Source:
Un original de l'Hôtel de Rambouillet: La vie aventureuse de Cérisantes, poète latin, article written by Georges Mongrédien for Revue d'Histoire littéraire de la France, 36e Année: 1929, pages 500 to 501, published by the Society of the Literary History of France, 1929; original at the University of Virginia
"Le 12 mai 1646, Chanut annonce à de Lionne que Cérisantes a enfin eu une audience de la reine Christine, qui ne veut pas entendre parler de son retour à Paris:
«M. de Cerisantes a esté bien receu. Sa Majesté en fait compte et s'en veut servir comme d'un homme qu'elle estime. Pour l'employ de France, elle ne l'y destine pas, et semble luy vouloir faire de grands avantages dans l'armée, l'equipper pour y paroistre et mesmes payer les debtes qu'il a faites en France et à son service. Mais comme il a grande inclination, au moins en apparence, a retourner en France pour le service de cette couronne, et qu'elle ne le veut pas mescontenter, je ne vois pas qu'il y ayt de l'impossibilité à l'obtenir.»
Cependant, la reine notifie enfin à Cérisantes, que Chanut protège, car le poète latin est cher au cardinal de Mazarin, qu'il n'aura pas l'ambassade de France; ce poste honorifique et important était le rêve toujours caressé de notre poète, qui se trouve fort mortifié...
Enfin, les événements dessillent les yeux de Chanut; Cérisantes, voulant contenter les deux partis de la cour de Suède, s'est compromis auprès de tout le monde, et personne ne le soutient plus. Comme il se sent entouré d'hostilité dans cette cour, et qu'au surplus il estime indigne de lui les charges qu'on lui offre en Suède, il brise les vitres avec éclat et demande simplement son congé, non sans quelque arrogance. Aubery du Maurier raconte que la Reine, lui ayant signifié son congé, toujours sous prétexte de la nécessité d'envoyer un Suédois auprès de la Cour de France, Cérisantes «lui répondit assez fièrement qu'il avoit toujours cru que Sa Majesté feroit plus d'état du mérite et de la valleur par elle-même que par le lieu de la naissance». La colère n'aveugle cependant point totalement notre diplomate congédié; se souvenant des dettes qu'il a laissées naguète à Paris, il sollicite quelque pécune pour adoucir la douceur de son départ..."
"On May 12, 1646, Chanut announced to de Lionne that Cérisantes had finally had an audience with Queen Kristina, who did not want to hear about his return to Paris:
'Monsieur de Cérisantes has been received well. Her Majesty takes this into account and wishes to use him as a man she esteems. As for the employ in France, she does not destine him for it and seems to want to give him great advantages in the army, equip him to appear there, and even pay the debts he has incurred in France and in her service. But, as he has a great inclination, at least in appearance, to return to France for the service of this Crown, and she does not want to discontent him, I do not see that there is any impossibility of obtaining it.'
However, the Queen finally notifies Cérisantes, whom Chanut is protecting, because the Latin poet is dear to Cardinal Mazarin, that he will not have the French embassy; this honourary and important post was the ever-cherished dream of our poet, who finds himself very mortified...
Finally, events opened Chanut's eyes; Cérisantes, wanting to satisfy both parties at the court of Sweden, had compromised himself with everyone, and no one supported him any longer. As he felt surrounded by hostility in this court, and moreover he considered the positions offered to him in Sweden to be beneath him, he smashed the windows with a bang and simply asked for his leave, not without a certain arrogance. Aubery du Maurier recounts that when the Queen gave him notice of his leave, still under the pretext of the need to send a Swede to the court of France, Cérisantes 'replied rather proudly that he had always believed that Her Majesty would make more of merit and valour in herself than by place of birth'. Anger, however, did not completely blind our dismissed diplomat; remembering the debts he had left behind in Paris, he asks for some money to soften the sweetness of his departure..."
