Saturday, April 9, 2022

Kristina's letter to Azzolino, dated August 22, 1668

Sources:

Christine de Suède et la cardinal Azzolino. Lettres inédites (1666-1668), Carl Bildt, 1899






Kristina wrote this letter to Cardinal Decio Azzolino on August 22, 1668.

The letter:

22 dAoust 1668 —
Je Vous envoy les lestres de remerciement pour Sa S.te et pour M. le Card.l Rospigliosi ie Vous prie dexcuser la foiblesse de mes expressions et de leur persuader que ma reconoissance est digne de lhoneur quils me font et que i'estime cet honeur plus que touttes les Couronnes du monde. Je ne Vous parle plus de laffaire depuis que Sa S.te a eu la bonte den prendre le soin et la protexion ie ny dois plus penser. ie nay souhaitte proprement que cet honeur, le reste ie labbandonne a la providence divine elle en disposera Comme elle Voudra pour la gloire de dieu et pour mon salut, et ie receveraẏ avec une entiere resignation a sa s.te Volonte tout ce qui luy plaira de mordoner.

le Marquis del monte part auJourdhuy avec la poste pour Vous annoncer mon retour et pour se iustifier, ou pour mourir a Vos pies. Je Crois que cette lestre le presedera de peu de iour, et Je me remets a ce quil Vous dira de bouche. apres Vous avoir demande iustice pour luy, il Vous la demandera pour moy, ie Vous Coniure de ne me la refuser pas, par la fidelle amitie que ie Vous ay professe depuis douse ou trese annes a laquelle Dieu mest tesmoin que ie nay pas manque de mon Coste par vne seulle et unique pense.

Je vous renvoy la motie de Vostre derniere lestre, et ie Vous demande pardon si la reponse Vous deplait ou Vous Choque. iay tan de Consideration pour Vous que ie Vous dis rien de plus si Vous en aviez autan pour moy ie ne receveray pas de Vous lindigne traittement que iay receu si souvant de Vous, et que iay souffert avec vne pacience qui pourroit du moins meriter quelque honestete de Vous qu'une malheureuse amitie de douse annees na peu meriter. Jay ordonne au Marquis de vous dire mes sentiments la desus, Je Vous prie de le recevoir Comme le dernier effort dune amitie dont vous avez fait touiour peu Cas, et de Vous deClarer si cet amitie Vous importune ie Vous proteste que ie Chergeray la mort pour Vous en delivrer et quelle me sera moins insupportable que les sentiments de mepris, et de lindignite que Vous me traittez, tesmoingez.

Je Vous enVoy la lestre que iescri a Rosenbac qui Vous fera Conoistre lestat de mes affaires les instruxions que ie Vous ay enVoies meritoit de Vous vne austre reponse. ie ne Vous les ay pas enVoẏe envoit pour Vous apprendre rien autre Chose que lestat de mes affaires et mes intentions, et ie Croiois que Vous les apprendreriez mieux de cette facon que par le raport de Ces infames qui Vous font aCroire que ie me defie de Vous et que ie leur ay defandu de Vous parler de mes affaires, et qui ne Vous en parle pas que parce quils les ignore, et quils savent en Consience quil ne vous peuvent dire que les sotises ou des fausetes Cepandant Vous les Croiez et de touts mes serviteurs Vous naimez que ceux qui Vous remplissent la teste de supsons et defiances envers moy. Jay merite de Vous un austre procede mais ie vous rens grace de ce que Vous avez Voulu en ce Voẏage mestre mon amitie a touttes les plus rudes espreuves quon peut exiger dune amitie ausi Violante et extraordinaire qu'est la mienne. Vous mavez donne par Vos procedures la ioye den Conoistre toutte l'estandue. que ie Vous ay d'obligation de mavoir fait Conoistre quil nest pas au pouvoir de Vostre iniustice ny de Vostre Cruaute de la destruire. le temps Vous fera Conoistre au reste que ie merite de Vous, plus destime et plus de Confience que Vous navez en moy et pour moy, puisquil ny a rien dans le monde qui puisse alterer la Constante et fidelle amitie que ie Vous professeray adieu iusque a la mort adieu

Je Vous demande pardon davoir dit dans mes presedentes que le Card.l Spinola nest pas propre pour la legation de polonge Car il est Certain quil est tres Capable a la disinvoltura pres et il en faut beauCoup en cette legation. a mon sen ie Croirois le Card.l Caraffa plus propre quoy laustre le soit ausi infiniment.

M. de pompone est icy qui est san dout un ausi honest homme quil y en puisse avoir en toutte la france

ie ne Vous renVoẏ plus vostre lestre Car ie men suis repentie et ie lay brule toutte entiere.

