Saturday, April 9, 2022

Kristina's letter to Azzolino, dated August 1, 1668

Sources:

Christine de Suède et la cardinal Azzolino. Lettres inédites (1666-1668), Carl Bildt, 1899








Kristina wrote this letter to Cardinal Decio Azzolino on August 1, 1668.

The letter:

1 d'Aoust 1668 —
Vostre lestre du 7 passe a fort adoucy lamertume de la presedente et Vostre repentir est ausi obligent que Vostre iniustice estoit Cruelle mais enfin Vous pouvez tout aupres de moy et ie ne plaindray iamais de Vous de quelque maniere quil Vous plaira den vser Vous aurez veu desia avec quelle honestete iay receu tout Ce qui me vient de Vostre part et ie Vous promets que ie feray tousiour de mesme

Jl ny a plus rien de remarquable dans les affaires de Suede on Crie on negotie les uns Contre les austres, sur leur affaires domestiques et sur le Gouvernement. quelques uns Croẏent que la diette finira dan quattre semaine daustre Croẏent quelle durera iusques au Mois d'octtobre, pour moy ie Crois quelle ne durera ny tan ny si peu. Jattens les resolutions sur mes affaires plus ou moins favorables auec impacience Car mes propositions estoit desia rendus entre les mains du Roy ou de la Regence et devoit passer dentre ceux des Estats, et touttes les apparences sont favorables. Je Vous renderay Conte de temps en temps de ce qui se fera et iespere de Vous donner la Joye dapprendre que tout ira bien. Je vous envoy la suitte de mes lestres et Vous navez qua les lire pour savoir exactement tout lestat des mes affaires

lapplication de Sa S.te pour les affaires de la polonge est auJourdhui la plus digne et louable quelle puisse avoir Cette elction est vne affaire de la plus haute importance qui puisse estre auJourdhuy sur le tapis. les lestres de Rome parle dun Legat a latere que le pape y envoyera. Mg.r de Besiers ma dit que le Roy de polonge la demande a Sa S.te mais Vos lestres nen parlent pas et Cest ce qui men fait doutter. Jl ma asseure quil ny a qu'un legat du pape qui puisse reunir ses esprits divises qui proprement ne savent ou donner de la teste avec leur Couronne. Jay fort examine ce prelat sur le Chapitre de l'Elexion et iay Coneu Clairement que la france joue le Duc de Neubur et se moque de luy, quelle ne le reCommande que pour le perdre quelle a vne segrette esperance de faire tourner lelexion du Coste du prince de Conde, ou peut estre du Coste de Monsr. le Duc dorleans mesme, et Jl sy prenne dune maniere si subtile et si fine que ses allemans qui sont Grossiers et sots ne sont pas Capables des le descouvrir, et de la maniere quils sy prenne ie Crains Casi quil ny reussissent. tout ce quil font sest pour eviter destre engages a une gerre qui sen doutte leur tireroit toutte la trerre sur les bras, mai ils esperent quen se monstrant fort esloinges de ses pretentions ils obligeront les polonois dun Commun Consentement a demander un prince francois et de sẏ opiniatrer, menassant de Vouloir ou un francois ou le Moscovite et Je Vois bien quil y a pour eux quelque party forme qui excluera tout ce qui nest pas fransois, san quil paroisse y avoir part. et sest sur Cette Cabale quils fondent leur esperance.

