that, since my package was held up for three weeks in Amsterdam (which I knew had happened because one thought one had to send it by sea and one was waiting for the opportunity), I regret not having used that time to try to write something that was less unworthy of such a good reception. For, though I have tried to do my best, the second thoughts are wont to be clearer than the first; and I had hastened in making this dispatch, to show, at least by my promptness, how eager I was to obey a command which I cherished as the highest honour I could receive. These, Monsieur, are all the causes of sadness that I can imagine, in order to moderate the extreme joy that I have to learn that this great Queen wishes to read and consider at leisure the writings that I have sent; for I dare to promise myself that, if she tastes the thoughts they contain, they will not be fruitless; and because she is one of the most important people on earth, that even that may not be useless to the public. It seems to me that I have found by experience that the consideration of these thoughts strengthens the mind in the exercise of virtue, and that it does more to make us happy than anything else in the world. But it is not possible that I have expressed them well enough to make them appear to others as to me. And I have an extreme desire to learn what judgment Her Majesty will make of it, but particularly also what yours will be. Speech has much more power to persuade than writing, and I have no doubt that you will easily make her have the same feelings that you will, at least if they are to my advantage; for the affection of which you give me proofs every day assures me that you would not want her to have any more.

I would be glad to see Mr. Freinsheim's harangue, on account of the matter he deals with, and I will not fail to ask Monsieur Brasset for it when he receives it.

For the rest, I propose to myself to go to Paris at the beginning of next month. I could say that, for my own interest, I do not wish to have the honour of seeing you there so soon, because of the favours you procure for me in the place where you are; but I never have any respect for myself when my friends' satisfaction might be at stake. And I confess that I would not wish for a painful employ which would deprive me of the leisure of cultivating my mind, even though that would be rewarded with much honour and profit. I will only say that it does not seem to me that yours is among those who take away the leisure of cultivating one's mind; on the contrary, I believe that it gives you the opportunity to do so, in that you are with a Queen who has many toward those to whom one is sent, and yet to play no other character than that of a man of honour, as I am sure you do. One can always derive much satisfaction from occupying one's mind with difficult things when one succeeds in them, although one does not occupy it with the same things one might have chosen if one had had the liberty. Yours being suitable for everything, I have no doubt that you derive much satisfaction from an employ of which you acquit yourself so well. If, however, you are approaching the time of your retreat, and should you soon return to Paris, I should be delighted to have the honour of seeing you there. If you still spend some time in the place where you are, I will console myself with the fact that I hope you will continue to procure for me the benevolence of this great Queen, for whose virtues you have made me have great veneration and zeal. I am, etc.
Egmond, February 21, 1648.


Above: Kristina.


Above: René Descartes.

Note: In reality, Descartes did not leave until the beginning of May.

Henri Brasset's letter to René Descartes, dated November 24/December 4 (New Style), 1647

Source:

Œuvres de Descartes, correspondance V: mai 1647-février 1650, page 92, published by Charles Adam and Paul Tannery, 1903


The letter:

Monsieur,
Ie ne pretends pas troubler beaucoup les agreemens de vostre solitude: il n'est question que de l'adresse d'vne lettre cy ioincte de M. Chanut. S'il vous dict qu'il faict froid en Suede, vous pourrez luy rendre le change par ce que nous ressentons en Hollande. Ie voudrois bien que ce fust la plus grande incommodité de M. de la Thuillerie; ie viens de le laisser tout alteré dedans les hautz criz d'vne reprize de goutte, qui luy estropie la main droicte. Il est a plaindre dans ces violentes & frequentes recidiues. Vous ne doubterez pas qu'il ne souhaicte ardamment d'estre dans vn climat plus temperé, & que, pour cette raison, il n'attende auec impatience l'arriuee de son congé auec celle de M. son filz. ...

With modernised spelling:

Monsieur,
Je ne pretends pas troubler beaucoup les agréements de votre solitude; il n'est question que de l'adresse d'une lettre ci-jointe de M. Chanut. S'il vous dit qu'il fait froid en Suède, vous pourrez lui rendre le change par ce que nous ressentons en Hollande. Je voudrais bien que ce fût la plus grande incommodité de M. de la Thuillerie; je viens de le laisser tout altéré dedans les hauts cris d'une reprise de goutte, qui lui estropie la main droite. Il est a plaindre dans ces violentes et fréquentes récidives. Vous ne douterez pas qu'il ne souhaite ardemment d'être dans un climat plus tempéré, et que, pour cette raison, il n'attende avec impatience l'arrivée de son congé avec celle de M. son fils. ...

