Wednesday, October 15, 2025

Nicolas l'Escalopier on Kristina's visit to Essonne at the house of Louis Hesselin, August 27/September 6 (New Style), 1656

Source:

Relation de ce qui s'est passé à l'arriué de la Reine Christine de Suede, à Essaune en la Maison de Monsieur Hesselin, ensemble la description particuliere du Ballet qui y a esté dansé, le sixiesme Septembre 1656, pages 3 to 8, by Nicolas l'Escalopier, 1656; original at the National Library of France (Bibliothèque nationale de France)


The account:

RELATION
DE CE QVI S'EST PASSÉ
A L'ARRIVEE
DE LA REINE
CHRISTINE
DE SVEDE,
A Essaune en la Maison
DE MONSIEVR HESSELIN.
MONSIEVR le Duc de Guise ayant escrit à Monsieur Hesselin Maistre de la Chambre aux deniers du Roy, & Sur-Intendant de ses Plaisirs, que la Reine de Suede auoit receu beaucoup de joye d'apprendre qu'elle auoit preuenu en tout ce qu'il luy eust pû dire de luy, qui estoit connu de cette grande Princesse par vne reputation singuliere, comme l'vn des plus habiles & plus gallands hommes de France, qui fait & entend le mieux toutes choses.

Pour respondre par les effets à cette estime, Monsieur Hesselin se creut obligé de se preparer à la receuoir à sa maniere accoustumée, assez connuë dés long-temps en France pour l'vne des plus spirituelle qui se puissent pratique.

Cette Princesse estant donc arriuée à Essaune le sixiesme Septembre sur les 7. heures du soir, fut conduite dans sa Chambre, où s'estant vn peu reposée, & tesmoignant de l'impatience de voir la Maison, elle en fut visiter tous les endroits, & passa en suite dans les Iardins, trouuant toutes choses si bien entenduës & si agreables, tant dehors que dedans, qu'elle dit: Que l'imagination des Poëtes, & la licence qu'ils se donnent en la description des lieux delicieux, n'approchoit point des beautez qu'elle voyoit: Et comme elle eut remarqué dans la grand'anticourt l'inscription qui est sur la porte du vestibule, «PARVA QVIDEM SED», elle la trouua tres-ingenieuse, & dit; Que la modestie du Maistre estoit injurieuse à la Maison, n'y ayant pas d'apparence qu'il fallust nommer Petit vn lieu dans lequel elle auoit veu tant d'appartemens & lieux differends richement meublez, & où la splendeur & la commodité se rencontroient par tout admirablement: Adjoustant, Qu'elle n'auoit point trouué en Italie (qui est le païs des beaux edifices & comme la mere des magnificences) vne Maison où la Nature & l'Art se fussent alliée plus heureusement & auec plus d'esprit: Elle admira sur tout la beauté & la diuersité des Grottes & des Fontaines si ingenieusement conduites, mesmes jusques dans les Appartemens.

La nuict suruenuë ayant comme enuié à cette Princesse le plaisir que luy donnoit la veuë de ces belles choses, elle en eut bien-tost raison se trouuant soudainement esclairée par vne Colonne de feu qui parut au trauers de mille cristaux à l'entrée d'vne Chambre à l'Italienne, & terminée seulement par vne voûte extremement exhaussée.

En vn moment elle vit vne partie de cette Chambre s'ouurir, & en suite vne multitude infinie de gens dans vne grande Salle, dequoy le Maistre du Logis semblant estonné, & se jettant au trauers pour les repousser, voila que tout à coup & par vn admirable artifice il fut enleué dans la Chambre mesme qui disparut auec tout ce peuple; Et aussi-tost on vit vne Salle ornée de Colonnes Doriques, & d'autres ordres d'Architecture, & en laquelle personne ne paroissoit; surquoy l'exclamation fut telle qu'à moins de voir paroistre en l'air vne Nuée flamboyante pleine d'esclairs & de tonnerre & au dessous les ruïnes d'vne Ville toute en feu, on n'auroit peu faire cesser l'admiration que le premier spectacle auoit excité.

Comme on estoit en cette nouuelle surprise, on veid dans la Nuée sur vn char de triomphe la Renommée, qui estant venüe à trauers l'air jusqu'au milieu de la Salle, deux Enfans aislez luy apporterent des Palmes & des Couronnes auec les Chiffres de la Reyne Christine.

La Renommée ayant fait vn recit, dont la voix & les paroles furent admirées, elle s'enuola d'vn costé & les Enfans de l'autre. A l'instant disparut la Nuée & toutes ces ruïnes de feu, & en leur place on ne vit qu'vn enfoncement d'vne enfilade de portes de plusieurs Appartemens, au bout de la Salle & au trauers, dont le premier estoit gardé par deux Suisses qu'on croyoit y estre seulement representez & feints.

A peine la Genie de la France eut-il fait la premiere Entrée du Ballet, qui n'attira pas moins l'admiration que tout le reste, soit pour la beauté de l'Air ou pour celle de sa danse, qu'on vit ces Suisses de détacher de la muraille, & danser auec tant de justesse & de grace, qu'ils ne le cederent point aux plus adroits des François, les autres Entrées suiuirent selon l'ordre marqué dans le Recit du Ballet, auec plusieurs changemens de Scenes & de perspectiues, tout cela finissant par vne grande Chambre qui parut ornée d'vn lict à Alcoue & autres embellissemens; Au trauers paroissoit vn grand & spacieux parterre, au milieu duquel vn Seigneur Espagnol accourant, se trouua deuancé par deux de sa suite tenant chacun vne Guitarre, se voyant dans cette Chambre fit cognoistre tout ce dont est capable Mr Doliuet, par la beauté de sa danse qu'il finit par vne Sarabande admirable.