Voila ce que iay peu decouvrir. Je ne doutte pas que Vous nayez des meillieure notices dalieurs mais ie nay pas Voulu manquer de Vous donner Celles que iay pour une affaire dune telle importance. au reste il ma dit que les affaires du Duc de Neubourg Vont mal en polonge, quil y a envoye le plus sot homme de la trerre pour negocier Ces affaires quon le tourne en ridicule et luy et son ministre et daustre lestres Confirme la mesme chose et la haine et laversion que la noblesse a pour le prince que ie croiois adoree en polonge. Besiers ma dit entre austre que les femmes de polonge son desgaines Contre luy a Cause que la beste de son ministre leur a dit que la Duchesse sa femme ne savoit autre lange que lallemande et Comme il ny a pas une dame en polonge quil la sache Cela les a fait enrager ne pouvant suffrir une Reine qui ne sache parler avec elles, Car il ditt que plusieurs dames en polonge parle francois et italien mais pas une alleman excepte vn livonoise qui est la seulle qui la sait pace que cest sa lange. non obstant tout Cela ie Crois que le francois se trompe dans leur Calcule Car ie ne Crois pas que le polonois prenne iamais vn francois Car il les Craingent et les haissent trop et la memoire de la feu reine de polonge a mis la nation en une si terrible abbomination en polonge que ie ne panse pas quon se donne iamais a un fransois. et vne des Choses qui a les plus nuy au Duc de Neubur a este que son ministre a este asse sot pour dire a tout le monde que maistre seroit redevable de la Couronne au Roy de france, et Cela luy a fait plus de tort que touts les austres sotises que Besiers ma racconte de Cette beste. et quoy qve nous nous soions diverty ensemble sur ce suiet ie nay pas fait semblant de savoir plus quil ma dit, qvoy qve ie sache dalieurs que cette depandance de la france luy a fait vn tort Effroiable. Voila tout ce que ie say sur le suiet de polonge. Je voy les affaire dans vn estat que si Sa S.te me favorise, et que si mon sexe nest vn obstacle invincible, mes esperances pourroit nestre pas mal fondes. ce quil y a de plaisant est que iay recommande moy mesme le Duc de Neuburg en Suede et ses pretensions, et ie lay fait pour Couvrir mon desain et parce que ie say que cette reCommandation ne fera rien a laffaire. il ma demande vne recommandation de mesme a Rome et ie lay promis et ie men aquitte en Vous priant demploier Vostre faveur aupres de Sa S.te pour luy obtenir la grasse de le Conserver tousiou Duc de Neuburg Comme Jl est. ausi ie Crois quil y demeurera Car le polonois ont vne effroẏable haine et antipatie pour les allemans, et ie trouve quil ont raison

au reste Jl faut que ie Vous face un Chappitre sur M. de Besiers qui ma fort prie de le raccommander a Vostre protexion. Je Vous puis dire en verite quil la meritte. Jay prix la liberte de lasseurer que Vous seray de ses amis et que Vous luy renderez touts les bons offices que Vous pourriez luy rendre en honeur et Consience. ie Vous le demande pour luy Car ie len trouve digne. ie ne me mesle pas de ce qui nest pas de ma prorte ny des Considerations que Vous pourrez avoir Vous austres, mais il me semble quil est digne destre Cardinal et que le pape feroit vne Creature qui luy feroit honeur et qui ne luy seroit pas ingrat il est Vray que se seroit vn Cardinal pour la france ausi mais ie Crois que comme cet un homme dhoneur il en auroit toutte la gratitude a Sa S.te et le pape pouroit obbliger la france et ce faire vne Creature en mesme temps Je vous demande pardon si ie me mesle trop en ce qui ne me touche pas ie ne sauray refuser aux honeste gens me bons offices et il me les a demandes auec tant dempressement que ie nay peu les luy refuser ie Vous prie que ma temerite ne passe pas plus loin que iusques a Vous, et que Vous my repondiez dune maniere que ie pourois luy faire Connoistre par le resident qui est iycy que ie ne lay pas desoblige aupres de Vous. Jl sayt que Vous pouvez tout et ma monstre vne lestre de Monsr. de Chaune dans laquelle il lasseure que Vous estes plus en faveur que les neux mesme iugez quelle est ma ioye dapprendre quon rendt iustice a Vostre merite mais ma ioye est que toutte les lestre de Rome dise la mesme chose Dieu Conserve nostre pape Clement Car ie say que cette fortune Vous durera autan que sa vie cest de quoy ie ne doutte nullement