Swedish translation (my own):

Monsieur,
Jag låtsas inte störa bekvämligheten av Er ensamhet mycket; det finns endast hänvisning till adressen till ett bifogat brev från monsieur Chanut. Om han säger till Er att det är kallt i Sverige så kan Ni lura honom med hur vi har det i Holland. Jag önskar att det vore monsieur de la Thuilleries största besvär; jag har precis lämnat honom helt upprörd i de höga skriken av ett återupptagande av gikt, som förlamar hans högra hand. Man måste tycka synd om honom i dessa våldsamma och frekventa återfall. Ni kommer inte att tvivla på att han brinnande önskar att vara i ett mer tempererat klimat, och att han av denna anledning otåligt väntar på att hans avsked kommer, med sin sons. ...

English translation (my own):

Monsieur,
I do not pretend to disturb much the comforts of your solitude; there is only reference to the address of an enclosed letter from Monsieur Chanut. If he tells you it is cold in Sweden, you can fool him with how we feel in Holland. I wish it were Monsieur de la Thuillerie's greatest inconvenience; I have just left him completely upset in the loud screams of a resumption of gout, which cripples his right hand. He is to be pitied in these violent and frequent relapses. You will not doubt that he ardently wishes to be in a more temperate climate, and that, for this reason, he impatiently awaits the arrival of his leave, with that of his son. ...

René Descartes' letter to Princess Elisabeth of Bohemia, dated November 10/20 (New Style), 1647

Source:

Œuvres de Descartes, correspondance V: mai 1647-février 1650, page 89, published by Charles Adam and Paul Tannery, 1903


Descartes' letter to Kristina is here:


The letter:

Madame,
Puisque i'ay déia pris la liberté d'auertir vostre Altesse de la correspondance que i'ay commencé d'auoir en Suede, ie pense estre obligé de continuer, & de luy dire que i'ay receu depuis peu des lettres de l'amy que i'ay en ce païs-là, par lesquelles il m'aprend que, la Reine ayant esté à Vpsale, où est l'Academie du païs, elle auoit voulu entendre vne harangue du Professeur en l'eloquence, qu'il estime pour le plus habile & le plus raisonnable de cette Academie, & qu'elle luy auoit donné pour son suiet à discourir du Souuerain Bien de cette vie; mais qu'apres auoir ouy cette harangue, elle auoit dit que ces gens-là ne faisoient qu'efleurer les matieres, & qu'il en faudroit sçauoir mon opinion. A quoy il luy auoit répondu qu'il sçauoit que i'estois fort retenu à écrire de telles matieres; mais que, s'il plaisoit à sa Maiesté qu'il me la demandast de sa part, il ne croyoit pas que ie manquasse à tascher de luy satisfaire. Sur quoy elle luy auoit tres-expressement donné charge de me la demander, & luy auoit fait promettre qu'il m'en écriroit au prochain ordinaire; en sorte qu'il me conseille d'y répondre, & d'adresser ma lettre à la Reyne, à laquelle il la presentera, & dit qu'il est caution qu'elle sera bien receuë.

I'ay crû ne deuoir pas negliger cette occasion, & considerant que, lors qu'il m'a écrit cela, il ne pouuoit encore auoir receu la lettre où ie parlois de celles que i'ay eu l'honneur d'écrire à vostre Altesse touchant la mesme matiere, i'ay pensé que le dessein que i'auois eu en cela estoit failly, & qu'il le falloit prendre d'vn autre biais: c'est pourquoy i'ay écrit vne lettre à la Reyne, où, apres auoir mis briéuement mon opinion, i'adioute que i'obmets beaucoup de choses, parce que, me representant le nombre des affaires qui se rencontrent en la conduite d'vn grand Royaume, & dont sa Maiesté prend elle-mesme les soins, ie n'ose luy demander plus longue audiance; mais que i'enuoye à Monsieur Chanut quelques écrits, où i'ay mis mes sentimens plus au long touchant la mesme matiere, afin que, s'il luy plaist de les voir, il puisse les luy presenter.