En suite parut vne Grotte d'vne profondeur extraordinaire, au dessus de laquelle s'éleuoit vne Montagne de Cypres, & du haut tomboient deux Riuieres effectiues, faisans des Cascades & jets d'eaux d'vne extreme hauteur & grosseur: Ce spectacle finit par vne fleur de Lys d'eau qui se perdit & s'esloigna de la veuë par vne nuée qui portoit vn Concert de vingt-quatre Violons, & d'autant d'autres instrumens, auec les douze heures de la nuict qui deuoient seruir au diuertissement de la Reine, tenant chacune vn flambeau de cire blanche dans leurs Maine: Cette Nuée venant à s'abbaisser on apperceut au dessus s'approcher la Montagne & les Cascades, faisant vn si bel effet à la veuë qu'on ne sçauroit assez bien l'exprimer par le discours. Le grand Chœur de Musique demeura, & les douze heures descendirent de cette Nuée, & s'approcherent de la Reine pour la conduire dans vne autre Grotte, où elle vit tout ce que l'art peut faire de plus merueilleux par l'eleuation de l'eau, & par son bruit qui fut agreablement interrompu par quantité de Haut-bois & de Musettes excellemment concertées.

Cependant les Violons se rendirent dans la Salle de la Comedie où la Reine ayant esté conduite & chacun assis, le fonds du Theatre s'ouurit pour faire voir vn Buffet magnifique plein de Vases, Bassins, Lumieres, & autres ornemens, au dessous desquels estoit vne quantité d'autres Bassins en Pyramides de Fruits & Confitures, composans vne somptueuse Collation, qui fut aussi-tost enleuée par six Amours, & grand nombre de gens qui les porterent à la Reine & à toute l'Assemblée! Et à l'instant les Comediens luy donnerent vn nouueau diuertissement, qu'elle admira tant pour la beauté des vers & pour la decoration du Theatre, que pour les autres ornemens du lieu où il auoit esté dressé.

La Comedie acheuée on fut à peine hors de la Salle, que la Reine & toute l'Assemblée conduite par vn nombre infiny de flambeaux de cire blanche, se trouua sur vn Balcon, au bout d'vn canal plain de jets d'eau, qui parurent à la lueur d'vn grand Feu d'artifice, dont la face representoit tres-distinctement les trois Couronnes & les Chiffres de la Reine, auec cette deuise, «DONAT ET SERVAT», que la seule clarté du Feu faisoit facilement lire, joint mille figures differentes, & mille rayons de feu qui s'esleuoient & se perdoient en l'air, d'où tomboient en suite vn nombre infiny de serpenteaux enflammez, & d'estoilles brillantes, auec vn bruit & vn petillement agreable qui s'entendoit au trauers des Trompettes, Tambours, Haut-bois, Musettes & Violons. Certainement la diuersité de tous ces spectacles si bien entendus, que tout ce qui estoit feint y paroissoit naturel, donna lieu à cette Princesse, dont l'intelligence est si parfaite & la raison si sublime, de juger par la magnificence d'vn particulier domestique de son Roy, quelle doit estre celle de son Maistre, parmy les grandeurs, la puissance & les autres aduantages d'vn si florissant Royaume; Ainsi plaine de joye & d'admiration elle se retira dans sa Chambre esclairée de quantité de flambeaux, qui faisoient vn jour au milieu de la nuict, souhaitant auec impatience le lendemain pour se renouueller le plaisir des beaux objets que les tenebres luy auoient cachez, & dont il nous suffira de dire, Qu'apres qu'on les a bien considerez, on se défie de ses propres yeux, & on doute si ce qu'on a veu est vne verité ou vne illusion.

Mademoiselle se trouua presente à tous ces diuertissements, s'estant rencontrée à Essaune incontinent apres que la Reine y fut arriuée: Elle vint saluër sa Majesté, qui la receut auec beaucoup de ciuilité, l'ayant baisée & en suite embrassée plusieurs fois, luy faisant donner vn Fauteüil aupres d'elle, afin qu'elle prit part au diuertissement qui luy estoit preparé, la traitant toujours en Fille de France.

Dans le rencontre de ce magnifique diuertissement, l'on peut dire sans flatterie que Mr de Moliere s'est surpassé luy mesme, tant par ses beaux vers, & le merueilleux Air du Recit du Ballet lequel fut accompagné d'vne simphonie toute diuine, que par la politesse & la justesse de sa danse, faisant admirer à tout le monde, ce qui rassemble en sa seule personne, vn Poëte galland, vn sçauant Musicien, & vn excellent Danseur.

Le sieur de Gros qui chanta ce beau Recit n'ayant besoin que de sa voix & de sa disposition ordinaire pour charmer les oreilles de tous ceux qui l'entendent, auec la mesme facilité qu'il eut à rauir cette grande Reine, fit aduoüer à tout le reste de ses auditeurs qu'il n'y auoit que luy capable d'entreprendre & d'executer ces merueilles.

Les Sieurs Beauchamp, le Vacher, Des-Airs & Doliuet, ne s'y sont pas rendus moins considerables par la diuersité de leurs danses & les arrificieux démeslez de leurs Entrées, qui exprimoient si naïfuement les personnages qu'ils auoient à representer, que bien qu'ils n'en fussent que des coppies, on les prenoit pour les originaux mesmes: Aussi faut-il confesser que pour conduire vne si belle & grande entreprise à vne si heureuse fin, les ordres qu'ils en auoient receus auec vne joye indicible de Monsieur Hesselin comme de leur Chef, leur auoient seruy d'autant d'ames pour les animer tous à executer ponctuellement les merueilleux projets de son esprit, le plaisir de luy obeïr leur inspirant des choses si belles & si extraordinaire[s] qu'ils ne sont croyables qu'à ceux qui les ont veuë[s]. Et ce qui est encore de plus admirable est la tranquilité auec laquelle ce merueilleux personnage, faisoit agir dans cette incomparable magnificence, plus de deux cens personnes en des occupations toutes differentes.