pour moy ie me porte graces a dieu asse bien pesentement, ie nattans que la depeche de Rosenbac pour partir dicy et pour me rendre en la plus grande diligence du monde a Rome les affaires de polonge ne peuvvent produire auCune gerre si ce nest que le moscovite ne la Commance pour y entre a main arme, en ce Cas toutte Europe y sera engage mes les Suedois qui y sont les plus interesses ne feront iamais austre personage que celluy de spectateurs, et tout depandt dune bonne elexion quel que se sera les parties auront pacience et laisseront au polonois la liberte de se Choisir vn maistre ou plustost vn esclave. ne Crainge rien ny de la france ny de la Suede lune ne peut et laustre ne veut pas faire la gerre, touts ce quon en dit ne sont que des Chimeres. le repos de lEurope ne peut plus estre trouble de longtemps et se repos et fonde sur des raison qui le feront subsister lontemps ie ne Voẏ rien qui le puisse troubler. mais si le Turques font la paix auec les Venitiens il feront la gerre a la polonge, et se sera alors quon aura une Veritable gere et effroiable Car la polonge estant espuise par ses malheurs et par le mauvais gouvernement elle ne poura pas resister a Cette puissance, et le Turque ne Voudra pas donner loisir a vn nouveau roy de se reconoistre ny de se mestre en estat de luy faire la gerre Car un nouveau roy qui auroit regle ses affaires domestiques luy sera formidable si (ce que ie nauseray esperer) Dieu mappelle a ce throne ie ne demande que deux annes de repos et peut estre moins pour entreprendre lentreprise de lorient et iespere de faire parler de moy et dy acquerir de la gloire, mais si dieu le Veut austrement ie seraẏ Contente ausi. Jattens avec impacience Vos lestretres pour savoir ce que ie dois devenir. quoy quil en soit que Cela arrive ou non ie me renderay au plus tost a Rome pour avoir la ioye de Vous revoir et pour estre en vn lieu ou ie puisse recevoir vn tel honeur (sil marrive) avec decence mais quoy que puisse marriver ie Vous prie destre persuade que Vostre amitie seulle fera tousiour toutte la gloire et toutte la felicite de ma vie et de ma mort adieu

Je viens de recevoir vostre lestre du 14 passe et suis ravie dapprendre les esperance qun legat ira en polonge. Vous me dittes de plus que Vous attendez mes ordres et ie vous puis dire qve iattens les Vostres. ne Craingez plus le Voiage de Suede Car les Raisons que Vous aurez appris par mes presedentes menpeche dy alle tout yra bien sil plaist a dieu souvenez Vous seullement avec quelque tandresse de moy adieu —

With modernised spelling:

Hambourg, 1er août 1668.
Votre lettre du 7 passé a fort adouci l'amertume de la précédente, et votre repentir est aussi obligeant que votre injustice était cruelle. Mais enfin, vous pouvez tout auprès de moi, et je ne plaindrai jamais de vous, de quelque manière qu'il vous plaira d'en user; vous aurez vu déjà avec quelle honnêteté j'ai reçu tout ce qui me vient de votre part, et je vous promets que je ferai toujours de même.

Il n'y a plus rien de remarquable dans les affaires de Suède; on crie, on négocie, les uns contre les autres, sur leurs affaires domestiques et sur le gouvernement. Quelques-uns croient que la Diète finira dans quatre semaines, d'autres croient qu'elle durera jusqu'au mois d'octobre; pour moi, je crois qu'elle ne durera ni tant, ni si peu. J'attends les résolutions sur mes affaires plus ou moins favorables avec impatience, car mes propositions étaient déjà rendues entre les mains du Roi ou de la régence et devaient passer entre ceux [sic] des États, et toutes les apparences sont favorables. Je vous rendrai compte de temps en temps de ce qui se fera, et j'espère de vous donner la joie d'apprendre que tout ira bien. Je vous envoie la suite de mes lettres, et vous n'avez qu'à les lire pour savoir exactement tout l'état de mes affaires.

