Wednesday, November 12, 2025

Excerpt from Pierre Hector Chanut's letter to Hugues de Lionne, dated July 4/14 (New Style), 1646

Source:

Un original de l'Hôtel de Rambouillet: La vie aventureuse de Cérisantes, poète latin, article written by Georges Mongrédien for Revue d'Histoire littéraire de la France, 36e Année: 1929, page 501, published by the Society of the Literary History of France, 1929; original at the University of Virginia


"Le 12 mai 1646, Chanut annonce à de Lionne que Cérisantes a enfin eu une audience de la reine Christine, qui ne veut pas entendre parler de son retour à Paris:

«M. de Cerisantes a esté bien receu. Sa Majesté en fait compte et s'en veut servir comme d'un homme qu'elle estime. Pour l'employ de France, elle ne l'y destine pas, et semble luy vouloir faire de grands avantages dans l'armée, l'equipper pour y paroistre et mesmes payer les debtes qu'il a faites en France et à son service. Mais comme il a grande inclination, au moins en apparence, a retourner en France pour le service de cette couronne, et qu'elle ne le veut pas mescontenter, je ne vois pas qu'il y ayt de l'impossibilité à l'obtenir.»

Cependant, la reine notifie enfin à Cérisantes, que Chanut protège, car le poète latin est cher au cardinal de Mazarin, qu'il n'aura pas l'ambassade de France; ce poste honorifique et important était le rêve toujours caressé de notre poète, qui se trouve fort mortifié...

Enfin, les événements dessillent les yeux de Chanut; Cérisantes, voulant contenter les deux partis de la cour de Suède, s'est compromis auprès de tout le monde, et personne ne le soutient plus. Comme il se sent entouré d'hostilité dans cette cour, et qu'au surplus il estime indigne de lui les charges qu'on lui offre en Suède, il brise les vitres avec éclat et demande simplement son congé, non sans quelque arrogance. Aubery du Maurier raconte que la Reine, lui ayant signifié son congé, toujours sous prétexte de la nécessité d'envoyer un Suédois auprès de la Cour de France, Cérisantes «lui répondit assez fièrement qu'il avoit toujours cru que Sa Majesté feroit plus d'état du mérite et de la valleur par elle-même que par le lieu de la naissance». La colère n'aveugle cependant point totalement notre diplomate congédié; se souvenant des dettes qu'il a laissées naguète à Paris, il sollicite quelque pécune pour adoucir la douceur de son départ...

Tout à coup, le vent tourne, et un peu d'espoir reste encore à Cérisantes de revoir la France comme Résident de Suède..."

"On May 12, 1646, Chanut announced to de Lionne that Cérisantes had finally had an audience with Queen Kristina, who did not want to hear about his return to Paris:

'Monsieur de Cérisantes has been received well. Her Majesty takes this into account and wishes to use him as a man she esteems. As for the employ in France, she does not destine him for it and seems to want to give him great advantages in the army, equip him to appear there, and even pay the debts he has incurred in France and in her service. But, as he has a great inclination, at least in appearance, to return to France for the service of this Crown, and she does not want to discontent him, I do not see that there is any impossibility of obtaining it.'

However, the Queen finally notifies Cérisantes, whom Chanut is protecting, because the Latin poet is dear to Cardinal Mazarin, that he will not have the French embassy; this honourary and important post was the ever-cherished dream of our poet, who finds himself very mortified...

Finally, events opened Chanut's eyes; Cérisantes, wanting to satisfy both parties at the court of Sweden, had compromised himself with everyone, and no one supported him any longer. As he felt surrounded by hostility in this court, and moreover he considered the positions offered to him in Sweden to be beneath him, he smashed the windows with a bang and simply asked for his leave, not without a certain arrogance. Aubery du Maurier recounts that when the Queen gave him notice of his leave, still under the pretext of the need to send a Swede to the court of France, Cérisantes 'replied rather proudly that he had always believed that Her Majesty would make more of merit and valour in herself than by place of birth'. Anger, however, did not completely blind our dismissed diplomat; remembering the debts he had left behind in Paris, he asks for some money to soften the sweetness of his departure...