Ces écrits que i'enuoye à Monsieur Chanut, sont les lettres que i'ay eu l'honneur d'écrire à vostre Altesse touchant le liure de Seneque de vita beata, iusques à la moitié de la sixiéme, où, apres auoir definy les Passions en general, ie mets que ie trouue de la difficulté à les dénombrer. En suite dequoy, ie luy enuoye aussi le petit Traitté des Passions, lequel i'ay eu assez de peine à faire transcrire sur vn broüillon fort confus que i'en auois gardé; & ie luy mande que ie ne le prie point de presenter d'abord ces écrits à la Reyne, pource que i'aurois peur de ne pas garder assez le respect que ie dois à sa Maiesté, si ie luy enuoyois des lettres que i'ay faites pour vne autre, plutost que de luy écrire à elle-mesme ce que ie pourray iuger luy estre agreable; mais que, s'il trouue bon de luy en parler, disant que c'est à luy que ie les ay enuoyées, & qu'apres cela elle desire de les voir, ie seray libre de ce scrupule; & que ie me suis persuadé qu'il luy sera peut-estre plus agreable de voir ce qui a esté ainsi écrit à vne autre, que s'il luy estoit adressé, pource qu'elle pourra s'assurer davantage que ie n'ay rien changé ou déguisé en sa consideration.

Ie n'ay pas iugé à propos d'y mettre rien de plus de vostre Altesse, ny mesme d'un exprimer le nom, lequel toutesfois il ne pourra ignorer à cause de mes lettres precedentes. Mais considerant que, nonobstant qu'il soit homme tres-vertueux & grand estimateur des personnes de merite, en sorte que ie ne doute point qu'il n'honore vostre Altesse autant qu'il doit, il ne m'en a toutesfois parlé que rarement en ses lettres, bien que ie luy en aye écrit quelque chose en toutes les miennes, i'ay pensé qu'il faisoit peut-estre scrupule d'en parler à la Reyne, pource qu'il ne sçait pas si cela plairoit ou déplairoit à ceux qui l'ont enuoyé. Mais, si i'ay d'oresnauant occasion de luy écrire à elle-mesme, ie n'auray pas besoin d'interprete; & le but que i'ay eu cette fois, en luy enuoyant ces écrits, est de tascher à faire qu'elle s'occupe dauantage à ces pensées, & que, si elles luy plaisent, ainsi qu'on me fait esperer, elle ait occasion d'en conferer auec vostre Altesse. De laquelle ie seray toute ma vie, &c.

With modernised spelling:

Madame,
Puisque j'ai déjà pris la liberté d'avertir Votre Altesse de la correspondance que j'ai commencé d'avoir en Suède, je pense être obligé de continuer et de lui dire que j'ai reçu depuis peu des lettres de l'ami que j'ai en ce pays-là, par lesquelles il m'apprend que la Reine ayant été à Upsale, où est l'Academie du pays, elle avait voulu entendre une harangue du professeur en l'éloquence, qu'il estime pour le plus habile et le plus raisonnable de cette Academie, et qu'elle lui avait donné pour son sujet à discourir du souverain bien de cette vie; mais qu'après avoir ouï cette harangue, elle avait dit que ces gens-là ne faisaient qu'éfleurer les matières et qu'il en faudrait savoir mon opinion. A quoi il lui avait répondu qu'il savait que j'étais fort retenu à écrire de telles matières; mais que, s'il plaisait à Sa Majesté qu'il me la demandât de sa part, il ne croyait pas que je manquasse à tâcher de lui satisfaire. Sur quoi elle lui avait très expressément donné charge de me la demander et lui avait fait promettre qu'il m'en écrirait au prochain ordinaire; en sorte qu'il me conseille d'y répondre, et d'adresser ma lettre à la Reine, à laquelle il la présentera, et dit qu'il est caution qu'elle sera bien reçue.

J'ai cru ne devoir pas négliger cette occasion, et considérant que lorsqu'il m'a écrit cela, il ne pouvait encore avoir reçu la lettre où je parlais de celles que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Altesse touchant la même matière, j'ai pensé que le dessein que j'avais eu en cela était failli, et qu'il le fallait prendre d'un autre biais. C'est pourquoi j'ai écrit une lettre à la Reine, où, après avoir mis brièvement mon opinion, j'ajoute que j'omets beaucoup de choses parce que, me représentant le nombre des affaires qui se rencontrent en la conduite d'un grand royaume, et dont Sa Majesté prend elle-même les soins, je n'ose lui demander plus longue audience; mais que j'envoie à Monsieur Chanut quelques écrits où j'ai mis mes sentiments plus au long touchant la même matière, afin que, s'il lui plaît de les voir, il puisse les lui présenter.