Le lendemain la Reine estant éueillée Monsieur Hesselin pour ne laisser passer à sa Majesté aucun moment sans quelque nouueau diuertissement luy presenta en particulier, Madame de Saint Thomas qui luy donna le plaisir d'entendre plusieurs Airs Italiens & François accompagnée de M. de Molliere touchant le Tuorbe auec des agréements égaux aux charmes d'vne voix si belle & si forte, qu'elle peut chanter vn Recit de quatre-vingts vers sans rien perdre de sa premiere justesse ny de sa premiere douceur.

Ce diuertissement fut suiuy d'vn autre dont la petite fille de M. de Molliere fut le sujet, & qui dansa au son d'vne Guitarre vne Sarabande auec des batteries de Castagnettes, si ajustées que tout en estoit surprenant: à quoy elle ajousta vne plus grande occasion de se faire admirer, lors qu'elle prit vn Clauesin dont elle joüa tant de diuerses pieces auec vne si rare delicatesse & vn si bel air qu'on ne pouuoit croire qu'vne fille de dix ans eut pû arriver à vn point de perfection, qu'vn autre auroit bien de la peine d'acquerir par vne estude continuelle d'vn pareil temps.

La Reine leut en suite auec plaisir vn Poëme Latin, presenté par Monsieur l'Abbé l'Escalopier, & ayant appris son employ ordinaire, elle luy tesmoigna qu'elle le vouloit entendre prescher.

Sa Majesté trouuant tant de charmes differents en cette Maison incomparable, eust souhaitté y plus de sejour, afin de les pouuoir distinguer auec plus de loisir: Mais l'impatience de voir Paris où elle sçauoit estre attenduë, donna quelque precipitation à sa joye & la fit disner plustost qu'elle n'eust voulu.

Pendant le repas Monsieur Hesselin luy fist encore entendre les vingt-quatre Violons, & par interualles vn Concert de Musique, de Voix, Clauesins, Tuorbes, & autres instruments, dont la Reine fut si fort satisfaite, que l'expression qu'elle en donna en partant au Maistre de la Maison, luy firent perdre le souuenir des peines & des fatigues qu'il auoit souffertes pour rendre toutes choses en leur perfection.

Elle sortit à deux heures d'Essaune, & vint coucher à Conflans au logis de Monsieur le Duc de Richelieu, où les Comediens François representerent le Cinna, & le Vendredy apres son disner se mist en chemin pour Paris.

With modernised spelling:

Relation de ce qui s'est passé à l'arrivée de la reine Christine de Suède à Essonne en la maison de Monsieur Hesselin.
Monsieur le duc de Guise ayant écrit à Monsieur Hesselin, maître de la chambre aux deniers du Roi et surintendant de ses plaisirs, que la reine de Suède avait reçu beaucoup de joie d'apprendre qu'elle avait prévenu en tout ce qu'il lui eût pu dire de lui, qui était connu de cette grande princesse par une réputation singulière, comme l'un des plus habiles et plus galants hommes de France, qui fait et entend le mieux toutes choses.

Pour répondre par les effets à cette estime, Monsieur Hesselin se crut obligé de se préparer à la recevoir à sa manière accoutumée, assez connue dès longtemps en France pour l'une des plus spirituelle qui se puissent pratique.

Cette princesse, étant donc arrivée à Essonne le sixième septembre sur les 7 heures du soir, fut conduite dans sa chambre, où, s'étant un peu reposée et témoignant de l'impatience de voir la maison, elle en fut visiter tous les endroits et passa ensuite dans les jardins, trouvant toutes choses si bien entendues et si agréables, tant dehors que dedans, qu'elle dit que l'imagination des poètes et la licence qu'ils se donnent en la description des lieux délicieux n'approchait point des beautés qu'elle voyait.

Et, comme elle eut remarqué dans la grande anticour l'inscription qui est sur la porte du vestibule, «Parva quidem sed», elle la trouva très ingenieuse et dit que la modestie du maître était injurieuse à la maison, n'y ayant pas d'apparence qu'il fallut nommer petit un lieu dans lequel elle avait vu tant d'appartements et lieux différents richement meublés, et où la splendeur et la commodité se rencontraient partout admirablement, ajoutant qu'elle n'avait point trouvé en Italie (qui est le pays des beaux édifices et comme la mère des magnificences) une maison où la nature et l'art se fussent alliée plus heureusement et avec plus d'esprit.

Elle admira surtout la beauté et la diversité des grottes et des fontaines si ingenieusement conduites, même jusque dans les appartements.

La nuit survenue, ayant comme envié à cette princesse le plaisir que lui donnait la vue de ces belles choses, elle en eut bientôt raison, se trouvant soudainement éclairée par une colonne de feu qui parut au travers de mille cristaux à l'entrée d'une chambre à l'italienne, et terminée seulement par une voûte extrêmement exhaussée.

En un moment elle vit une partie de cette chambre s'ouvrir et ensuite une multitude infinie de gens dans une grande salle, de quoi le maître du logis, semblant étonné et se jetant au travers pour les repousser. Voilà que tout à coup et par un admirable artifice il fut enlevé dans la chambre même, qui disparut avec tout ce peuple!

Et, aussitôt on vit une salle ornée de colonnes doriques et d'autres ordres d'architecture, et en laquelle personne ne paraissait — sur quoi l'exclamation fut telle qu'à moins de voir paraître en l'air une nuée flamboyante pleine d'éclairs et de tonnerre et au-dessous les ruines d'une ville toute en feu, on n'aurait peu faire cesser l'admiration que le premier spectacle avait excité.

Comme on était en cette nouvelle surprise, on veit dans la nuée sur un char de triomphe la Renommée, qui, étant venue à travers l'air jusqu'au milieu de la salle, deux enfants ailés lui apportèrent des palmes et des couronnes avec les chiffres de la reine Christine.

La Renommée ayant fait un récit dont la voix et les paroles furent admirées, elle s'envola d'un côté et les enfants de l'autre. A l'instant disparut la nuée et toutes ces ruines de feu, et en leur place on ne vit qu'un enfoncement d'une enfilade de portes de plusieurs appartements au bout de la salle et au travers, dont le premier était gardé par deux Suisses, qu'on croyait y être seulement représentés et feints.