L'application de Sa Sainteté pour les affaires de la Pologne est aujourd'hui la plus digne et louable qu'elle puisse avoir. Cette élection est une affaire de la plus haute importance qui puisse être aujourd'hui sur le tapis. Les lettres de Rome parlent d'un légat a latere que le pape y enverra. Mgr de Béziers m'a dit que le roi de Pologne l'a demandé à Sa Sainteté, mais vos lettres n'en parlent pas, et c'est ce qui m'en fait douter. Il m'a assuré qu'il n'y a qu'un légat du pape qui puisse réunir ces esprits divisés, qui proprement ne savent où donner de la tête avec leur couronne. J'ai fort examiné ce prélat sur le chapitre de l'élection, et j'ai connu clairement que la France joue le duc de Neubourg et se moque de lui, qu'elle ne le recommande que pour le perdre, qu'elle a une secrète espérance de faire tourner l'élection du côté du prince de Condé, ou peut-être du côté de Mgr le duc d'Orléans même; et ils s'y prennent d'une manière si subtile et si fine, que ces Allemands, qui sont grossiers et sots, ne sont pas capables de le découvrir, et de la manière qu'ils s'y prennent, je crains quasi qu'ils n'y réussissent. Tout ce qu'ils font, c'est pour éviter d'être engagés à une guerre qui, sans doute, leur tirerait toute la terre sur les bras; mais ils espèrent qu'en se montrant fort éloignés de ces prétentions, ils obligeront les Polonais, d'un commun consentement, à demander un prince français et de s'y opiniâtrer, menaçant de vouloir ou un Français ou le Moscovite, et je vois bien qu'il y a pour eux quelque parti formé qui excluera tout ce qui n'est pas Français, sans qu'il[s] paraisse[nt] y avoir part. Et c'est sur cette cabale qu'ils fondent leur espérance.

Voilà ce que j'ai pu découvrir. Je ne doute pas que vous n'ayez des meilleures notices d'ailleurs, mais je n'ai pas voulu manquer de vous donner celles que j'ai pour une affaire d'une telle importance. Au reste, il m'a dit que les affaires du duc de Neubourg vont mal en Pologne, qu'il y a envoyé le plus sot homme de la terre pour négocier ces affaires, qu'on le tourne en ridicule et lui et son ministre, et d'autres lettres confirment la même chose et la haine et l'aversion que la noblesse a pour le prince, que je croyais adoré en Pologne. Béziers m'a dit, entre autres, que les femmes de Pologne sont déchaînées contre lui à cause que la bête de son ministre leur a dit que la duchesse sa femme ne savait autre langue que l'allemande, et comme il n'y a pas une dame en Pologne qui la sache, cela les a fait enrager, ne pouvant souffrir une reine qui ne sache parler avec elles; car il dit que plusieurs dames en Pologne parlent français et italien, mais pas une allemand, excepté une Livonnaise, qui est la seule qui la sait parce que c'est sa langue. Nonobstant tout cela, je crois que les Français se trompent dans leur calcul, car je ne crois pas que les Polonais prennent jamais un Français; car ils les craignent et les haïssent trop, et la mémoire de la feue reine de Pologne a mis la nation en une si terrible abomination en Pologne, que je ne pense pas qu'on se donne jamais à un Français. Et une des choses qui a le plus nui au duc de Neubourg a été que son ministre a été assez sot pour dire à tout le monde que [son] maître serait redevable de la couronne au roi de France, et cela lui a fait plus de tort que toutes les autres sottises que Béziers m'a racontées de cette bête. Et quoique nous nous soyons divertis ensemble sur ce sujet, je n'ai pas fait semblant de savoir plus qu'il m'a dit, quoique je sache d'ailleurs que cette dépendance de la France lui a fait un tort effroyable. Voilà tout ce que je sais sur le sujet de Pologne. Je vois les affaires dans un état, que si Sa Sainteté me favorise, et que si mon sexe n'est un obstacle invincible, mes espérances pourraient n'être pas mal fondées. Ce qu'il y a de plaisant, est que j'ai recommandé moi-même le duc de Neubourg en Suède et ses prétentions; et je l'ai fait pour couvrir mon dessein et parce que je sais que cette recommandation ne fera rien à l'affaire. Il m'a demandé une recommandation de même à Rome, et je l'ai promise et je m'en acquitte en vous priant d'employer votre faveur auprès de Sa Sainteté pour lui obtenir la grâce de se conserver toujours duc de Neubourg comme il est. Aussi je crois qu'il y demeurera, car les Polonais ont une effroyable haine et antipathie pour les Allemands, et je trouve qu'ils ont raison.