The letter excerpt:
M. de Cerisantes ne s'est point trouvé en conjoncture favorable pour retourner dans l'employ de France. Ses bonnes qualités qui l'avoient fait rechercher en un autre temps l'ont rendu suspect aux deux partis de cette cour; comme il ne s'estoit attaché particulièrement ny à l'un ny à l'autre, M. le Chancelier a pensé qu'il suivoit le cours de la faveur et se donneroit du costé de la maison de la Garde; M. le comte Magnus, au contraire, l'ayant toujours soupçonné d'avoir plus d'inclination vers le Chancelier, a cru qu'il ne s'en departiroit pas aisément estant dans un employ d'affaires qui luy donneroit tousjours occasion d'avoir une estroite correspondance avec ledict Chancelier; ainsy chacun pour l'oster à l'autre a cherché prétexte de son exclusion dans la bienséance qu'il y auroit de ne se servir pas d'un estranger dans l'employ de leurs plus importantes affaires. La Reine n'a peu s'en desdire, et il n'aura pas esté malaisé de luy persuader qu'un françois servant en France, quelque fidèle qu'il fust, donneroit tousjours beaucoup aux sentimens de la Patrie, a quoy sans doute n'aura pas peu contribué la sincérité avec laquelle il escrivoit et le respect particulier qu'il leur a tousjours tesmoigné de porter à Monseigneur le Cardinal. Les partis qu'on luy a offerts d'un regiment dans l'armée ou d'une pension en cette cour ne l'ont pas contenté. Comme le comte Magnus m'a dict lui-mesme, plusieurs du Senat tesmoignoient desirer qu'il s'establist icy, mais je crois que ny le Chancelier ny le comte n'en eussent esté contens. Il a donc enfin demandé son congé hautement sur quoy on lui a ordonné 3000 livres pour le desdommager de 4000 livres qu'il a dit avoir despenséz au service de la couronne par-dessus ses appointemens, et je crois qu'après cela on luy fera quelque present quand il prendra congé de la Reine; je vois bien qu'il a de puissantes raisons pour quitter le service de la Suède, mais je n'ay encore pu sçavoir s'il retournera droict en France. Je ne vois pas qu'il puisse prendre un meilleur party, et je crois que de plusieurs qui luy passent maintenant dans l'esprit, il se resoudra plustost à celuy là qu'à tout autre par la confiance qu'il a en vostre amitié.
With modernised spelling:
M. de Cérisantes ne s'est point trouvé en conjoncture favorable pour retourner dans l'emploi de France. Ses bonnes qualités qui l'avaient fait rechercher en un autre temps l'ont rendu suspect aux deux partis de cette cour; comme il ne s'était attaché particulièrement ni à l'un ni à l'autre, M. le chancelier a pensé qu'il suivait le cours de la faveur et se donnerait du côté de la Maison de la Garde.
M. le comte Magnus, au contraire, l'ayant toujours soupçonné d'avoir plus d'inclination vers le chancelier, a cru qu'il ne s'en départirait pas aisément, étant dans un emploi d'affaires qui lui donnerait toujours occasion d'avoir une étroite correspondance avec ledit chancelier; ainsi chacun, pour l'ôter à l'autre, a cherché prétexte de son exclusion dans la bienséance qu'il y aurait de ne se servir pas d'un étranger dans l'emploi de leurs plus importantes affaires.
La reine n'a pu s'en dédire, et il n'aura pas été malaisé de lui persuader qu'un Français servant en France, quelque fidèle qu'il fût, donnerait toujours beaucoup aux sentiments de la Patrie, à quoi sans doute n'aura pas pu contribué la sincérité avec laquelle il écrivait et le respect particulier qu'il leur a toujours témoigné de porter à Monseigneur le cardinal.
Les partis qu'on lui a offerts d'un régiment dans l'armée ou d'une pension en cette cour ne l'ont pas contenté. Comme le comte Magnus m'a dit lui-même, plusieurs du Sénat témoignaient désirer qu'il s'établît ici, mais je crois que ni le chancelier ni le comte n'en eussent été contents. Il a donc enfin demandé son congé hautement, sur quoi on lui a ordonné 3 000 livres pour le dédommager de 4 000 livres qu'il a dit avoir dépensés au service de la Couronne par-dessus ses appointements; et je crois qu'après cela on lui fera quelque présent quand il prendra congé de la reine.
Je vois bien qu'il a de puissantes raisons pour quitter le service de la Suède, mais je n'ai encore pu savoir s'il retournera droit en France. Je ne vois pas qu'il puisse prendre un meilleur parti, et je crois que de plusieurs qui lui passent maintenant dans l'esprit, il se résoudra plutôt à celui-là qu'à tout autre par la confiance qu'il a en votre amitié.