Ces écrits que j'envoie à Monsieur Chanut sont les lettres que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Altesse touchant le livre de Sénéque («De Vita Beata»), jusqu'à la moitié de la sixième, où, après avoir défini les passions en général, je mets que je trouve de la difficulté à les dénombrer. En suite dequoi, je lui envoie aussi le petit traité des passions, lequel j'ai eu assez de peine à faire transcrire sur un brouillon fort confus que j'en avais gardé; et je lui mande que je ne le prie point de présenter d'abord ces écrits à la Reine, pource que j'aurais peur de ne pas garder assez le respect que je dois à Sa Majesté, si je lui envoyais des lettres que j'ai faites pour une autre, plutôt que de lui écrire à elle-même ce que je pourrai juger lui être agréable; mais que, s'il trouve bon de lui en parler, disant que c'est à lui que je les ai envoyées, et qu'après cela elle désire de les voir, je serai libre de ce scrupule. Et que je me suis persuadé qu'il lui sera peut-être plus agréable de voir ce qui a été ainsi écrit à une autre que s'il lui était adressé, pource qu'elle pourra s'assurer davantage que je n'ai rien changé ou déguisé en sa considération.

Je n'ai pas jugé à propos d'y mettre rien de plus de Votre Altesse, ni même d'un exprimer le nom, lequel toutefois il ne pourra ignorer à cause de mes lettres précédentes. Mais considérant que, nonobstant qu'il soit homme très vertueux et grand estimateur des personnes de mérite, en sorte que je ne doute point qu'il n'honore Votre Altesse autant qu'il doit, il ne m'en a toutefois parlé que rarement en ses lettres, bien que je lui en aie écrit quelque chose en toutes les miennes, j'ai pensé qu'il faisait peut-être scrupule d'en parler à la Reine, pource qu'il ne sait pas si cela plairait ou déplairait à ceux qui l'ont envoyé. Mais, si j'ai dorénavant occasion de lui écrire à elle-même, je n'aurai pas besoin d'interprète; et le but que j'ai eu cette fois, en lui envoyant ces écrits, est de tâcher à faire qu'elle s'occupe davantage à ces pensées, et que, si elles lui plaisent, ainsi qu'on me fait espérer, elle ait occasion d'en conférer avec Votre Altesse, de laquelle je serai toute ma vie, etc.

Swedish translation (my own):

Madam,
Då jag redan tagit mig friheten att underrätta Ers Höghet om den korrespondens som jag börjat ha i Sverige, tror jag mig måste fortsätta och berätta att jag nyligen fått brev från den vän som jag har i det landet, varigenom jag han underrättar mig att drottningen varande i Uppsala, där det landets Akademi är, ville höra ett harang från professorn i vältalighet, som han aktar som den skickligaste och mest rimliga av denna Akademi, och som hon hade givit honom för sitt ämne att tala om den suveräna godheten i detta liv; men att hon efter att ha hört detta harang sagt att de här människorna bara kliade på ytan och att Ni borde veta min åsikt. Varpå han svarade att han visste att jag var mycket återhållsam från att skriva sådana saker; men att han, om det behagade Hennes Majestät att fråga mig å hans vägnar, inte trodde att jag skulle misslyckas med att försöka tillfredsställa honom. Varpå hon mycket uttryckligen hade instruerat honom att be mig om det och hade låtit honom lova att han skulle skriva till mig om det med nästa posten; så råder han mig att svara på det och rikta mitt brev till drottningen, för vilken han kommer att framlägga det, och säger att han är säker på att det kommer att bli väl mottaget.

Jag tänkte att jag inte skulle försumma detta tillfälle, och med tanke på att han, när han skrev detta till mig, ännu inte kunde ha fått det brev vari jag talade om dem som jag hade äran att skriva till Ers Höghet rörande samma sak, tyckte jag att dessängen jag hade haft däri var bristfällig, och att den måste tas från en annan vinkel. Det är därför jag har skrivit ett brev till drottningen, där jag, efter att kort ha uttryckt min åsikt, tillägger att jag utelämnar många saker, därför att jag representerar det antal affärer som möts av ett stort rikes uppförande, som Hennes Majestät själv sköter, vågar jag inte be henne om längre audiens; men att jag sänder till monsieur Chanut några skrifter, där jag mer utförligt lägger mina känslor rörande samma sak, så att han, om det behagar henne att se dem, kan presentera dem för henne.