Au reste, il faut que je vous fasse un chapitre sur M. de Béziers, qui m'a fort priée de le recommander à votre protection. Je vous puis dire en vérité qu'il la mérite. J'ai pris la liberté de l'assurer que vous serez de ses amis, et que vous lui rendrez tous les bons offices que vous pourriez lui rendre en honneur et conscience. Je vous le demande pour lui, car je l'en trouve digne. Je ne me mêle pas de ce qui n'est pas de ma portée ni des considérations que vous pourrez avoir vous autres, mais il me semble qu'il est digne d'être cardinal et que le pape ferait une créature qui lui ferait honneur et qui ne lui serait pas ingrat[e]. Il est vrai que ce serait un cardinal pour la France aussi, mais je crois que comme c'est un homme d'honneur, il en aurait toute la gratitude à Sa Sainteté, et le pape pourrait obliger la France et se faire une créature en même temps. Je vous demande pardon si je me mêle trop en ce qui ne me touche pas. Je ne saurais refuser aux honnêtes gens mes bons offices, et il me les a demandés avec tant d'empressement que je n'ai pu les lui refuser. Je vous prie que ma témérité ne passe plus loin que jusqu'à vous, et que vous m'y répondiez d'une manière que je pourrais lui faire connaître par le résident qui est ici, que je ne l'ai pas désobligé auprès de vous. Il sait que vous pouvez tout, et m'a montré une lettre de M. de Chaulnes dans laquelle il l'assure que vous êtes plus en faveur que les neveux mêmes. Jugez quelle est ma joie d'apprendre qu'on rend justice à votre mérite, mais ma joie est que toutes les lettres de Rome disent la même chose. Dieu conserve notre pape Clément, car je sais que cette fortune vous durera autant que sa vie, c'est de quoi je ne doute nullement.

Pour moi, je me porte, grâce à Dieu, assez bien présentement; je n'attends que la dépêche de Rosenbach pour partir d'ici et pour me rendre en la plus grande diligence du monde à Rome. Les affaires de Pologne ne peuvent produire aucune guerre, si ce n'est que le Moscovite ne la commence pour y entrer à main armée; en ce cas, toute l'Europe y sera engagée, mais les Suédois, qui y sont les plus intéressés, ne feront jamais autre personnage que celui de spectateurs; et tout dépend d'une bonne élection. Quel que ce sera, les parties auront patience et laisseront aux Polonais la liberté de se choisir un maître, ou plutôt un esclave. Ne craignez rien, ni de la France ni de la Suède. L'une ne peut, et l'autre ne veut pas faire la guerre; tout ce qu'on en dit ne sont que des chimères. Le repos de l'Europe ne peut plus être troublé de longtemps, et ce repos est fondé sur des raisons qui le feront subsister longtemps; je ne vois rien qui le puisse troubler. Mais si les Turcs font la paix avec les Vénitiens, ils feront la guerre à la Pologne, et ce sera alors qu'on aura une véritable guerre, et effroyable, car la Pologne étant épuisée par ses malheurs et par le mauvais gouvernement, elle ne pourra pas résister à cette puissance, et le Turc ne voudra pas donner loisir à un nouveau roi de se reconnaître, ni de se mettre en état de lui faire la guerre; car un nouveau roi qui aurait réglé ses affaires domestiques lui sera formidable. Si (ce que je n'oserais espérer) Dieu m'appelle à ce trône, je ne demande que deux années de repos, et peut-être moins, pour entreprendre l'entreprise de l'Orient, et j'espère de faire parler de moi et d'y acquérir de la gloire; mais si Dieu le veut autrement, je serai contente aussi. J'attends avec impatience vos lettres pour savoir ce que je dois devenir. Quoi qu'il en soit, que cela arrive ou non, je me rendrai au plus tôt à Rome pour avoir la joie de vous revoir et pour être en un lieu où je puisse recevoir un tel honneur (s'il m'arrive) avec décence. Mais, quoique puisse m'arriver, je vous prie d'être persuadé que votre amitié seule fera toujours toute la gloire et toute la félicité de ma vie et de ma mort. Adieu.