22 dAgoust 1668 —
Je viens de recevoir Vostre lestre du 4 Courant Je Vous remercie de tout ce que Vous me dittes pour le nonce Vous pouvez lasseurer Comme ie feray moy mesme que ie ne manqueray pas a luy tenir tout ce que Vous luy avez promis de ma part Car asseurement ie n nen feray rien pour laustre Comme Vous dittes. pour escrire ie Vous demande pardon si ie ne suis ce Conseil Car ie pouray iamais me resoudre a rien demander a personne la nomination du pape me suffit et cet tout ce que ie puis souhaitter avec honeur. Je nay pas loisir de Vous dire rien de plus. par lordinaire prochain Je mexpliqueray mieux adieu

pour le sexe il y a des excemples et des raisons que ie fourniray au nonce qui iespere les Contentera

With modernised spelling:

Hambourg, 22 août 1668.
Je vous envoie les lettres de remerciements pour Sa Sainteté et pour M. le cardinal Rospigliosi. Je vous prie d'excuser la faiblesse de mes expressions, et de leur persuader que ma reconnaissance est digne de l'honneur qu'ils me font, et que j'estime cet honneur plus que toutes les couronnes du monde. Je ne vous parle plus de l'affaire; depuis que Sa Sainteté a eu la bonté d'en prendre le soin et la protection, je n'y dois plus penser. Je n'ai souhaité proprement que cet honneur; le reste, je l'abandonne à la Providence divine: elle en disposera comme elle voudra pour la gloire de Dieu et pour mon salut, et je recevrai avec une entière résignation à sa sainte volonté tout ce qui lui plaira de m'ordonner.

Le marquis del Monte part aujourd'hui avec la poste pour vous annoncer mon retour et pour se justifier ou pour mourir à vos pieds. Je crois que cette lettre le précédera de peu de jours, et je me remets à ce qu'il vous dira de bouche. Après vous avoir demandé justice pour lui, il vous la demandera pour moi; je vous conjure de ne me la refuser pas, par la fidèle amitié que je vous ai professée depuis douze ou treize années, à laquelle Dieu m'est témoin que je n'ai pas manqué de mon côté par une seule et unique pensée.

Je vous renvoie la moitié de votre dernière lettre, et je vous demande pardon si la réponse vous déplaît ou vous choque. J'ai tant de considération pour vous que je [ne] vous dis rien de plus; si vous en aviez autant pour moi, je ne recevrais pas de vous l'indigne traitement que j'ai reçu si souvent, et que j'ai souffert avec une patience qui pourrait du moins mériter quelque honnêteté de vous, qu'une malheureuse amitié de douze années n'a pu mériter. J'ai ordonné au marquis de vous dire mes sentiments là-dessus; je vous prie de le recevoir comme le dernier effort d'une amitié dont vous avez fait toujours peu [de] cas, et de vous déclarer. Si cette amitié vous importune, je vous proteste que je chercherai la mort pour vous en délivrer, et qu'elle me sera moins insupportable que les sentiments de mépris et de l'indignité que vous me témoignez.

Je vous envoie la lettre que j'écris à Rosenbach, qui vous fera connaître l'état de mes affaires. Les instructions que je vous ai envoyées méritaient de vous une autre réponse. Je ne vous les ai pas envoyées pour vous apprendre rien autre chose que l'état de mes affaires et mes intentions, et je croyais que vous les apprendriez mieux de cette façon, que par le rapport de ces infâmes qui vous font accroire que je me défie de vous, et que je leur ai défendu de vous parler de mes affaires, et qui ne vous en parlent pas que parce qu'ils les ignorent, et qu'ils savent en conscience qu'ils ne vous peuvent dire que les sottises ou des faussetés. Cependant vous les croyez, et de tous mes serviteurs vous n'aimez que ceux qui vous remplissent la tête de soupçons et défiances envers moi. J'ai mérité de vous un autre procédé, mais je vous rends grâce de ce que vous avez voulu en ce voyage mettre mon amitié à toutes les plus rudes épreuves qu'on peut exiger d'une amitié aussi violente et extraordinaire qu'est la mienne. Vous m'avez donné par vos procédures la joie d'en connaître toute l'étendue. Que je vous ai d'obligation de m'avoir fait connaître qu'il n'est pas au pouvoir de votre injustice ni de votre cruauté de la détruire! Le temps vous fera connaître, au reste, que je mérite de vous plus d'estime et plus de confiance que vous n'avez en moi et pour moi, puisqu'il n'y a rien dans le monde qui puisse altérer la constante et fidèle amitié que je vous professerai jusqu'à la mort. Adieu.

Je vous demande pardon d'avoir dit dans mes précédentes que le cardinal Spinola n'est pas propre pour la légation de Pologne, car il est certain qu'il est très capable, à la disinvoltura près, et il en faut beaucoup en cette légation. A mon sens, je croirais le cardinal Caraffa plus propre, quoique l'autre le soit aussi infiniment.