A peine la génie de la France eut-il fait la premiere entrée du ballet, qui n'attira pas moins l'admiration que tout le reste, soit pour la beauté de l'air ou pour celle de sa danse, qu'on vit ces Suisses de détacher de la muraille et danser avec tant de justesse et de grâce qu'ils ne le céderènt point aux plus adroits des Français. Les autres entrées suivirent selon l'ordre marqué dans le récit du ballet, avec plusieurs changements de scènes et de perspectives, tout cela finissant par une grande chambre qui parut ornée d'un lit à alcove et autres embellissements.

Au travers paraissait un grand et spacieux parterre, au milieu duquel, un seigneur espagnol accourant, se trouva devancé par deux de sa suite tenant chacun une guitare, se voyant dans cette chambre, fit connaître tout ce dont est capable M. d'Olivet par la beauté de sa danse, qu'il finit par une sarabande admirable.

Ensuite parut une grotte d'une profondeur extraordinaire, au-dessus de laquelle s'élevait une montagne de cyprès, et du haut tombaient deux rivières effectives, faisants des cascades et jets d'eaux d'une extrême hauteur et grosseur. Ce spectacle finit par une fleur de lis d'eau qui se perdit et s'éloigna de la vue par une nuée qui portait un concert de vingt-quatre violons et d'autant d'autres instruments, avec les douze heures de la nuit qui devaient servir au divertissement de la reine, tenant chacune un flambeau de cire blanche dans leurs maine.

Cette nuée venant à s'abaisser, on aperçut au-dessus s'approcher la montagne et les cascades, faisant un si bel effet à la vue qu'on ne saurait assez bien l'exprimer par le discours. Le grand chœur de musique demeura, et les douze heures descendirent de cette nuée et s'approchèrent de la reine pour la conduire dans une autre grotte, où elle vit tout ce que l'art put faire de plus merveilleux par l'élevation de l'eau et par son bruit, qui fut agréablement interrompu par quantité de hautbois et de musettes excellemment concertées.

Cependant les violons se rendirent dans la salle de la comédie, où la reine, ayant été conduite et chacun assis, le fonds du théâtre s'ouvrit pour faire voir un buffet magnifique plein de vases, bassins, lumières et autres ornements, au-dessous desquels était une quantité d'autres bassins en pyramides de fruits et confitures, composants une somptueuse collation qui fut aussitôt enlevée par six Amours et grand nombre de gens, qui les portèrent à la reine et à toute l'assemblée.

Et, à l'instant, les comédiens lui donnèrent un nouveau divertissement qu'elle admira tant pour la beauté des vers et pour la décoration du théâtre que pour les autres ornements du lieu où il avait été dressé.

La comédie achevée, on fut à peine hors de la salle que la reine et toute l'assemblée, conduite par un nombre infini de flambeaux de cire blanche, se trouva sur un balcon au bout d'un canal plain de jets d'eau, qui parurent à la lueur d'un grand feu d'artifice, dont la face représentait très distinctement les Trois Couronnes et les chiffres de la reine, avec cette devise: «Donat et servat», que la seule clarté du feu faisait facilement lire, joint mille figures différentes et mille rayons de feu qui s'élevaient et se perdaient en l'air, d'où tombaient ensuite un nombre infini de serpenteaux enflammés et d'étoilles brillantes, avec un bruit et un pétillement agréable qui s'entendait au travers des trompettes, tambours, hautbois, musettes et violons.

Certainement la diversité de tous ces spectacles, si bien entendus que tout ce qui était feint y paraissait naturel, donna lieu à cette princesse, dont l'intelligence est si parfaite et la raison si sublime de juger par la magnificence d'un particulier domestique de son roi quelle doit être celle de son maître, parmi les grandeurs, la puissance et les autres avantages d'un si florissant royaume.

Ainsi, pleine de joie et d'admiration, elle se retira dans sa chambre éclairée de quantité de flambeaux, qui faisaient un jour au milieu de la nuit, souhaitant avec impatience le lendemain pour se renouveler le plaisir des beaux objets que les ténèbres lui avaient cachés, et dont il nous suffira de dire qu'après qu'on les a bien considérés, on se défie de ses propres yeux, et on doute si ce qu'on a vu est une vérité ou une illusion.

Mademoiselle se trouva présente à tous ces divertissements, s'étant rencontrée à Essonne incontinent après que la reine y fut arrivée. Elle vint saluer Sa Majesté, qui la reçut avec beaucoup de civilité, l'ayant baisée et ensuite embrassée plusieurs fois, lui faisant donner un fauteuil auprès d'elle, afin qu'elle prît part au divertissement qui lui était préparé, la traitant toujours en fille de France.

Dans le rencontre de ce magnifique divertissement, l'on peut dire sans flatterie que Monsieur de Molière s'est surpassé lui-même, tant par ses beaux vers et le merveilleux air du récit du ballet lequel fut accompagné d'une symphonie toute divine que par la politesse et la justesse de sa danse, faisant admirer à tout le monde ce qui rassemble en sa seule personne un poète galant, un savant musicien et un excellent danseur.

Le sieur de Gros, qui chanta ce beau récit, n'ayant besoin que de sa voix et de sa disposition ordinaire pour charmer les oreilles de tous ceux qui l'entendent, avec la même facilité qu'il eut à ravir cette grande reine, fit avouer à tout le reste de ses auditeurs qu'il n'y avait que lui capable d'entreprendre et d'exécuter ces merveilles.

Les sieurs Beauchamp, le Vacher, des Airs et Dolivet ne s'y sont pas rendus moins considérables par la diversité de leurs danses et les artificieux démêlés de leurs entrées, qui exprimaient si naïvement les personnages qu'ils avaient à représenter que bien qu'ils n'en fussent que des copies, on les prenait pour les originaux mêmes.

