Source:
Negociations à la cour de Rome, et en differentes cours d'Italie, de Messire Henri Arnauld, abbé de S. Nicolas, depuis evêque d'Angers, volume 5, pages 469 to 471, published by Paul-Denis Burtin, 1748; at Lyons Public Library (Bibliothèque jésuite des Fontaines)
Mémoires concernant Christine, volume 1, page 117 and footnote (*), Johan Arckenholtz, 1751; original at the National Library of the Netherlands (Koninklijke Bibliotheek)
The letter:
J'Ai reçu votre lettre du 7. qui m'apprend la tréve qui a été accordée par le Parlement, & l'espérance que les choses puissent bientôt s'accommoder. Je le souhaite pour beaucoup de considérations, mais principalement pour ce qui nous regarde, qui se rendra beaucoup plus facile, quand les ennemis croiront les affaires accommodées. Jusqu'ici les choses sont en l'état que nous pouvons souhaiter: les Suédois entiérement persuadés de ne rien signer sans la France, & les Etats dans la résolution de traiter avec les Couronnes, si les Impériaux s'éloignent de la conclusion de la paix. Les plus Catholiques se portent dans ce sentiment, ne voulant plus que la Religion serve de prétexte pour la continuation de leurs maux; & quoique les Jésuites y résistent, & qu'ils conservent toujours beaucoup de créance auprès du Duc de Baviére, si est-ce qu'ils ne peuvent l'obliger à la continuation de la guerre pour les intérêts seuls des Espagnols: desorte que dans peu nous verrons comme nous en sortirons. Parmi cela je ne vois pas que les Suédois s'éloignent du desir de la paix, quoiqu'ils se puissent tout promettre de leurs prospérités, qui sont telles qu'effectivement ils se pourroient rendre maîtres de l'Allemagne, s'ils se vouloient flatter dans leur bonheur. Mais il semble qu'ils veuillent mettre un clou à la roue, & se contenter de plus solides avantages qu'une Couronne puisse jamais rapporter. Ils se contenteront pour ce coup d'avoir fait leur derniere main dans la Bohême par la prise de Prague, & la désolation de tout le plat Pays. Ils ont fait Prisonniers tous les Grands du Royaume, leurs femmes & leurs enfans qui étoient venus pour tenir les Etats, un Cardinal, tous les Religieux de la Ville jusqu'aux Capucins, sont du nombre des Prisonniers, & servent d'ornement à leur triomphe. J'appréhende bien que cet article ne vous choque; il est certes fâcheux pour ceux mêmes qui ne font pas comme vous profession de piété. C'est le plus beau coup de Tirasse qui se soit jamais fait, & qui vaudra plus de deux millions, si la paix ne prévient point le payement. Je m'imagine que cela leur donne de grandes tentations: car il y a beaucoup à espérer pour eux par la guerre, & rien à craindre.
Il avoit couru un bruit d'un combat en Baviére, mais il ne se trouve pas confirmé: seulement la prise d'un Duc de Wirtemberg, & la défaite de mille chevaux. Les Impériaux qui sont dans la Baviére, sont assez embarrassés quel parti ils doivent prendre dans ces extrêmités. S'ils quittent, certainement ce Prince s'accommodera; s'ils demeurent, la Bohême est perdue sans ressource. Et dans ces incertitudes, il y a bien de l'apparence ce que tout se perdra pour eux. Toutes ces considérations me donnent la hardiesse de vous assurer qu'après tant de remises, devant qu'il soit quinze jours, nous verrons les choses, ou faites, ou rompues. Cela dépend entiérement des Suédois, qui se sont rendus glorieusement les Arbitres de la paix ou de la guerre. Je vous proteste que je crois qu'ils veulent la premiere; & pour nous, pourvu que nous l'obtenions aux conditions que nous la demandons, il nous doit être indifférent. Nous nous assemblons maintenant tous les jours pour travailler avec les Députés, qui craignent fort peu les ménaces de l'Empereur; & si Dieu veut benir nos travaux, je vous verrai bientôt, quoique je n'en aie point encore d'assurance.
A Osnabrug le 17 Août 1648.
With modernised spelling:
J'ai reçu votre lettre du 7, qui m'apprend la trêve qui a été accordée par le Parlement et l'espérance que les choses puissent bientôt s'accommoder. Je le souhaite pour beaucoup de considérations, mais principalement pour ce qui nous regarde, qui se rendra beaucoup plus facile quand les ennemis croiront les affaires accommodées.