Swedish translation (my own):
Monsieur de Cérisantes har inte befunnit sig i en gynnsam situation för att återvända till den franska tjänsten. Hans goda egenskaper, som hade gjort honom eftertraktad vid en annan tidpunkt, gjorde honom misstänksam för båda parter vid detta hov; eftersom han inte hade fäst sig särskilt vid någon av dem, trodde herr kanslern att han följde gunstens väg och skulle ge sig på Huset de la Gardies sida.
Herr greve Magnus, däremot, som alltid misstänkt honom för att ha större böjelse för kanslern, har trott att han inte lätt skulle avvika från den, eftersom han befann sig i en situation som alltid skulle ge honom möjlighet att ha en nära korrespondens med nämnde kansler; därför sökte var och en, för att ta honom bort från den andre, en förevändning för att utesluta honom från den anständighet som det skulle vara att inte använda en utlänning i sina viktigaste angelägenheter.
Drottningen kunde inte backa ur det, och det skulle inte ha varit svårt att övertyga henne om att en fransman som tjänstgjorde i Frankrike, hur trogen han än må vara, alltid skulle ge mycket till Fäderneslandets känslor, till vilka den uppriktighet med vilken han skrev och den särskilda respekt han alltid visade för monseigneur kardinalen utan tvekan inte kunde ha bidragit.
De erbjudandena om ett regemente i armén eller en pension vid detta hov har inte nöjt honom. Som greve Magnus själv har berättat för mig, betygade flera av Rådet att de önskade att han skulle etablera sig här, men jag tror att varken kanslern eller greven skulle ha varit nöjda. Han bad därför slutligen och högljutt om hans avsked, varpå han beordrades att få 3,000 livres som kompensation för de 4,000 livres som han sade sig ha spenderat i Kronans tjänst utöver sin lön; och jag tror att han därefter kommer att få en present när han tar avsked av drottningen.
Jag ser att han har starka skäl för att lämna Sveriges tjänst, men jag har ännu inte kunnat ta reda på om han kommer att återvända direkt till Frankrike. Jag ser inte att han kan välja en bättre väg, och jag tror att av de flera som nu går igenom hans tankar, kommer han att besluta sig för denna snarare än någon annan på grund av det förtroende han har för Er vänskap.
English translation (my own):
Monsieur de Cérisantes has not found himself in a favourable situation to return to the French service. His good qualities, which had made him sought after at another time, made him suspect to both parties at this court; as he had not particularly attached himself to either, the Lord Chancellor thought that he was following the course of favour and would give himself to the side of the House of de la Gardie.
Lord Count Magnus, on the contrary, having always suspected him of having more inclination towards the Chancellor, has believed that he would not easily depart from it, being in a position of affairs which would always give him the opportunity to have a close correspondence with the said Chancellor; thus each, to take him away from the other, sought a pretext for his exclusion in the propriety that there would be in not using a foreigner in the employ of their most important affairs.
The Queen could not back down from it, and it would not have been difficult to persuade her that a Frenchman serving in France, however faithful he might be, would always give a lot to the feelings of the Fatherland, to which the sincerity with which he wrote and the particular respect he always showed for Monseigneur the Cardinal could no doubt not have contributed.
The parties that were offered to him of a regiment in the army or of a pension at this court have not contented him. As Count Magnus himself has told me, several of the Senate testified that they wished him to establish himself here, but I believe that neither the Chancellor nor the Count would have been satisfied. He therefore finally and loudly asked for his leave, whereupon he was ordered to be paid 3,000 livres to compensate him for the 4,000 livres that he said he had spent in the service of the Crown over and above his salary; and I believe that after that he will be given some present when he takes leave of the Queen.
I see that he has powerful reasons for leaving the service of Sweden, but I have not yet been able to find out whether he will return directly to France. I do not see that he can take a better course, and I believe that of the several that now pass through his mind, he will resolve to this one rather than any other because of the confidence he has in your friendship.
Above: Kristina.
Above: Axel Oxenstierna.
Above: Magnus Gabriel de la Gardie.
Above: Hugues de Lionne.




No comments:
Post a Comment