Aussi faut-il confesser que, pour conduire une si belle et grande entreprise à une si heureuse fin, les ordres qu'ils en avaient reçus avec une joie indicible de Monsieur Hesselin, comme de leur chef, leur avaient servi d'autant d'âmes pour les animer tous à exécuter ponctuellement les merveilleux projets de son esprit, le plaisir de lui obéir leur inspirant des choses si belles et si extraordinaire[s] qu'ils ne sont croyables qu'à ceux qui les ont vue[s]. Et ce qui est encore de plus admirable est la tranquilité avec laquelle ce merveilleux personnage faisait agir dans cette incomparable magnificence, plus de deux cent personnes en des occupations toutes différentes.

Le lendemain la reine, étant éveillée Monsieur Hesselin pour ne laisser passer à Sa Majesté aucun moment sans quelque nouveau divertissement, lui présenta en particulier Madame de Saint-Thomas, qui lui donna le plaisir d'entendre plusieurs airs italiens et français, accompagnée de Monsieur de Molière, touchant le théorbe avec des agréements égaux aux charmes d'une voix si belle et si forte qu'elle peut chanter un récit de quatre-vingts vers sans rien perdre de sa première justesse, ni de sa première douceur.

Ce divertissement fut suivi d'un autre dont la petite fille de Monsieur de Molière fut le sujet, et qui dansa au son d'une guitare une sarabande avec des batteries de castagnettes si ajustées que tout en était surprenant, à quoi elle ajouta une plus grande occasion de se faire admirer lorsqu'elle prit un clavecin dont elle joua tant de diverses pièces avec une si rare délicatesse et un si bel air qu'on ne pouvait croire qu'une fille de dix ans eut pu arriver à un point de perfection qu'un autre aurait bien de la peine d'acquérir par une étude continuelle d'un pareil temps.

La reine lut ensuite avec plaisir un poème latin, présenté par Monsieur l'abbé l'Escalopier; et, ayant appris son emploi ordinaire, elle lui témoigna qu'elle le voulait entendre prêcher.

Sa Majesté, trouvant tant de charmes différents en cette maison incomparable, eut souhaité y plus de séjour, afin de les pouvoir distinguer avec plus de loisir; mais l'impatience de voir Paris, où elle savait être attendue, donna quelque précipitation à sa joie et la fit dîner plus tôt qu'elle n'eût voulu.

Pendant le repas Monsieur Hesselin lui fit encore entendre les vingt-quatre violons, et par intervalles un concert de musique, de voix, clavecins, théorbes et autres instruments, dont la reine fut si fort satisfaite que l'expression qu'elle en donna en partant au maître de la maison lui firent perdre le souvenir des peines et des fatigues qu'il avait souffertes pour rendre toutes choses en leur perfection.

Elle sortit à deux heures d'Essonne et vint coucher à Conflans au logis de Monsieur le duc de Richelieu, où les comédiens français représentèrent le Cinna, et le vendredi après son dîner se mit en chemin pour Paris.

Swedish translation (my own):

Redogörelse av vad som skedde vid drottning Kristinas av Sverige ankomst till Essonne i monsieur Hesselins hus.
Monsieur hertigen de Guise skrev till Monsieur Hesselin, mästare i Konungens Räntekammare och föreståndare för hans nöjen, att drottningen av Sverige hade fått stor glädje av att få veta att hon hade förutsett allt han kunde ha sagt till henne om honom, som var känd av denna stora prinsessa genom ett enastående rykte, som en av de duktigaste, bästa och tappraste män i Frankrike.

För att bemöta denna aktning med effekter, ansåg sig monsieur Hesselin vara förpliktad att förbereda sig för att ta emot henne på sitt vana sätt, känt sedan länge i Frankrike som en av de mest spirituella som kan utövas.

Denna prinsessa, efter att ha anlänt till Essonne den 6 september vid klockan 7 på kvällen, fördes till sin kammare, där hon, efter att ha vilat lite och betygat otålighet att se huset, gick för att besöka alla ställena och gick sedan ut i trädgårdarna och fann allt så genomtänkt och så behagligt, både utomhus och inomhus, att hon sade att poeternas fantasi och den licens de tar för att beskriva förtjusande platser inte närmade sig de skönheter hon såg.

Och, som hon i det stora förhovet hade lagt märke till inskriptionen som finns på dörren till förstugan, »Parva quidem sed«, fann hon den mycket ingenjös och sade att mästarens blygsamhet var skadlig för huset, att det såg ut som att det var nödvändigt att kalla ett litet ställe där hon hade sett så många appartemanger och olika platser rikt möblerade, och där prakt och kommoditeter möttes överallt beundransvärt, och tillade att hon inte funnit i Italien (som är de vackra byggnadernas land och så att säga storhetens moder) ett hus där naturen och konsten hade förenat sig lyckligare och med mer espri.

Hon beundrade särskilt skönheten och diversiteten hos grottorna och fontänerna så ingenjöst konducerade, även in i appartemangerna.

När natten föll, efter att ha avundat denna prinsessa det nöje som åsynen av dessa vackra saker gav henne, fick hon snart anledning att göra det, och hon fann sig plötsligt upplyst av en eldpelare som dök upp genom tusen kristaller vid ingången till en kammare i italiensk stil, som endast slutade i ett extremt högt valv.

I ett ögonblick såg hon en del av denna kammare öppnas och sedan en oändlig mängd människor i en stor sal, vid vilken logimästaren, som tycktes förvånad, kastade sig igenom för att driva dem tillbaka. Plötsligt, och av en beundransvärd konst, fördes han in i själva kammaren, som försvann med alla dessa människor!

Och omedelbart sågs en kammare dekorerad med doriska kolonner och andra arkitekturorder, och i vilken ingen syntes — varpå utropet var sådant att man inte kunde hejda den beundran som det första spektaklet hade väckt, om inte ett flammande moln fullt av blixtar och åska dök upp i luften och under ruinerna av en stad helt i brand.

När man befann sig i denna nya överraskning, såg man Fama i molnet på en triumfvagn, som, efter att ha kommit genom luften till mitten av kammaren, två bevingade barn förde hennes handflator och kronor med drottning Kristinas chiffer.