Jusqu'ici les choses sont en l'état que nous pouvons souhaiter: les Suédois entièrement persuadés de ne rien signer sans la France, et les États dans la résolution de traiter avec les Couronnes si les Impériaux s'éloignent de la conclusion de la paix. Les plus catholiques se portent dans ce sentiment, ne voulant plus que la religion serve de prétexte pour la continuation de leurs maux; et quoique les jésuites y résistent et qu'ils conservent toujours beaucoup de créance auprès du duc de Bavière, si est-ce qu'ils ne peuvent l'obliger à la continuation de la guerre pour les intérêts seuls des Espagnols, de sorte que dans peu nous verrons comme nous en sortirons.
Parmi cela, je ne vois pas que les Suédois s'éloignent du désir de la paix, quoiqu'ils se puissent tout promettre de leurs prospérités, qui sont telles qu'effectivement ils se pourroient rendre maîtres de l'Allemagne s'ils se voulaient flatter dans leur bonheur. Mais il semble qu'ils veuillent mettre un clou à la roue et se contenter de plus solides avantages qu'une couronne puisse jamais rapporter. Ils se contenteront pour ce coup d'avoir fait leur derniere main dans la Bohême par la prise de Prague et la désolation de tout le plat pays. Ils ont fait prisonniers tous les grands du royaume, leurs femmes et leurs enfants (qui étaient venus pour tenir les États), un cardinal, tous les religieux de la ville jusqu'aux capucins sont du nombre des prisonniers et servent d'ornement à leur triomphe.
J'appréhende bien que cet article ne vous choque; il est certes fâcheux pour ceux mêmes qui ne font pas comme vous profession de piété. C'est le plus beau coup de tirasse qui se soit jamais fait, et qui vaudra plus de deux millions si la paix ne prévient point le paiement. Je m'imagine que cela leur donne de grandes tentations, car il y a beaucoup à espérer pour eux par la guerre et rien à craindre.
Il avait couru un bruit d'un combat en Bavière, mais il ne se trouve pas confirmé; seulement la prise d'un duc de Wurtemberg et la défaite de mille chevaux. Les Impériaux, qui sont dans la Bavière, sont assez embarrassés quel parti ils doivent prendre dans ces extrémités. S'ils quittent, certainement ce prince s'accommodera; s'ils demeurent, la Bohême est perdue sans ressource. Et dans ces incertitudes, il y a bien de l'apparence ce que tout se perdra pour eux. Toutes ces considérations me donnent la hardiesse de vous assurer qu'après tant de remises, devant qu'il soit quinze jours, nous verrons les choses ou faites, ou rompues. Cela dépend entièrement des Suédois, qui se sont rendus glorieusement les arbitres de la paix ou de la guerre.
Je vous proteste que je crois qu'ils veulent la premiere; et pour nous, pourvu que nous l'obtenions aux conditions que nous la demandons, il nous doit être indifférent. Nous nous assemblons maintenant tous les jours pour travailler avec les députés, qui craignent fort peu les ménaces de l'empereur; et si Dieu veut benir nos travaux, je vous verrai bientôt, quoique je n'en aie point encore d'assurance.
A Osnabrück, le 17 août 1648.
Swedish translation (my own):
Jag har mottagit Ert brev av den 7, som informerar mig om den vapenvila som Parlamentet har beviljat, och hoppet att saker och ting snart kan ordnas. Jag hoppas det av många skäl, men främst av det som angår oss, vilket kommer att bli mycket lättare när fienderna tror att ärendena har ordnats.
Hittills är saker och ting i det tillstånd vi kunde önska oss: svenskarna är helt övertygade om att inte underteckna någonting utan Frankrike, och Ständerna är fast beslutna att förhandla med Kronorna om de kejserliga avstår från fredsslutet. De mest katolska är av denna uppfattning, de vill inte längre att religionen skall tjäna som en förevändning för att fortsätta deras ondska; och även om jesuiterna motsätter sig det och fortfarande har stor anseende hos hertigen av Bayern, kan de inte tvinga honom att fortsätta kriget enbart för spanjorernas intressen, så inom kort kommer vi att se hur vi kommer ur det.
Bland detta ser jag inte att svenskarna avlägsnar sig från önskan om fred, trots att de kan lova sig själva allt om sitt välstånd, vilket är sådant att de egentligen skulle kunna göra sig till herrar över Tyskland om de ville smickra sig i sin lycka. Men det verkar som att de vill slå en spik i hjulet och kommer att nöja sig med mer solida fördelar än en krona någonsin kan ge. De kommer att nöja sig med att detta slag har gjort sin sista hand i Böhmen genom intagandet av Prag och ödeläggandet av hela det slätta landet. De har tagit alla rikets stormän till fånga, deras hustrur och deras barn (som hade kommit för att hålla Staterna), en kardinal, alla stadens munkar, till och med kapuciner, finns bland de fångar som tjänar som en prydnad för deras triumf.