Dessa skrifter som jag skickar till monsieur Chanut är de brev som jag hade äran att skriva till Ers Höghet angående Senecas bok (»De Vita Beata«), fram till mitten av den sjätte, där, efter att ha definierat passionerna i allmänhet säger jag att jag har svårt att räkna upp dem. Som ett resultat därav sände jag honom också den lilla avhandlingen om passionerna, som jag hade nog med svårighet att få transkriberat till ett mycket förvirrat utkast som jag hade behållit; och jag säger till honom att jag ber honom att inte presentera dessa skrifter för drottningen först, ty jag vore rädd för att inte i tillräcklig utsträckning behålla den respekt som jag är skyldig Hennes Majestät om jag skickade brev till henne som jag har gjort för en annan, snarare än att skriva för henne själv vad jag kan anse som behagligt för henne; men att, om han finner det lämpligt att tala med henne därom och säga att det är till honom som jag har sänt dem, och att hon därefter vill se dem, så skall jag bli fri från denna skrupul. Och att jag har övertygat mig själv om att det kanske blir trevligare för henne att se vad som sålunda skrivits till en annan än om det var riktat till henne, så att hon kan vara mer säker på att jag inte har ändrat eller förtäckt något för hennes hänsyn.

Jag har inte funnit det lämpligt att där sätta något mer om Ers Höghet, inte ens att uttrycka Ert namn, vilket han dock inte kommer att kunna bortse från på grund av mina tidigare brev. Men med tanke på det, oaktat han är en mycket dygdig man och en stor aktning av förtjänstpersoner, så att jag inte tvivlar på att han hedrar Ers Höghet så mycket som han borde, talade han likväl endast sällan till mig i sina brev, fastän jag har skrivit något av det till honom i alla mina, jag trodde att han kanske var noggrann med att nämna det för drottningen, ty han visste inte om det skulle behaga eller misshaga dem som skickade det. Men om jag har möjlighet att skriva till henne från och med nu, så behöver jag ingen tolk; och det syfte som jag denna gång hade när jag skickade henne dessa skrifter är att försöka få henne att sysselsätta sig mer med dessa tankar, och att hon, om de behagar henne, som jag förhoppas, kan få tillfälle att konferera med Ers Höghet, av vilka jag skall vara hela mitt liv, osv.

English translation (my own):

Madame,
As I have already taken the liberty of informing Your Highness of the correspondence which I have begun to have in Sweden, I think I must go on and tell you that I have recently received letters from the friend that I have in that country, by which he informs me that the Queen having been at Uppsala, where the Academy of that country is, she wanted to hear a harangue from the professor of eloquence, whom he esteems as the most skillful and the most reasonable of this Academy, and which she had given him for his subject to discourse on the sovereign good of this life; but that after having heard this harangue, she had said that these people were only scratching the surface and that you should know my opinion. To which he replied that he knew that I was very restrained from writing such matters; but that, if it pleased Her Majesty to ask me on his behalf, he did not believe that I would fail to try to satisfy him. Whereupon she had very expressly instructed him to ask me for it and had made him promise that he would write to me about it by the next ordinary; so he advises me to answer it and to address my letter to the Queen, to whom he will present it, and says that he is sure that it will be well received.

I thought I should not neglect this opportunity, and considering that, when he wrote this to me, he could not yet have received the letter in which I spoke of those which I had the honour of writing to Your Highness touching on the same matter, I thought that the design I had had in that was flawed, and that it had to be taken from another angle. That is why I have written a letter to the Queen, in which, after briefly stating my opinion, I add that I omit many things because, representing to myself the number of affairs which are met with in the conduct of a great kingdom, of which Her Majesty takes care herself, I dare not ask her for a longer audience; but that I send to Monsieur Chanut some writings where I put my feelings more at length touching the same matter, so that, if it pleases her to see them, he may present them to her.

These writings that I am sending to Monsieur Chanut are the letters that I had the honour of writing to Your Highness concerning Seneca's book ("De Vita Beata"), up to the middle of the sixth, where, after having defined the passions in general, I put that I find difficulty in enumerating them. As a result of which, I also sent him the little treatise on the passions, which I had enough difficulty in having transcribed into a very confused draft that I had kept; and I tell him that I ask him not to present these writings to the Queen first, for I would be afraid of not sufficiently keeping the respect that I owe to Her Majesty if I sent her letters that I have made for another, rather than writing to her herself what I may deem pleasing to her; but that, if he sees fit to speak to her about it, saying that it is to him that I have sent them, and that after that she wishes to see them, I shall be free from this scruple. And that I have persuaded myself that it will perhaps be more pleasant for her to see what has been thus written to another than if it were addressed to her, so that she can be more certain that I have changed or disguised nothing for her consideration.