Je viens de recevoir votre lettre du 14 passé et suis ravie d'apprendre les espérances qu'un légat ira en Pologne. Vous me dites, de plus, que vous attendez mes ordres, et je vous puis dire que j'attends les vôtres. Ne craignez plus le voyage de Suède, car les raisons que vous aurez apprises par mes précédentes, m'empêchent d'y aller. Tout ira bien, s'il plaît à Dieu; souvenez-vous seulement avec quelque tendresse de moi. Adieu.

English translation (my own):

August 1, 1668.
Your letter of the 7th of last month has greatly softened the bitterness of the previous one, and your repentance is as obliging as your injustice was cruel. But after all, you can do anything with me, and I will never complain about you, however you like to use it; you will have already seen with what honesty I have received everything that comes to me from you, and I promise you that I will always do the same.

There is nothing more remarkable in the affairs of Sweden; one shouts, one negotiates, one against the other, on their domestic affairs and on the government. Some believe that the Riksdag will end in four weeks, others believe that it will last until October; for me, I believe that it will not last so long or so short. I wait impatiently for resolutions on my more or less favourable affairs, for my proposals were already in the hands of the King or the regency and were to pass between those of the Estates, and all appearances are favourable. I will report back to you from time to time on what will be done, and I hope to give you the joy to hear that all will be well. I am sending you the rest of my letters, and you only have to read them to know exactly all the state of my affairs.

The application of His Holiness to the affairs of Poland is today the most worthy and laudable that he can have. This election is a matter of the utmost importance which can be on the table today. The letters from Rome speak of a legate a latere whom the Pope will send there. Bishop de Béziers told me that the King of Poland asked His Holiness for it, but your letters do not mention it, and that is what makes me doubt it. He assured me that there is only one papal legate who can unite these divided minds, who properly do not know where to turn with their Crown. I have carefully examined this prelate on the subject of the election, and I have clearly known that France plays the Duke of Neubourg and laughs at him, that she recommends him only to lose him, that she has a secret hope of turning the election to the side of the Prince de Condé, or perhaps on the side of Monseigneur the Duc d'Orléans himself; and they go about it in such a subtle and fine way that these Germans, who are rude and foolish, are not able to find out, and the way they go about it, I'm almost afraid that they won't succeed. All they do is done to avoid being engaged in a war which, no doubt, would bring the whole world on their hands; but they hope that by showing themselves very far from these pretensions, they will oblige the Poles, by common consent, to ask for a French prince and to persist in it, threatening to want either a Frenchman or the Muscovite, and I see although there is for them some formed party which will exclude everything that is not French, without their appearing to take part in it. And it is on this cabal that they base their hope.

This is what I have been able to discover. I have no doubt that you have better notices elsewhere, but I did not want to fail to give you the ones I have for a matter of such importance. Besides, he told me that the Duke of Neuburg's affairs are going badly in Poland, that he has sent the most stupid man on earth to negotiate these matters, that he is being ridiculed, that and he and his minister and other letters confirm the same, and the hatred and aversion that the nobility has for the prince, whom I believed to be adored in Poland. Béziers told me, among other things, that the women of Poland are unleashed against him because the beast of his minister told them that the Duchess, his wife, knew no other language than German, and as there is not a lady in Poland who knows it, that made them enraged, not being able to suffer a Queen who does not know how to speak with them; because he says that several ladies in Poland speak French and Italian, but not a German, except a Livonian woman who is the only one who knows it because it is her language. Notwithstanding all this, I believe that the French are wrong in their calculation, because I do not believe that the Poles will ever take a Frenchman, for they fear and hate them too much; and the memory of the late Queen of Poland has made that nation such a terrible abomination in Poland that I do not think that they will ever give themselves to a Frenchman. And one of the things that hurt the Duke of Neubourg the most was that his minister was foolish enough to tell everyone that his master would be indebted to the King of France for the crown, and that did him more harm than all the other nonsense that Béziers told me about this beast. And although we had fun together on this subject, I did not pretend to know more than he did to me, although I do know that this dependence on France has done him terrible harm. This is all I know on the subject of Poland. I see affairs in a state that, if His Holiness favours me, and if my sex is not an invincible obstacle, my hopes might not be unfounded. What is pleasant is that I myself recommended the Duke of Neuburg to Sweden and his claims; and I did it for my purpose and because I know this recommendation will do nothing to the job. He asked me for a recommendation in the same way in Rome, and I promised it and I discharge it by begging you to use your favour with His Holiness to obtain for him the grace to always keep for himself the Duke of Neuburg as he is. So I believe he will stay there, because the Poles have a terrible hatred and antipathy for the Germans, and I think they are right.