Jag fruktar väl att den här artikeln kommer att chockera Er; den är sannerligen upprörande även för dem som inte bekänner sig till fromhet som Ni. Det är den finaste kuppen som någonsin har utförts, och som kommer att vara värd mer än två miljoner om fred inte förhindrar betalning. Jag föreställer mig att detta ger dem stora frestelser, ty det finns mycket att hoppas för dem från krig och ingenting att frukta.
Det hade gått ett rykte om ett slag i Bayern, men det har inte bekräftats; endast tillfångatagandet av en hertig av Württemberg och nederlaget för tusen hästar. De kejserliga, som befinner sig i Bayern, är ganska generade över vilken kurs de skall ta i dessa extremiteter. Om de ger sig av, kommer denne furste säkerligen att tillrättavisa sig; om de stannar kvar, är Böhmen förlorat ohjälpligt. Och i dessa osäkerheter finns det allt tecken på att allt kommer att vara förlorat för dem. Alla dessa överväganden ger mig modet att försäkra Er om att efter så många uppskjutningar, innan fjorton dagar har gått, kommer vi att se saker antingen gjorda eller avbrutna. Det beror helt på svenskarna, som ärorikt har gjort sig till skiljedomare i fred eller krig.
Jag försäkrar Er att jag tror att de vill ha det förra; och för oss, förutsatt att vi får det på de villkor vi kräver, måste det vara likgiltigt för oss. Vi möts nu varje dag för att arbeta med deputeradena, som fruktar kejsarens hot mycket lite; och om Gud vill välsigna vårt arbete, kommer jag att se Er snart, även om jag ännu inte har någon försäkran om detta.
Osnabrück, den 17 augusti 1648.
English translation (my own):
I have received your letter of the 7th, which informs me of the truce that has been accorded by Parliament, and the hope that things can soon be accommodated. I hope so for many considerations, but principally for what concerns us, which will become much easier when the enemies believe that affairs have been accommodated.
So far, things are in the state we could wish for: the Swedes are entirely persuaded not to sign anything without France, and the States are resolved to treat with the Crowns if the Imperials move away from the conclusion of peace. The most Catholic are in this sentiment, no longer wanting religion to serve as a pretext for the continuation of their evils; and although the Jesuits resist it and still retain a great deal of credit with the Duke of Bavaria, they cannot force him to continue the war for the sole interests of the Spanish, so that in a short time we will see how we will come out of it.
Among this, I do not see that the Swedes are moving away from the desire for peace, although they can promise themselves everything about their prosperity, which is such that they could actually make themselves masters of Germany if they wanted to flatter themselves in their happiness. But it seems that they want to put a nail in the wheel and will content themselves with more solid advantages than a crown can ever bring. They will be content for this blow to have made their last hand in Bohemia by the capture of Prague and the desolation of the whole flat country. They have taken prisoner all the grandees of the kingdom, their wives and their children (who had come to hold the States), a cardinal, all the religiouses of the city, even the Capuchins, are among the number of prisoners and serve as an ornament to their triumph.
I well apprehend that this article will shock you; it is certainly angering even for those who do not profess piety like you. It is the finest coup that has ever been carried out, and which will be worth more than two million if peace does not prevent payment. I imagine that this gives them great temptations, because there is much to hope for them from war and nothing to fear.
There had been a rumour of a battle in Bavaria, but it has not been confirmed; only the capture of a duke of Württemberg and the defeat of a thousand horses. The Imperials, who are in Bavaria, are quite embarrassed as to what course they should take in these extremities. If they leave, this prince will certainly accommodate himself; if they remain, Bohemia is lost beyond help. And in these uncertainties, there is every appearance that everything will be lost for them. All these considerations give me the boldness to assure you that after so many postponements, before fourteen days have passed, we will see things either done or broken off. That depends entirely on the Swedes, who have gloriously made themselves the arbiters of peace or war.
I assure you that I believe they want the former; and for us, provided we obtain it on the conditions we demand, it must be indifferent to us. We now meet every day to work with the deputies, who fear very the Emperor's threats very little; and if God wills to bless our work, I will see you soon, although I have no assurance of this yet.
Osnabrück, August 17, 1648.
Above: Henri Groulart de la Court.
Above: Henri Arnauld, abbé de Saint-Nicolas.


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