I have not seen fit to put anything more about Your Highness there, nor even to express your name, which, however, he will not be able to ignore on account of my previous letters. But considering that, notwithstanding that he is a very virtuous man and a great esteemer of persons of merit, so that I have no doubt that he honours Your Highness as much as he should, he nevertheless spoke to me only rarely in his letters, although I have written something of it to him in all mine, I thought he was perhaps scrupulous about mentioning it to the Queen, for he did not know whether it would please or would displease those who sent it. But if I have the opportunity to write to her from now on, I will not need an interpreter; and the object which I had this time in sending her these writings is to try to make her occupy herself more with these thoughts, and that, if they please her, as I am led to hope, she may have occasion to confer with Your Highness, of whom I shall be all my life, etc.


Above: Kristina.


Above: René Descartes.


Above: Princess Elisabeth of Bohemia.

Wednesday, November 23, 2022

Kristina's letter to Francesco II Gallio, Duke of Alvito, written in October 1687

Sources:

Bibliothèque interuniversitaire (Montpellier); Manuscrits de la reine Christine; VI: Lettere a principi d'altezza e d'eccellenza; Lettere a principi d'eccellenza: lettere al Vice-re di Napoli; Lettre 351  Christine de Suède au duc d'Alvito, [s. l.], [s. d.] (digitisation page 305v-306r)


Christine (1626-1689 ; reine de Suède), Manuscrits de la reine Christine: Lettere a principi d'altezza e d'eccellenza, : , 1601-1700.

The Foli@ online digital heritage library is here:


Copyright SCDI-UPV - Collections Université de Montpellier (shelfmark H 258).

Mémoires concernant Christine, reine de Suède, volume 4, page 85, compiled and edited by Johan Arckenholtz, 1760; original at the University of Michigan




The letter (this transcript added after receiving permission and guidance on March 19, 2024 from Elizabeth Denton, the Head of the Collection of Patrimonial Documents):

Sig[nor]e duca d'Aluito. Compatisco la V[ost]ra disgrazia con tutto l'animo; Vi hò p[er]ò raccomandato al Conte di Fonsalida, ed al S[igno]r Duca di Mantova nella conformità che hauete desiderato[.] Piaccia à Dio che i miei vffizij vi siano cosi vtili com'io bramo, e Voi meritate assicurandovi che non vi mancarà la mia protezzione ne in questa, ne in ogni altra v[ost]ra occorrenza pregandovi intanto da Dio ogni consolazione etc.

With modernised spelling:

Signore duca d'Alvito,
Compatisco la vostra disgrazia con tutto l'animo. Vi ho però raccomandato al conte di Fuensalida ed al Signor duca di Mantova nella conformità che avete desiderato. Piaccia a Dio che i miei uffizi vi siano così utili com'io bramo e voi meritate, assicurandovi che non vi mancarà la mia protezione nè in questa, nè in ogni altra vostra occorrenza, pregandovi intanto da Dio ogni consolazione, etc.

Arckenholtz's transcript of the letter:

Signor d'Alvito. Compatisco la vostra disgrazia con tutto l'animo; Vi hò però raccomando al Conte di Fonsalida, ed al Signor Duca di Mantova nella conformità che havete desiderato. Piaccia a Dio che i miei ufficj vi siano cosi utili com'io bramo, e voi meritate, assicurandovi che non vi mancherà la mia protezzione, nè in questa, nè in ogni altra vostra occorrenza, pregandovi in tanto da Dio ogni consolazione.

With modernised spelling:

Signor d'Alvito,
Compatisco la vostra disgrazia con tutto l'animo; vi hò però raccomando al conte di Fuensalida, ed al signor duca di Mantova nella conformità ch'avete desiderato. Piaccia a Dio che i miei uffizi vi siano così utili com'io bramo e voi meritate, assicurandovi che non vi mancherà la mia protezione, nè in questa, nè in ogni altra vostra occorrenza; pregandovi intanto da Dio ogni consolazione.

French translation (my own):

Monsieur d'Alvito,
Je plains votre malheur de toute mon âme; cependant je vous ai recommandé au comte de Fuensalida et au duc de Mantoue conformément à vos désirs. Qu'il plaise à Dieu que mes offices vous soient aussi utiles que je le souhaite et que vous le méritez, vous assurant que vous ne manquerez pas de ma protection, ni en ceci ni en aucun autre événement de votre part; cependant priant pour vous toute consolation de Dieu.