M. de Pomponne est ici, qui est sans doute un aussi honnête homme qu'il y en puisse avoir en toute la France.

Je ne vous renvoie plus votre lettre, car je m'en suis repentie et je l'ai brûlée toute entière.

P. S. — Je viens de recevoir votre lettre du 4 courant. Je vous remercie de tout ce que vous me dites pour le nonce; vous pouvez l'assurer, comme je ferai moi-même, que je ne manquerai pas à lui tenir tout ce que vous lui avez promis de ma part, car assurément, je n'en ferai rien pour l'autre, comme vous dites. Pour écrire, je vous demande pardon si je ne suis ce conseil, car je [ne] pourrai jamais me résoudre à rien demander à personne. La nomination du pape me suffit, et c'est tout ce que je puis souhaiter avec honneur. Je n'ai pas loisir de vous dire rien de plus. Par l'ordinaire prochain je m'expliquerai mieux. Adieu.

Pour le sexe, il y a des exemples et des raisons que je fournirai au nonce, qui, j'espère, les contentera.

English translation (my own):

August 22, 1668.
I am sending you letters of thanks for His Holiness and for Cardinal Rospigliosi. I beg you to excuse the weakness of my expressions, and to persuade them that my gratitude is worthy of the honour they do me, and that I esteem this honour more than all the crowns in the world. I am no longer speaking to you about the affair; since His Holiness was kind enough to take care and protection of it, I don't have to think about it anymore. Properly, I only wished for this honor; the rest I abandon to Divine Providence: it will dispose of them as it wishes for the glory of God and for my salvation, and I will receive with entire resignation to His holy will whatever it pleases to order me.

The Marquis del Monte is leaving today with the post to tell you of my return and to justify himself or to die at your feet. I believe that this letter will precede him by a few days, and I am getting back to what he will say to you by mouth. After having asked you for justice for him, he will ask you for it for me; I beg you not to refuse it to me, by the faithful friendship which I have professed to you for twelve or thirteen years, to which God is witness to me that I have not failed on my side by a single and unique thought.

I am returning half of your last letter to you, and I beg your pardon if the answer displeases you or shocks you. I have so much consideration for you that I say nothing more to you; if you had so much for me, I would not receive from you the unworthy treatment that I have received so often, and that I have suffered with a patience which could at least deserve some honesty from you, than an unhappy friendship of twelve years could not deserve. I ordered the marquis to tell you my feelings on this; I beg you to receive it as the last effort of a friendship of which you have always paid little attention, and to declare yourselves. If this friendship bothers you, I protest to you that I will seek death to deliver you from it, and that it will be less unbearable to me than the feelings of contempt and indignity that you show me.

I am sending you the letter I am writing to Rosenbach, which will let you know the state of my affairs. The instructions I sent you deserved another response from you. I did not send them to you to teach you anything other than the state of my affairs and my intentions, and I thought you would learn them better that way, than by the report of these infamous people who make you believe that I am challenging you, and that I have forbidden them to talk to you about my affairs, and who do not talk to you about it only because they ignore them, and they know in conscience that they can only tell you nonsense or falsehoods. However, you believe them, and of all my servants you love only those who fill your head with suspicion and distrust of me. I deserved another procedure from you, but I thank you for what you did on this trip to put my friendship to all the harshest tests that can be demanded of such a violent and extraordinary friendship as mine. You have given me through your procedures the joy of knowing its full extent. How obligated I am to you to let me know that it is not in the power of your injustice or your cruelty to destroy it! Time will make you know, moreover, that I deserve from you more esteem and more confidence than you have in me and for me, since there is nothing in the world which can alter the constant and faithful friendship that I will profess to you unto death. Farewell.

I beg your pardon for having said in my previous letters that Cardinal Spinola is not fit for the Polish legation, because it is certain that he is very capable, apart from the disinvoltura, and a lot is needed in this legation. In my opinion, I would believe Cardinal Caraffa to be cleaner, although the other is also infinitely so.

Monsieur de Pomponne is here, who is doubtless as honest a man as there can be in all of France.

I am no longer sending your letter back to you, for I have repented of it and I have burnt it entirely.

P. S. — I have just received your letter of the 4th of this month. I thank you for everything you tell me about the nuncio; you can assure him, as I will do myself, that I will not fail to keep everything that you have promised him on my part, for assuredly, I will do nothing for the other, as you say. To write, I beg your pardon if I do not follow this advice, because I can never bring myself to ask anything of anyone. The appointment of the Pope is enough for me, and that is all I can wish with honour. I have no time to tell you anything more. By the next ordinary I will explain myself better. Goodbye.

For the sex, there are examples and reasons that I will provide to the nuncio, which I hope will satisfy them.


Above: Kristina.


Above: Cardinal Decio Azzolino.

Notes: disinvoltura = nonchalance.

"il y a des exemples et des raisons que je fournirai au nonce, qui, j'espère, les contentera." = contenter les Polonais.

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