Fama, efter att ha givit en berättelse vars röst och ord beundrades, flög hon iväg åt ena sidan och barnen till den andra. Genast försvann molnet och alla dessa eldruiner, och i deras ställe sågs endast öppnandet av en serie dörrar till flera lägenheter i slutet av rummet och tvärs över det, av vilka den första bevakades av två schweizare, som man trodde bara var representerade och låtsades där.

Knappast hade Frankrikes geni gjort balettens första entré, som väckte inte mindre beundran än alla de andra, vare sig för arians skönhet eller för dansens skönhet, att dessa schweizare sågs lossa sig från väggen och dansa med sådan precision och elegans, att de inte var underlägsna de skickligaste av fransmännen. De övriga ingångarna följde efter den ordning som markerats i balettens berättelse, med flera scen- och perspektivbyten, allt detta slutade med ett stort rum som såg ut att vara prydt med en alkovssäng och annan utsmyckning.

Tvärs över dök en stor och rymlig parterr upp, i mitten av vilken en spansk herre sprang upp, befann sig föregås av två av sina följe, med varsin gitarr. När han såg sig själv i detta rum visade han allt som monsieur d'Olivet är kapabel till genom skönheten i sin dans, som han avslutade med en beundransvärd saraband.

Sedan dök upp en grotta av utomordentligt djup, ovanför vilken reste sig ett berg av cypresser, och från toppen föll två effektiva floder, som skapade kaskader och vattenstrålar av en extrem höjd och storlek. Detta skådespel slutade med en liljeblomma av vatten som förlorades och flyttades bort från synen av ett moln som bar en konsert med tjugofyra violiner och lika många andra instrument, med de tolv timmarna på natten som skulle tjäna till drottningens underhållning, var och en med en fackla av vitt vax i sina händer.

När detta moln sänkte sig sågs berget och vattenfallen närma sig ovanför, vilket skapade en så vacker effekt på utsikten att den inte kan uttryckas tillräckligt i ord. Den stora musikkören fanns kvar, och de tolv timmarna steg ner från detta moln och närmade sig drottningen för att leda henne in i en annan grotta, där hon såg allt det förunderligaste konsten kunde göra av vattnets höjd och av dess brus, som behagligt avbröts av en mängd håbojor och musetter, som var utmärkt koncerterade.

Emellertid gick fiolerna in i komedisalen, där, efter att drottningen förts dit och alla hade satt sig, öppnades baksidan av teatern för att avslöja en magnifik buffé fylld med vaser, bassänger, ljus och andra prydnadsföremål, under vilka det fanns en mängd andra pyramidformade bassänger med frukt och konfekt, som utgjorde en överdådig kollation som omedelbart avlägsnades av sex amoriner och ett stort antal människor, som bar dem till drottningen och hela församlingen.

Och omedelbart gav skådespelarna henne en ny underhållning som hon beundrade lika mycket för skönheten i verserna och utsmyckningen av teatern som för de andra prydnaderna på platsen där den hade satts upp.

Komedin var över, de var knappt ute ur salen när drottningen och hela församlingen, ledda av ett oändligt antal vita vaxfacklor, befann sig på en balkong vid slutet av en kanal full av vattenstrålar, som framträdde i ljuset av ett stort fyrverkeri, vars ansikte mycket tydligt representerade de Tre Kronorna och drottningens chiffer, med detta motto: »Donat et servit«, som enbart eldens ljus gjorde lätt att läsa. Till den förenades tusen olika gestalter och tusen strålar av eld, som steg och försvann i luften, från vilka sedan föll ett oändligt antal flammande ormar och lysande stjärnor, med ett brus och ett behagligt gnistrande som hördes genom trumpeterna, trummorna, håbojorna, musetterna och fiolerna.

Visserligen gav mångfalden av alla dessa skådespel, så väl förstått att allt som låtsades verkade naturligt, upphov till denna prinsessa, vars intelligens är så perfekt och vars förnuft så sublimt, att bedöma efter storheten hos en privat tjänare till konungen vad hans herres måste vara, bland storheten, makten och de andra fördelarna hos ett sådant rike.

Så, full av glädje och beundran, drog hon sig tillbaka till sin kammare, upplyst av ett antal facklor, som gjorde en dag mitt i natten, otåligt önskande att nästa dag skulle förnya njutningen av de vackra föremål som mörkret hade gömt för henne, och om vilka det får räcka att säga, att sedan man väl övervägt dem, misstror man sina egna ögon, och man tvivlar på om det man sett är en sanning eller en illusion.

Mademoiselle var närvarande vid alla dessa underhållningar och möttes i Essonne omedelbart efter att drottningen anlänt dit. Hon kom för att hälsa Hennes Majestät, som tog emot henne med stor artighet, efter att ha kysst och sedan omfamnat henne flera gånger, och givit henne en fåtölj bredvid sig så att hon kunde delta i den underhållning som förberetts för henne, och alltid behandlat henne som en dotter av Frankrike.

I mötet med denna magnifika underhållning kan man utan smicker säga att monsieur Molière överträffade sig själv lika mycket genom sina vackra verser och den fantastiska arian i balettens recit, som ackompanjerades av en helt gudomlig symfoni, som genom artigheten och noggrannheten i hans dans, vilket fick alla att beundra vad som förenar i honom en enda person: en galant poet, en lärd musiker och en utmärkt dansare.

Monsieur de Gros, som sjöng denna vackra recit, behövde bara sin röst och sitt vanliga sinnelag för att charmera allas hördes öron, med samma lätthet som han hänförde denna stora drottning, och fick alla sina övriga lyssnare att erkänna att han var den ende som var kapabel att företa sig och utföra dessa underverk.

Messieurs Beauchamp, le Vacher, des Airs och Dolivet var inte mindre kända för mångfalden i sina danser och de konstfulla vändningarna i sina entréer, som så naivt uttryckte de karaktärer de hade att representera att de, trots att de bara var kopior, själva togs för original.