Swedish translation (my own):

Signor d'Alvito,
Jag medlider Er olycka av hela min själ; dock har jag rekommenderat Er till greven av Fuensalida och till hertigen av Mantua i enlighet med Era önskemål. Må det behaga Gud att mina ämbeten skall vara så användbara för Er som jag längtar efter och som Ni förtjänar, försäkrande Er att Ni inte kommer att sakna mitt skydd, varken i denna eller i någon annan händelse av Er; emellertid ber jag för Er all tröst från Gud.

English translation (my own):

Signor d'Alvito,
I pity your misfortune with all my soul; however, I have recommended you to the Count of Fuensalida and to the Duke of Mantua in accordance with your wishes. May it please God that my offices be as useful to you as I yearn for and as you deserve, assuring you that you will not lack my protection, neither in this nor in any other occurrence of yours; in the meantime praying for you all consolation from God.

French translation of the original (my own):

Monsieur le duc d'Alvito,
Je compatis de tout mon cœur à votre disgrâce. En attendant, je vous ai recommandé au comte de Fuensalida et au duc de Mantoue dans la conformité que vous avez désirée. Plaise à Dieu que mes devoirs vous soient aussi utiles que je le désire et que vous le méritez, en veillant à ce que vous ne manquiez de ma protection ni dans cette situation ni dans aucune autre de vos occurrences, priant cependant Dieu pour toute consolation, etc.

Swedish translation of the original (my own):

Signore duca d'Alvito,
Jag sympatiserar med Er onåd av hela mitt hjärta. Emellertid har jag rekommenderat Er till greven av Fuensalida och till hertigen av Mantua i den överensstämmelse Ni har önskat. Må det behaga Gud att mina plikter är så användbara för Er som jag önskar och Ni förtjänar, se till att Ni inte kommer att sakna mitt beskydd varken i denna eller någon annan av Era omständigheter, emellertid bedjande Gud om varje tröst, etc.

English translation of the original (my own):

Signore duca d'Alvito,
I sympathise with your disgrace with all my heart. In the meantime, I have recommended you to the Count of Fuensalida and to the Duke of Mantua in the conformity you have desired. May it please God that my duties are as useful to you as I desire and you deserve, ensuring that you will not lack my protection neither in this nor in any other of your occurrences, praying in the meantime from God for every consolation, etc.


Above: Kristina.

Kristina's letter to Ferdinando Carlo Gonzaga, the Duke of Mantua, in favour of Francesco II Gallio, Duke of Alvito, written in October 1687

Sources:

Bibliothèque interuniversitaire (Montpellier); Manuscrits de la reine Christine; VI: Lettere a principi d'altezza e d'eccellenza; Lettere a principi d'eccelenza : lettere al Vice-re di Napoli; Lettre 350  Christine de Suède au duc de Mantoue, [s. l.], [s. d.] (digitisation page 304v-305r to 305v-306r)


Christine (1626-1689 ; reine de Suède), Manuscrits de la reine Christine: Lettere a principi d'altezza e d'eccellenza, : , 1601-1700.

The Foli@ online digital heritage library is here:


Copyright SCDI-UPV - Collections Université de Montpellier (shelfmark H 258).

Mémoires concernant Christine, reine de Suède, volume 4, page 85, compiled and edited by Johan Arckenholtz, 1760; original at the University of Michigan




The letter (this transcript added after receiving permission and guidance on March 19, 2024 from Elizabeth Denton, the Head of the Collection of Patrimonial Documents):

al Duca di Mant[ov]a.
Ritrouandosi arrestato nel Castello di Milano p[er] ord[in]e di quel Co: Gov[ernato]re il Duca d'Aluito p[er] un'accidente del quale V A. sarà distintam[ent]e informata p[er] parte del med[em]o io compatendo q[ues]ta sua disgrazia hò scritto in Suo fauore al Conte di Fonsalida, considerando p[er]ò quanto possa giouargli la protezzione dell'A. V. ancora, alla med[em]a lo raccomando con tutta l'efficacia imaginabile pregandola à fargliene goder gli effetti p[er] via del Ministro che ella tiene in Milano con ordinargli che procuri con premura d'ottener la liberat[io]ne del Duca parendomi che la meriti p[er] quanto hò potuto scorgere dalla relat[io]ne del fatto. e dichiarandomi che mele professerò p[er]ciò molto particolarm[en]te tenuta resto &c.