Suddenly, the wind changes, and Cérisantes still has a little hope of seeing France again as a Resident of Sweden..."

The letter excerpt:

Depuis vingt quatre heures, il s'est eslevé un vent favorable pour M. de Cerisantes. Le Comte [Magnus] sur le poinct de son depart, apprehende une navigation sans pilote et le veut engager de passer avec luy en France. Pour l'y convier, on luy propose qu'il conservera la qualité de Résident en France pendant tout le voyage au retour duquel la Reyne lui promettra de l'envoyer Ambassadeur à Venise, et cependant il emportera les 3000 richedalles promises pour payer ses debtes en France. J'espere que cette ouverture aura lieu; je lui conseille de l'accepter, et de la part de la Reine, il ne s'agit que d'une promesse qui est chose aisée aux Princes que la raison d'Estat absout à poinct nommé quand la volonté luy change.

With modernised spelling:

Depuis vingt-quatre heures, il s'est élevé un vent favorable pour M. de Cérisantes. Le comte [Magnus], sur le point de son départ, appréhende une navigation sans pilote et le veut engager de passer avec lui en France. Pour l'y convier, on lui propose qu'il conservera la qualité de résident en France pendant tout le voyage, au retour duquel la reine lui promettra de l'envoyer ambassadeur à Venise; et cependant il emportera les 3 000 richedales promises pour payer ses dettes en France. J'espère que cette ouverture aura lieu; je lui conseille de l'accepter, et de la part de la reine, il ne s'agit que d'une promesse qui est chose aisée aux princes, que la raison d'État absout à point nommé quand la volonté lui change.

Swedish translation (my own):

Sedan tjugofyra timmar har det blåst gynnsam vind för monsieur de Cérisantes. Greven [Magnus], som är på väg att ge sig av, är orolig för att segla utan styrman och vill anlita honom för att följa med till Frankrike. För att bjuda in honom föreslås att han behåller statusen som resident i Frankrike under hela resan, och att drottningen vid återresan lovar att sända honom ambassadör till Venedig; och under tiden tar han med sig de 3,000 riksdaler som han utlovat för att betala hans skulder i Frankrike. Jag hoppas att denna övergång kommer att genomföras; jag råder honom att acceptera den, och från drottningens sida är det bara ett löfte som är lätt för furstar, vilka Statsskäl frikänner vid rätt tidpunkt när deras vilja förändras.

English translation (my own):

Since twenty-four hours, a favourable wind has arisen for Monsieur de Cérisantes. The Count [Magnus], about to leave, is apprehensive about sailing without a pilot and wants to engage him to go with him to France. To invite him, it is proposed that he retain the status of resident in France for the entire voyage, on the return of which the Queen will promise to send him ambassador to Venice; and in the meantime he will take with him the 3,000 riksdalers promised to pay his debts in France. I hope that this overture will take place; I advise him to accept it, and on the part of the Queen, it is only a promise which is easy for princes, whom reasons of State absolve at the right time when their will changes.


Above: Kristina.


Above: Magnus Gabriel de la Gardie.


Above: Hugues de Lionne.

Note: Mongrédien's comment: "... Une lettre de Chanut à M. de Brienne du 7 juillet ... nous apprend qu'un Suédois, Jacob Schut, refusa la résidence de Suède en France sous le prétexte d'une maladie. C'est après ce refus que le reine pensa à conserver provisoirement Cérisantes, avant de l'envoyer à Venise." — "... A letter from Chanut to Monsieur de Brienne dated, July 7, ... informs us that a Swede, Jakob Skytte, refused the residence of Sweden in France under the pretext of illness. It was after this refusal that the Queen thought of provisorily retaining Cérisantes, before sending him to Venice."

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