Det måste också erkännas att, för att leda ett så vackert och stort företag till ett så lyckligt slut, hade de order de mottagit med outsäglig glädje från monsieur Hesselin, liksom från sin ledare, tjänat som så många själar för att besjäla dem alla att punktligt utföra hans sinnes fantastiska projekt, nöjet att lyda honom inspirerat dem med saker så vackra och så extraordinära att de bara är trovärdiga för dem som har sett dem. Och vad som är ännu mer beundransvärt är det lugn med vilket denna fantastiska personage fick mer än tvåhundra människor att verka i denna ojämförliga prakt, i helt olika sysselsättningar.

Denna underhållning följdes av en annan där monsieur de Molières lilla flicka var föremålet, och som dansade en saraband till ljudet av en gitarr med kastanjetter så välstämda att allt i den var överraskande, till vilket hon lade ytterligare ett tillfälle att göra sig beundrad när hon tog upp en klavecin på vilken hon spelade så många olika stycken med en sådan sällsynt delikatesse och en så vacker air att man inte kunde tro att en tioårig flicka kunde ha nått en punkt av perfektion som en annan skulle ha stora svårigheter att uppnå genom kontinuerliga studier under så lång tid.

Drottningen läste sedan med glädje en latinsk dikt, framlagd av monsieur abbén l'Escalopier; och efter att ha lärt sig dess vanliga användning, sade hon till honom att hon ville höra honom predika den.

Hennes Majestät, som fann så många olika charmar i detta ojämförliga hus, skulle ha önskat stanna där längre för att kunna njuta av dem med mer avkoppling; men otåligheten att se Paris, där hon visste att hon väntades, gav lite av sin glädje och fick henne att äta middag tidigare än hon skulle ha önskat.

Under måltiden lät monsieur Hesselin henne återigen höra de tjugofyra violinerna, och med jämna mellanrum en konsert med musik, röster, klavecin, teorber och andra instrument, med vilka drottningen var så nöjd att det uttryck hon gav husets herre när hon gick fick honom att tappa minnet av de mödor och den trötthet han hade lidit för att återställa allt till fullkomlighet.

Hon lämnade Essonne klockan två och gav sig av och lade sig i Conflans, hos herr hertigen av Richelieu, där de franska komedianterna uppförde Cinna, och på fredagen, efter middagen, begav hon sig till Paris.

English translation (my own):

Relation of what happened on the arrival of Queen Kristina of Sweden in Essonne at the house of Monsieur Hesselin.
Monsieur the Duke de Guise wrote to Monsieur Hesselin, master of the King's Chamber of Funds and superintendent of his pleasures, that the Queen of Sweden had received great joy in learning that she had anticipated everything he could have said to her about him, who was known to this great princess by a singular reputation, as one of the most able and gallant men in France, who does and understands all things best.

To respond by effects to this esteem, Monsieur Hesselin believed himself obliged to prepare to receive her in his accustomed manner, well-known for a long time in France as one of the most witty that can be practiced.

This princess, having arrived in Essonne on September 6 at around 7 o'clock in the evening, was taken to her chamber, where, having rested a little and testifying impatience to see the house, she went to visit all the places and then went into the gardens, finding everything so well thought-out and so agreeable, both outdoors and indoors, that she said that the imagination of poets and the license they take in describing delightful places did not approach the beauties she saw.

And, as she had noticed in the great antecourt the inscription which is on the door of the vestibule, "Parva quidem sed", she found it very ingenious and said that the modesty of the master was injurious to the house, there being no appearance that it was necessary to call small a place in which she had seen so many apartments and different places richly furnished, and where splendour and commodity met everywhere admirably, adding that she had not found in Italy (which is the country of beautiful buildings and, as it were, the mother of magnificence) a house where nature and art had allied themselves more happily and with more esprit.

She especially admired the beauty and diversity of the grottoes and fountains so ingeniously conducted, even into the apartments.

When night fell, having envied this princess the pleasure that the sight of these beautiful things gave her, she soon had reason to do so, finding herself suddenly illuminated by a column of fire which appeared through a thousand crystals at the entrance to a chamber in the Italian style, ending only in an extremely high vault.

In a moment she saw a part of this chamber open and then an infinite multitude of people in a large hall, at which the master of the lodging, seeming astonished, threw himself through to drive them back. Suddenly, and by an admirable artifice, he was taken into the chamber itself, which disappeared with all these people!

And immediately a chamber was seen decorated with Doric columns and other orders of architecture, and in which no one appeared — whereupon the exclamation was such that, unless a flaming cloud full of lightning and thunder appeared in the air and below the ruins of a city all on fire, one could not stop the admiration which the first spectacle had excited.

As one was in this new surprise, one saw Fame in the cloud on a triumphal chariot, who, having come through the air to the middle of the chamber, two winged children brought her palms and crowns with the ciphers of Queen Kristina.

Fame having given a story whose voice and words were admired, she flew off to one side and the children to the other. Instantly the cloud and all those ruins of fire disappeared, and in their place was seen only the opening of a series of doors of several apartments at the end of the room and across it, the first of which was guarded by two Swisses, who were believed to be only represented and feigned there.

Hardly had the genius of France made the first entrance of the ballet, which attracted no less admiration than all the rest, whether for the beauty of the aria or for that of its dancing, that these Swisses were seen to detach themselves from the wall and dance with such precision and grace that they were not inferior to the most skillful of the French. The other entrances followed according to the order marked in the narrative of the ballet, with several changes of scene and perspective, all this ending with a large room which appeared to be adorned with an alcove bed and other embellishments.

Across appeared a large and spacious parterre, in the middle of which, a Spanish lord running up, found himself preceded by two of his retinue, each holding a guitar. Seeing himself in this room, he showed all that Monsieur d'Olivet is capable of by the beauty of his dance, which he finished with an admirable sarabande.