With modernised spelling:

Al duca di Mantova.
Ritrovandosi arrestato nel Castello di Milano per ordine di quel conte-governatore il duca d'Aluito per un'accidente del quale Vostra Altezza sarà distintamente informata per parte del medemo, io, compatendo questa sua disgrazia, ho scritto in suo favore al conte di Fuensalida, considerando però quanto possa giovargli la protezione dell'Altezza Vostra ancora, alla medema lo raccomando con tutta l'efficacia immaginabile, pregandola a fargliene goder gli effetti per via del ministro che ella tiene in Milano con ordinargli che procuri con premura d'ottener la liberazione del duca, parendomi che la meriti per quanto ho potuto scorgere dalla relazione del fatto. E, dichiarandomi che mele professerò perciò molto particolarmente tenuta, resto, etc.

Arckenholtz's transcript of the letter:

Al Duca di Mantoua.
Ritrovandosi arrestato nel Castello di Milano, per ordine di quel Co. Gov:re., il Duca d'Alvito per un accidente del quale V. A. sarà distintamente informata per parte del medemo; io compatendo questa sua disgrazia, hò scritto in suo favore al Conte di Fonsalida; considerando però quanto possa giovargli la protezzione dell'A. V. ancora, alla medema lo raccomando con tutta l'efficacia imaginabile, pregandola a fargliene goder gli effetti per via del Ministro ch'ella tiene in Milano, con ordinargli, che procuri con premura d'ottener la liberatione del Duca, parendomi che la meriti per quanto hò potuto scorgere dalla relazione del fatto, e dichiarandomi che mele professerò perciò molto particolarmente tenuta, resto.

With modernised spelling:

Al Duca di Mantova.
Ritrovandosi arrestato nel Castello di Milano, per ordine di quel conte governatore, il duca d'Alvito, per un accidente del quale Vostra Altezza sarà distintamente informata per parte del medemo, io compatendo questa sua disgrazia hò scritto in suo favore al conte di Fuensalida; considerando però quanto possa giovargli la protezione dell'Altezza Vostra ancora, alla medema lo raccomando con tutta l'efficacia imaginabile, pregandola a fargliene goder gli effetti per via del ministro ch'ella tiene in Milano, con ordinargli che procuri con premura d'ottener la liberazione del duca, parendomi che la meriti per quanto hò potuto scorgere dalla relazione del fatto; e dichiarandomi che mele professerò perciò molto particolarmente tenuta, resto.

French translation (my own):

Au Duc de Mantoue.
Le duc d'Alvito se trouvant arrêté au château de Milan, par ordre du comte-gouverneur, pour un accident dont Votre Altesse sera distinctement informée par une part de même, moi, ayant compassion pour son malheur, j'ai écrit en sa faveur à le comte de Fuensalida; considérant cependant combien la protection de Votre Altesse peut encore l'aider, je le recommande avec toute l'efficacité imaginable, la priant de lui en faire jouir par l'intermédiaire du ministre qu'elle détient à Milan, et lui ordonnant de se procurer avec soin pour obtenir la libération de le duc, comme il me semble qu'il le mérite, d'après ce que j'ai pu voir du rapport du fait; et me déclarant que je me professerai donc tout particulièrement obligée envers elle, je reste.

Swedish translation (my own):

Till hertigen av Mantua.
Såsom hertigen av Alvito finner sig själv arresterad i slottet i Milano, på befallning av greveguvernören, för en olycka som Ers Höghet kommer att tydligt informeras om av en del av densamma, har jag, med synd om hans olycka, skrivit till hans fördel till greven av Fuensalida; med tanke på hur mycket Ers Höghets skydd fortfarande kan hjälpa honom, rekommenderar jag honom med all tänkbar effekt, bedjande Er att låta honom njuta av effekterna genom den minister Ni har i Milano, och beordrande Er att med omsorg skaffa för att erhålla befrielsen av hertigen, som det förefaller mig, att han förtjänar det, så vitt jag kunde se av berättelsen om faktum; och förklarande för mig själv att jag därför kommer att bekänna mig mycket särskilt skyldig gentemot Er, förblir jag.

English translation (my own):

To the Duke of Mantua.
The Duke of Alvito finding himself arrested in the Castle of Milan, by order of the Count-Governor, for an accident of which Your Highness will be distinctly informed by part of the same, I, pitying his misfortune, have written in his favour to the Count of Fuensalida; considering, however, how much Your Highness's protection can still help him, I recommend him with all imaginable efficacy, begging you to let him enjoy the effects through the minister you hold in Milan, and ordering you to procure with care to obtain the liberation of the Duke, as it seems to me that he deserves it, as far as I could see from the report of the fact; and declaring to myself that I will therefore profess myself very particularly obliged to you, I remain.


Above: Kristina.


Above: Ferdinando Carlo Gonzaga, the Duke of Mantua.