Besides, I must write a chapter for you on Monsieur de Béziers, who begged me very much to recommend him to your protection. I can tell you in truth that he deserves it. I have taken the liberty of assuring him that you will be his friends, and that you will render him all the good offices which you could render him in honour and conscience. I ask you for him, because I find him worthy. I do not interfere with what is not within my reach nor with the considerations that you may have, but it seems to me that he is worthy of being a cardinal and that the Pope would make a creature who would do him honour and who would not be ungrateful to him. It is true that he would be a cardinal for France too, but I believe that as he is a man of honour, he would have all the gratitude to His Holiness, and the Pope could oblige France and make himself a creature thereof at the same time. I beg your pardon if I interfere too much in what does not concern me. I could not refuse my good offices to honest people, and he asked me for them with such eagerness that I could not refuse him them. I beg you that my temerity does not pass further than to you, and that you answer him in a way that I could make known to him by the resident who is here that I did not offend him with you. He knows you can do anything, and has shown me a letter from Monsieur de Chaulnes in which he assures him that you are more in favour than the nephews themselves. Judge what my joy is to hear that justice is done to your merit, but my joy is that all the letters from Rome say the same thing. May God preserve our Pope Clement, because I know that this fortune will last you as long as his life, that is what I have no doubts about.

As for me, I am doing, thank God, quite well now; I am only waiting for the dispatch from Rosenbach to leave here and to go in the greatest diligence in the world to Rome. The affairs of Poland cannot produce any war, except that the Muscovite does not start it in order to enter it with an armed hand; in this case, all of Europe will be involved in it, but the Swedes, who are most interested in it, will never be any other character than that of spectators; and it all depends on a good election. Whatever it is, the parties will have patience and leave the Poles the freedom to choose a master, or rather a slave. Do not fear anything, neither from France nor from Sweden. One cannot and the other does not want to wage war; everything that is said about it is nothing but chimeras. The repose of Europe cannot be disturbed for long, and this repose is founded on reasons which will make it subsist for a long time; I do not see anything that can disturb him. But if the Turks make peace with the Venetians, they will wage war on Poland, and it will be then that we will have a real war, and appalling, because Poland being exhausted by its misfortunes and by the bad government, it will not will not be able to resist this power, and the Turk will not want to give a new king time to recognise himself, nor to put himself in a position to make war against him; for a new king who has regulated his domestic affairs will be formidable to him. If (which I would not dare to hope for) God calls me to this throne, I ask for only two years of rest, and perhaps less, to undertake the enterprise of the East, and I hope to speak of me and to gain glory therein; but if God wills it otherwise, I'll be happy too. I look forward to your letters to find out what to do with me. Anyway, whether it happens or not, I will travel to Rome as soon as possible to have the joy of seeing you again and to be in a place where I can receive such an honour (if it does happen to me) with decency. But, whatever may happen to me, I beg you to be persuaded that your friendship alone will always make all the glory and all the happiness of my life and my death. Goodbye.

I have just received your letter of the 14th of last month, and am delighted to hear of the hopes that a legate will go to Poland. You tell me, moreover, that you await my orders, and I can tell you that I await yours. Do not fear the trip to Sweden any longer, because the reasons that you will have learned from my previous letters prevent me from going there. Everything will be fine, if it pleases God; only remember me with some fondness. Goodbye.


Above: Kristina.


Above: Cardinal Decio Azzolino.

Note: le plus sot homme de la terre = the baron of Gises.

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