Then appeared a grotto of extraordinary depth, above which rose a mountain of cypress trees, and from the top fell two effective rivers, making cascades and jets of water of an extreme height and size. This spectacle ended with a fleur-de-lis of water which was lost and moved away from sight by a cloud which carried a concert of twenty-four violins and as many other instruments, with the twelve hours of the night which were to serve for the Queen's entertainment, each holding a torch of white wax in their hands.

As this cloud was lowering, the mountain and the waterfalls were seen approaching above, creating such a beautiful effect on the view that it cannot be sufficiently expressed in words. The great choir of music remained, and the twelve hours descended from this cloud and approached the Queen to lead her into another grotto, where she saw all the most marvellous things art could do by the elevation of the water and by its noise, which was agreeably interrupted by a quantity of oboes and musettes excellently concerted.

Meanwhile, the violins went into the comedy hall, where, the Queen having been led there and everyone having been seated, the back of the theater opened to reveal a magnificent buffet filled with vases, basins, lights, and other ornaments, beneath which were a quantity of other pyramid-shaped basins of fruit and sweetmeats, making up a sumptuous collation that was immediately removed by six Cupids and a large number of people, who carried them to the Queen and the entire assembly.

And, immediately, the actors gave her a new entertainment that she admired as much for the beauty of the verses and the decoration of the theater as for the other ornaments of the place where it had been set up.

The comedy over, they were hardly out of the hall when the Queen and the whole assembly, led by an infinite number of white wax torches, found themselves on a balcony at the end of a canal full of jets of water, which appeared in the light of a great firework, the face of which very distinctly represented the Three Crowns and the Queen's ciphers, with this motto: "Donat et servat", which the light of the fire alone made easily read. Joined to it were a thousand different figures and a thousand rays of fire which rose and disappeared in the air, from which then fell an infinite number of flaming serpents and brilliant stars, with a noise and a pleasant sparkling which was heard through the trumpets, drums, oboes, musettes and violins.

Certainly the diversity of all these spectacles, so well understood that everything that was feigned seemed natural, gave rise to this princess, whose intelligence is so perfect and whose reason so sublime, to judge by the magnificence of a private domestic of the King what that of his master must be, among the greatness, the power and the other advantages of such a flourishing kingdom.

So, full of joy and admiration, she withdrew to her chamber, lit by a number of torches, which made a day in the middle of the night, impatiently wishing for the next day to renew the pleasure of the beautiful objects that the darkness had hidden from her, and of which it will suffice to say that after one has considered them well, one distrusts one's own eyes, and one doubts whether what one has seen is a truth or an illusion.

Mademoiselle was present at all these entertainments, being met at Essonne immediately after the Queen had arrived there. She came to greet Her Majesty, who received her with great civility, having kissed and then embraced her several times, having given her an armchair near her so that she could take part in the entertainment that was prepared for her, always treating her as a daughter of France.

In the rencontre of this magnificent entertainment, one can say without flattery that Monsieur Molière surpassed himself as much by his beautiful verses and the marvellous aria of the recit of the ballet which was accompanied by a quite divine symphony as by the politeness and the accuracy of his dancing, making everyone admire what unites in his one person a gallant poet, a learned musician and an excellent dancer.

Monsieur de Gros, who sang this beautiful recit, needing only his voice and his ordinary disposition to charm the ears of all those who heard him, with the same ease with which he ravished this great Queen, made all the rest of his listeners admit that he was the only one capable of undertaking and executing these marvels.

Messieurs Beauchamp, le Vacher, des Airs and Dolivet were no less notable for the diversity of their dances and the artful twists and turns of their entrances, which so naively expressed the characters they had to represent that, although they were only copies, they were taken for the originals themselves.

It must also be confessed that, in order to lead such a beautiful and great enterprise to such a happy end, the orders they had received with unspeakable joy from Monsieur Hesselin, as from their leader, had served as so many souls to animate them all to punctually execute the marvellous projects of his mind, the pleasure of obeying him inspiring them with things so beautiful and so extraordinary that they are only believable to those who have seen them. And what is even more admirable is the tranquility with which this marvellous personage made more than two hundred people act in this incomparable magnificence, in completely different occupations.

This entertainment was followed by another in which Monsieur de Molière's little girl was the subject, and who danced a saraband to the sound of a guitar with castanets so well tuned that everything in it was surprising, to which she added a greater occasion to make herself admired when she took up a harpsichord on which she played so many different pieces with such rare delicacy and such a beautiful air that one could not believe that a ten year old girl could have reached a point of perfection that another would have great difficulty in acquiring through continual study for such a long time.

The Queen then read with pleasure a Latin poem, presented by Monsieur the abbé l'Escalopier; and, having learned its ordinary use, she told him that she wanted to hear him preach it.

Her Majesty, finding so many different charms in this incomparable house, would have wished to stay there longer, in order to be able to distinguish them with more leisure; but the impatience of seeing Paris, where she knew she was waited for, gave some precipitation to her joy and made her dine earlier than she would have wanted.

During the meal, Monsieur Hesselin again let her hear the twenty-four violins, and at intervals a concert of music, voices, harpsichords, theorbos and other instruments, with which the Queen was so greatly satisfied that the expression she gave to the master of the house as she left made him lose the memory of the pains and fatigues he had suffered to restore all things to perfection.

She left Essonne at two o'clock and came to sleep at Conflans at the home of Monsieur the Duke de Richelieu, where the French comedians performed Cinna, and on Friday, after her dinner, set off for Paris.


Above: Kristina.


Above: Mademoiselle de Montpensier.


Above: Louis Hesselin.

Notes: Mademoiselle = Anne Marie Louise d'Orléans, Mademoiselle de Montpensier (1627-1693). She famously wrote about her meeting with Kristina at Essonne and a vivid description of her in her memoirs.

Beauchamp = Pierre Beauchamp (1631-1705), a French choreographer, dancer and composer, and the probable inventer of Beauchamp-Feuillet notation.

Dolivet = Hilaire Dolivet.

Cinna = a tragedy by Pierre Corneille, written for the Théâtre du Marais in 1641 and published two years later.

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